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Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille
ATELIER B1 — L'INSTAURATION DU LIEN PARENT-ENFANT
L’instauration du lien pendant les premières années de vie de l’enfant
Ginette Francequin
Maître de conférences en psychologie clinique et sociale au CNAM Paris est membre du Laboratoire LISE-CNRS et du comité de rédaction de la revue Enfances et Psy. Ses travaux ont porté particulièrement sur les thèmes du développement de l'éducation des enfants, puis de l’orientation des adolescents et actuellement leur axe principal porte sur la santé et le travail.
Je tenterai d’examiner l’intérêt de la théorie de l’attachement pour les modalités de l'accueil et de prise en charge de la petite enfance en France, le soutien aux mères en maternité comme sur les conditions d’hospitalisation en pédiatrie qui encouragent la présence quotidienne des parents.

Je partirai de quelques repères historiques pour arriver au moment où les praticiennes Myriam David et Geneviève Appel et la psychanalyste Jenny Aubry s’inspirent des travaux de Bowlby qu’elles ont rencontré plusieurs fois en 1948-1950 pour son rapport sur les enfants dans famille et entre 1950 et 1956 et que le psychologue René Zazzo en 1972 rapporte «une nouvelle théorie sur les origines de l’affectivité» venue d’un collaborateur de Winnicott, le psychanalyste John Bowlby.

Ce dernier a apporté une contribution essentielle à la réflexion sur les carences auxquels étaient exposés les bébés en institution par sa monographie Soins maternels et santé mentale publiée en 1951 avec le soutien de l’organisation mondiale de la santé, OMS où il mettait en avant trois notions clés qui sont «la continuité, la disponibilité et la sensibilité de la réponse.»

Ensuite, il a distingué dans ses articles de 1961 cinq comportements servant à maintenir le contact, directement ou par une communication à distance (succion, cri, sourire, poursuite visuelle, agrippement), puis a élargi la catégorie de comportements d’attachement à tous ceux «dont le résultat est qu’une personne obtient ou conserve une proximité avec un individu qu’elle préfère» et il n’hésite pas à faire des rapprochements hardis comme: «Les bébés cessent de crier quand on les prend dans les bras. Le cheval emballé se calme en arrivant à l’écurie».


1. Attachés, traités socialement

Une histoire de garde
Dans la préface1 du livre de Catherine Bouve, Les Crèches collectives,on peut lire: «Dans l'histoire de l'humanité, la garde et l'élevage des jeunes enfants sont des préoccupations constantes mais celles-ci prennent des modalités fort différentes selon les époques, selon les cultures, les groupes sociaux. En Europe, des modalités dites collectives sont relativement récentes et dans le cas de la France, c'est dans la première partie du XIXe siècle qu'apparaissent à la fois les crèches et les salles d'asile, ces dernières comme les précurseurs des écoles maternelles. Ce sont surtout des institutions qui s'adressent à un public spécifique: des familles populaires, voire en grande difficulté, «nécessiteuses», «indigentes», comme on le disait à l'époque …

Yvonne Kniebiehler, historienne raconte aussi dans un article, intitulé «La fatigue des mères» 2, (2002) la création dans les années 1820, des salles d'asiles, pour pallier la misère des femmes.

Certaines, épouses d'ouvriers dont le salaire ne suffisait pas à nourrir la famille, devaient rechercher des ressources complémentaires en faisant des ménages, du repassage, de la couture dans une famille «bourgeoise». Elles inventaient en quelque sorte le travail à temps partiel.

D'autres se faisaient embaucher dans l'industrie, à temps complet, douze heures par jour et il était alors nécessaire de faire garder les enfants.

Enfin, les autres femmes de cette classe sociale gardaient les enfants. Il suffisait d'être une femme pour exercer le métier de «gardienne», un travail peu qualifié. Ces nourrices du XIXe siècle sont souvent décrites comme «malsaines», «sales», «elles attachent les enfants» et leur logement est «un taudis puant, véritable cloaque au sens matériel, physique, intellectuel, moral». Catherine Bouve3 complète le tableau par l'idée du règne des 3 C: Charité, Crèche, Christ, portés haut par Firmin Marbeau (1798-1875), fondateur de la crèche collective, pour lequel la moralisation des classes pauvres — et des femmes — tient une place importante.

Le témoignage d'une directrice de crèche qui vient de prendre sa retraite montre concrètement l'évolution des crèches concernant l'environnement physique de l'enfant. Elle se souvient dans les années 60, d'une crèche de 25 berceaux avec 25 lits de plus grands. «J'ai été étonnée et un peu inquiète d'entendre les bébés pleurer et de ne pas voir d'où venaient les pleurs car les lits étaient très hauts et complètement fermés avec un entourage plein. On se dépatouillait avec une serpillière pour laver les pipis, et je remarquais que les conversations étaient du type, «Attention! Viens-ici, ne marche pas dans le pipi! J'ai lavé, ne piétine pas! Tout était en négatif.»

Une professionnalisation pour accueillir l'enfant
Quant aux nourrices, les ordonnances de 1945 avaient demandé qu'elles inscrivent leur activité au registre des mairies, ce qui représente une première étape dans l'émergence de ce métier pratiqué alors totalement «au noir». Ce n'est pas sans rapport avec les réflexions sur le développement de l'enfant. En effet, entre 1906 et 1946 plusieurs psychologues, dont René Spitz attirent l'attention sur l'interruption brusque d'une relation entre la mère et son enfant. Ils utilisaient le terme de «carences relationnelles précoces». On réalise l'importance des travaux de Bowlby sur la modification des pratiques.

C'est en 1977, que le statut des assistantes maternelles sera défini, pour harmoniser la surveillance des personnes chargées de veiller à l'éducation des enfants et à la protection de l'enfance. Depuis cette date, l'appellation officielle est «assistante maternelle», même si le mot «nourrice» est encore souvent employé dans le langage courant. La loi du 17 mai 1977 (numéro 77- 505) marquera une évolution très importante. Elle reconnaît, pour la première fois, officiellement «la garde des enfants au domicile privé des nourrices comme un métier.» Cette loi donne un statut professionnel, officiellement d'«assistantes maternelles». Elle structure ce travail comme une véritable profession en mettant en place certains dispositifs de sélection (agrément), de suivi, de contrôle (renouvellement d'agrément tous les ans à cette époque) par les travailleurs médicaux et sociaux de la PMI. Elle donne des références aux parents employeurs, pour la rémunération de base des assistantes maternelles et la durée de leur travail, ce qui permet l'établissement de contrats qui régulent les relations entre eux.

Si la loi établit des règles pour la législation du travail, elle ne permit, pourtant ni la généralisation des actions de formation, ni le respect de la légalisation du travail pour la majorité des assistantes maternelles. Il faudra attendre la loi du 12 juillet 1992 (Numéro 92-642) et ses décrets d'application est la confirmation de leur professionnalisme 4. Elle vient renforcer la loi de 1977, en insistant sur «la fonction accueil». Ses objectifs principaux sont d'améliorer la qualité de l'accueil des enfants mineurs ainsi que le statut des professionnelles. La loi souligne l'importance de la formation en la rendant obligatoire pour réfléchir sur ses propres pratiques professionnelles. Elle reconnaît la formation comme un élément essentiel de la professionnalisation de cette activité. De plus, l'agrément est délivré pour cinq ans et le renouvellement fait l'objet d'une nouvelle évaluation par l'équipe de PMI (protection maternelle et infantile).

Aujourd'hui, l'assistante maternelle est une professionnelle qui s'inscrit dans le dispositif d'accueil de la petite enfance. Ceci n'est pas sans rappeler «l'adulte de référence ou l'auxiliaire privilégiée qui a pour origine la pouponnière de Lôczy: une personne qui porte un regard et une attention tenue, fine et ait des observations pour mieux répondre aux besoins de manière individualisée.» Mais, cet adulte privilégié n'est pas un substitut maternel, il n'est pas ne personne qui crée une dépendance affective, en allant au l'enfant, elle lui laisse la possibilité d'acquérir seul son autonomie. Les crèches collectives qui ont su donner des repères temporels et spatiaux, pour mieux travailler l'angoisse de séparation, la peur de l'étranger, la crainte du changement chez les nourrissons, et faire que les relations précoces multiples et diversifiées soient des moments de plaisir, si bien qu'elles accueillent essentiellement des enfants issus de couples ayant un niveau socioculturel moyen voire élevé, et ce d'autant plus qu'il manque de manière criante des places en crèches publiques.

Tous les autres modes d'accueil collectifs des jeunes enfants et les métiers des professionnels de la petite enfance sont réglementéspar le code de la santé publique Livre 1 et JO Numéro 181 du 6 août 2000 (pp. 12-227). La législation concerne les puéricultrices et puériculteurs, les éducateurs de jeunes enfants, les infirmiers et auxiliaires de puériculture, qui doivent représenter au moins la moitié du personnel placé auprès des enfants, les autres pouvant être moins qualifiés.

D'autres projets de réforme sociale s'appuient sur cette théorie, on peut dire que prolonger le congé de maternité, faciliter le congé paternel, offrir une reprise de l'activité de manière progressive ou à temps partiel, De même, rappelons que le cadre des thérapies parents/jeune 5 enfant s'est amélioré. Comme le rappellait Morales-Huet (1999) les techniques psychothérapiques précoces sont actuellement caractérisées par l'alliance thérapeutique confiante, l'empathie, la sensibilité à la réponses parentales aux demandes du bébé, avec la valeur reconnue aux échanges interpersonnels et à la dimension émotionnelle. Y sont ajoutés l'importance de la présence du bébé «réel» dans l'intervention de soin et les énoncés de transmissions intergénérationnels

Conclusion 1
Comme le souligne Denis Mellier, dans L'inconscient à la crèche, 2004, 6 on constate un délai important entre la mise en place de la législation, et la formation des professionnels adaptée à cette dernière, il dit que «le réel mis en place nécessite un sérieux décalage, qui peut persister longtemps entre ce qu'il est demandé de faire, ce qu'ils pensent faire et ce qu'ils font réellement.»

2. Le concept et la relation d'attachement

A. Les découvertes de John Bowlby
Il estimait «que l'école hongroise de Ferenczy et de Balint se situe dans une ligne qu'il faut revaloriser, celle de la théorie du besoin de contact et d'accrochage primaire à l'objet» et «c'est sur la base d'études éthologiques» que Bowlby essaie d'appuyer sa description des comportements instinctifs, (tels sucer, téter, toucher, s'accrocher) et que «son travail va dans le sens d'un approfondissement de la conséquence de certaines carences d'origine maternelle».

Puis, un collaborateur de Bowlby, le travailleur social James Robertson va observer en 1946 à Londres, les effets de la séparation en milieu hospitalier et il décrit trois phases évolutives: protestation, désespoir puis détachement.


La psychologue canadienne Mary Salter Ainsworth qui a fait une thèse sur la théorie de sécurité répond à Londres à une annonce de Bowlby qui lance une recherche sur la séparation. C'est ainsi qu'elle va défendre fortement les travaux de Bowlby qui est attaqué parce qu'il conteste les théories freudiennes de la pulsion et elle fait en 1954 une recherche en Ouganda sur 28 bébés non sevrés. Puis, elle reprendra cette étude à Baltimore avec 26 familles avec de situations de jeu libre et de situations standardisées, ce qui lui permet de montrer les corrélations entre les relations d'attachement sécure, avec les relations entre pairs et avec la capacité d'ajustement aux exigences du milieu scolaire.

Chacun s'accordera à penser que la relation d'attachement se construit progressivement et le petit enfant se tourne vers les figures qui lui ont apporté satisfaction de ses besoins fondamentaux tel que l'a défini Mary Ainsworth : le confort et la protection dans la recherche de proximité, une solide base de sécurité pour explorer librement en présence de la figure d'attachement, le refuge et les réactions marquées lors de séparations.

D'autres études vont suivre, faites par d'autres psychologues, elles montrent le caractère de l'influence prédictive de la sécurité de l'attachement précoce.
Dans la mesure où Bowlby élargit la sphère des besoins de l'enfant, il devient évident que la carence en soins psychologiques est plus importante dans certains cas que la carence proprement « orale » souligneront Lébovici et Soulé, 1970. 7

C'est donc à partir des années 70 que les effets de la carence seront mieux reconnus et que le terme de dépression du bébé apparaît comme celui de trouble de la relation d'attachement (mauvais traitements parentaux, hospitalisation longue, effets de dépression des parents ou de parents toxicomanes), mais il est notoire que l'amélioration de l'environnement va améliorer les troubles.

B. Développement du concept
On pourrait observer selon la définition de l'attachement 8 de Bowlby, trois mères au bac à sable et remarquer que la première a un enfant à ses pieds et chaque fois qu'elle fait un geste, ou qu'il fait une action, il la regarde. Elle dit émerveillée «Il tient à moi!». La seconde a son enfant collé à ses jambes et il ne joue que si elle joue «Je suis tout pour lui et il adore jouer avec moi!». La troisième a son enfant à un mètre, qui fait des gâteaux avec sa pelle et son seau, sans s'occuper ni des autres, ni de sa mère et les autres mamans pensent: «Cet enfant ne tient pas à sa mère». Or, cette maman lève le nez de son ouvrage et dit de temps en temps: «Je te vois!». Si elle se lève, on constate qu'elle lui explique: «Je m'éloigne un peu, mais je reste tout près, je reviens dans trois secondes!». Elle part, cela n'émeut pas l'enfant, car il sait qu'il est en sécurité. Elle revient toujours, il peut jouer, être tranquille, il a atteint la capacité d'être seul avec un sentiment de sécurité, car ce qu'il met en route n'est jamais critiqué, montré comme échec, mais il est porté par le regard positif de sa mère, un peu à distance d'elle, il peut être détendu.

Un «bon attachement» aux figures parentales renvoie à une bonne adaptation de l'enfant à la crèche, à une séparation dit de «meilleure qualité» et à la conquête de l'autonomie.

Au contact d'enfants ayant « un attachement insécure», les professionnels vivent l'agressivité des enfants et celles des parents inquiets, la séparation est vécue alors comme un arrachement pour l'enfant et sa famille et devient difficile à gérer pour les professionnels.

Pourtant, si les parents et les mères particulièrement s'inquiètent de la place de celles qui gardent leurs enfants, on peut lire en effet dans l'ouvrage de Nicole et Antoine Guedeney, (2002, pp.17-18) 9 que les figures d'attachement débordent largement le personnage de la mère. Ils soulignent cependant aussi que la relation d'attachement est moins immédiate que le comportement d'empreinte défini par les éthologues et qui est à la base du concept de John Bowlby. La période la plus importante pour la création de ce lien chez les enfants est située entre quatre et neuf mois, ce qui sous-entend pour les chercheurs que cette période doit encore être privilégiée par les figures parentales pour obtenir un attachement «sécure». On sait pourtant que le congé de maternité cesse trois mois après la naissance de l'enfant et que bien que les médecins déconseillent cette entrée; pourtant, de nombreux bébés sont accueillis trop tôt en crèche, faute de soutien financier suffisant pour que la mère ou le père retardent leur retour à la vie professionnelle.

Durant longtemps, et y compris dans la première partie du vingtième siècle, il y a eu une résistance à considérer l'importance des besoins relationnels de l'enfant si bien que le concept d'attachement tel que l'a défini Bowlby en 1940 ne va prendre de l'importance qu'à partir de la deuxième guerre mondiale pour réparer les effets des séparations précoces, dont enfants ou parents furent victimes. Bowlby, par sa théorie s'éloignait de la psychanalyse freudienne.

Bernadette Céleste (2002, p. 40) 10 souligne que, pour sa part, Spitz, en qualité de psychanalyste, suite à ses observations, a adhéré à la théorie de l'attachement, tout en restant fidèle à la théorie de l'étayage et de la dépendance émotionnelle à partir de la dépendance physique. En effet, pour Spitz, la mère, en nourrissant son petit, lui permet de satisfaire un besoin vital et devient en même temps pour lui un objet qui procure du plaisir. Ce concept d'attachement est repris par Boris Cyrulnik, psychiatre-psychanalyste, pour définir son concept de «résilience».


Conclusion 2
Le cadre théorique de l'attachement semble trouver aujourd'hui un champ de développement certain, en psychopathologie développementale, jusqu'en psychopathologie de l'adolescent car des liens se remarquent entre le système de l'attachement chez l'enfant et les troubles de l'humeur, les troubles anxieux, les troubles des conduites alimentaires et les conduites addictives, avec des équipes, comme celle de l' Institut Mutualiste Monsouris, à Paris. Des travaux américains étudient les antécédents des états limites (des traumatismes précoces comme la perte d'une figure parentale dans l'enfance et des difficultés à mentaliser pourraient provoquer des troubles psychiatriques). La voie de recherche actuelle est prometteuse.


3. Les premiers effets sur les modes d'accueil de la petite enfance

A. Les progrès des années 1930 aux années 70 en Europe
Dans tous les pays d'Europe, un mouvement pédagogique naît avec des expériences en psychologie, si l'on croit l'article de la revue Enfance sur les crèches de Berlin, de Beller, E K, Stahne M, Laewen N, Calver, C, (1983). Par exemple, une expérience est faite pour améliorer la qualité pédagogique de soins apportés aux bébés de la crèche. Cette crèche est de milieu ordinaire et la relation enfant/adulte laisse peu de temps pour le travail de soins individualisés. Des psychologues se positionnent en expérimentateurs d'une méthode pour évaluer l'efficacité de leur intervention, avec un groupe contrôle. Le travail se fait à partir de la mesure de lignes de développement et les «taties» reçoivent la visite de psychologues deux heures par semaine. Il s'ensuit des changements de comportement des taties dans 90% des cas, c'est-à-dire des conduites positives sur les situations de jeux (encouragements verbaux et valorisation des succès) mais une résistance des taties à l'autonomie de l'enfant est observée pour les repas ou la toilette (l'accent est mis sur la propreté).

Les progrès de la législation en France seront évidents vis-à-vis des citoyens et des femmes après la première guerre mondiale (1932, création des allocations familiales, puis du code de la famille avec l'allocation de mère au foyer qui reconnaît pour la première fois le travail domestique, en 1938-39. Ensuite, droit de vote des femmes et sécurité sociale, en 1946, en passant par la création des PMI (protection maternelle et infantile) en 1945). Des psychologues dès l'après-guerre, comme Henri Wallon, Irène Brunet-Lézine relatent de nombreuses observations sur les enfants en collectivité, dans la revue Enfance. Des débats ont lieu sur les carences de soins maternels consécutives aux traumatismes des guerres (Spitz). Au cours des années, le travail de prévention pour les 0 à 6 ans évoluera en PMI vers une plus grande ouverture, une meilleure connaissance des familles, et les équipes seront formées aux aspects relationnels, même si des conflits institutionnels demeurent parfois.

B. Deuxième moitié du vingtième siècle.
La loi Neuwirth (fin des années 60) dénoncera la «maternité esclavage» et les modes de garde divers peu favorables aux enfants et aux parents. Tous ces éléments vont jouer en faveur de lieux, qui deviennent peu à peu «des modes d'accueil.» mais avec des contradictions. Dans l'ouvrage de Françoise Bloch et Monique Buisson, 1998, le chapitre intitulé «Intérioriser la norme de bonne mère», pointe le fait que travailler dans le secteur de la petite enfance aujourd'hui, reste du domaine exclusif des femmes, qui d'ailleurs mettent en avant pour le choix de ce métier, «leur amour pour les enfants». Derrière cet amour semble s'inscrire en réalité, l'héritage symbolique de la disponibilité de leur propre mère, «à croire que les hommes n'ont pas bénéficié de cette même attention et du même amour, que les mères pour leur fille.»

Il est à souligner aussi que les femmes ne sont elles-mêmes pas tout à fait prêtes à céder le terrain, si on fait attention aux propos de Michèle Bonnaud, la directrice de crèche avec qui je me suis longuement entretenue, elle me dit: «Quand le fils d'une amie m'a dit qu'il voulait travailler avec des enfants, je lui ai proposé un stage à la crèche. Le médecin chef responsable du secteur (une femme) s'est inquiétée du nombre de filles en crèche susceptibles de devenir mère-célibataire»…

C'est donc, encore et malgré tout, une «histoire de femmes» où des femmes (nounous, tatas) «gardent ou accueillent» les enfants des autres et attendent comme elles disent «l'heure des mamans» qui viennent rechercher leur bébé.


Michèle Bonnaud, explique encore que: «De grandes avancées se sont faites dans les crèches collectives au point de vue pédagogique, car Myriam David travaillait à la Fondation Rothschild, située dans le centre Alfred Binet — tester ces principes dans son travail et les répandre, était innovant. Ces quatre principes sont «un adulte de confiance, une motricité libre, un langage permettant à l'enfant que l'on dise des choses importantes, à lui comme personne singulière et un maintien en bonne santé».

En 1973,
Myriam David et Geneviève Appell ont publié Loczy ou le maternage insolite. Ce livre illustre un repositionnement fondamental dans les rapports professionnels/enfants. Les auteurs y montrent la valeur de la prise en charge de bébés séparés de leurs parents (à l'Institut national de méthodologie des maisons d'enfants de Budapest dirigé par Emma Pickler) sans pour autant se départir de leur présupposé théorique selon lequel le soin est l'affaire de la mère. Ce dernier point sera d'ailleurs contesté par les mères féministes en 1975; celles qui veulent la parité, l'égalité et travailler.


Conclusion 3
Des mises en pratiques amplifient les recherches conceptuelles sur l'attachement et ont été probablement à l'origine de changements pour passer des crèches qui «gardent» à l'esprit «modes d'accueil».

— D'une part, la mise en évidence des compétences précoces chez le bébé va étayer les interprétations des psychanalystes qui depuis longtemps affirmaient que le bébé, à la naissance est capable d'établir une relation particulière et spécifique avec sa mère ou/et avec les adultes qui le prennent en charge.

— D'autre part, des observations minutieuses des relations, mère-enfant, menées par les psychanalystes comme Stern ou encore Lebovici ont considérablement enrichi l'étude du développement affectif et émotionnel de l'enfant. C'est d'ailleurs Lebovici, qui avait favorisé l'entrée des idées nouvelles de Myriam David et Geneviève Appel, après leur découverte de la pouponnière de Loczy, et il contribua aussi à la réflexion jusqu'au très beau film de Bernard Martinon: «L'enfant est une personne». Ces idées influenceront les relations enfants-adultes, mais aussi le cadre, le mobilier, les jouets.

En forme de conclusion:
Donner des moyens de Re/ouvrir l'avenir à la tendresse sans rivalité?

La relation d'attachement se discute entre parents\professionnelles et enfant
La psychanalyste Sylviane Giampino, (2000) qui a étudié le thème de la culpabilité des mères de famille qui travaillent ajoute que «les vrais problèmes sont au plan psychologique, les conditions dans lesquelles l'enfant vit sa séparation quotidienne d'avec sa mère et son milieu familial; les conditions dans lesquelles les enfants sont confiés quand leurs parents travaillent, et enfin le problème du temps et de la disponibilité familiale offerte aux enfants» et d'ajouter que «politique familiale, action sociale, jeunesse et sport, droits du travail, éducation nationale, justice, santé: les politiques, les lois, les budgets qui touchent à la vie des enfants sont morcelés et contradictoires». Les femmes, à leur place de garantes de l'intégrité physique et mentale de leurs enfants, se sentent écartelées par des poussées contraires. En effet, les mères recherchent l'harmonie dans la cacophonie sociale qui entoure les enfants. Leur malaise, leur fatigue témoignent de leur effort pour proposer à leurs enfants un environnement cohérent.

Les professionnelles vivent alors dans un cadre législatif, institutionnel très marqué où elles établissent une relation de service public, fortement liée au «maternage affectueux «d'enfants et elles sont «averties» par des formations des découvertes psychologiques — au risque d'un excès de psychologie, d'une saturation d'interprétations selon les écoles et les courants psychanalytiques — qui empêchent le naturel et le bon sens de s'exprimer.


Des liens dans un lieu de vie qui évolue
«Anti-autoritaire, égalitaire, démocratique» est l'esprit de la nouvelle éducation en crèches et comme le rappelle Gérard Neyrand, 2004 (page 34), si Françoise Dolto notait en 1978 à propos de l'évocation de la crèche sauvage de la Sorbonne «C'était vraiment un lieu de vie et de développement, qui l'aurait cru avant cette expérience…» il remarque aussi que depuis quelques années, d'autres psychologues réduisent et ordonnent d'aseptiser la sexualité, la nourriture, les câlins, produisant un certain désenchantement des professionnelles: plus de bisous aux enfants, plus de gâteau d'anniversaire fait à la maison, plus de bain tout nu, mais on met des culottes spéciales en plastique aux enfants au cas où ils feraient pipi dans le bain. La peur du microbe est arrivée, elle permet de surveiller, de contrôler, d'évaluer!

C'est le temps des conflits intrapsychiques pour les professionnels par rapport aux désirs de manifester un élan de tendresse spontané et l'autorité et les interdits énoncés. Ces conflits sont dénoncés aussi par Liane Mozère (1992) qui constatait déjà cette négation de tendresse demandée aux professionnelles, pour rechercher surtout à observer les résultats au niveau des groupes de travail. La place de l'enfant a changé les pratiques des professionnelles. Par ailleurs, Laurence Gavarini (2001, p.98), rappelle que les adultes sont aujourd'hui invités à entrer dans les crèches pour accompagner les enfants, les aider pour l'adaptation, que ce changement n'est pas sans difficultés pour les professionnelles.


Des inquiétudes sur les confusions affectives
La peur de prendre trop de place, de prendre la place de la mère auprès de son bébé, voire de déresponsabiliser les parents en assumant leur rôle. «La peur de s'attacher trop à un enfant, au détriment de la mère» précise Suzon Bosse-Platière (2002, p.23) font que les rapports deviennent aseptisés: «Les liens affectifs que l'enfant noue avec la professionnelle qui le prend en charge, sont à la fois source d'inquiétude et élément de sécurité pour les mères, qui apparaissent rassurées que l'on s'intéresse et s'attache à leur enfant».

Les professionnelles s'interrogent aussi aujourd'hui sur la construction de ce lien rassurant dit «d'attachement», source de bien-être au travail, ou de difficulté lorsque l'attachement est dit de «mauvaise qualité».


Notes
1. Écrite par Éric Plaisance (chercheur à Université Paris V, Centre de recherche sur les liens sociaux)
2. Knibielher, Y. «La fatigue des mères», In La mère, le bébé, le travail. Paris. Erès, 2002, pp. 50-51
3. Bouve, C., Les crèches collectives : usagers et représentations sociales. L'Harmattan, 2001, pp. 31-43
4. 29 septembre 1992 (numéro 92-1051) relatif à l'agrément des assistantes maternelles et assistantes maternelles, et aux commissions consultatives paritaires départementales
27 novembre(numéro 92-1245) relatif à la rémunération et à la formation des assistants et assistantes maternelles
5. Carnet Psy, 1999
6. Mellier, D. L'inconscient d la crèche, Paris. Eres, Collection «La vie de l'enfant», 2004
7. Lébovici, Soulé, Connaissance de l'enfant par la psychanalyse, Paris, PUF, 1970
8. Lébovici, Soulé, ibid, pp. 236-242.
9. Guedeney, N., Guedeney, A., L'attachement, Paris. Masson, 2002
10. Baudier, A. Céleste, B., Le développement affectif et social du jeune enfant, 2e édition, Paris, Nathan, 2002
11. Beller, E. K., Stahne, M., Laewen, N., Calver, C. «Knippenprojekt: Le projet de recherche berlinois sur la crèche: un rapport empirique » revue Enfance, N° 3, 1983, pp. 211-223
12. Lézine, I., Recherches sur la prime enfance en France, article de recension, N°1-2 revue Enfance, 1983
13. Funk, M., «Indispensable PMI» in Enfances et Psy. L'accès aux soins, Numero 7
14. Bloch, F. Buisson, M. La garde des enfants, une histoire de femmes. Paris. L'Harmattan, Logique Sociale, 1998
15. Directrice de crèche, durant 30 ans à Gennevilliers (Hauts de Seine, France)
16. Giampino, S., Les mères qui travaillent sont-elles coupables? Paris, Albin Michel, 2000
17. Neyrand, G., L'évolution du regard sur la relation parentale: L'exemple de la France. Vol 16, Presses de l'Université du Québec. Dossier «Famille en mutation», 2004.
18. Mozère, L. Le printemps des crèches, Paris, L'Harmattan, Logiques Sociales, 1992
19. Gavarini, L., La passion de l'enfant, Paris, Denoël, Hachette Littérature, 2001
20. Bosse-Paltière, S. «Accueillir le bébé et sa mère, un métier exigeant» in La Mère le Bébé, le Travail, Paris, Eres, 2002
Liens utiles

John Bolwby (Les Grands auteurs, Doctissimo)

René Zazzo (Les Grands auteurs, Doctissimo)

Historique de la profession d'assistante maternelle (Le site Assistances maternelles)

Emma Pickler et la pouponnière de Lôczy

Association Pickler-Lôczy de France
Conférence de Ginette Francequin: "Des enfants attachés, à la relation d'attachement"
Durée: 19:41 min.
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