| Dans ce texte je traite de la notion d'engagement paternel qui est aujourd’hui la notion par excellence, l'étalon de mesure du père parfait. Je parlerai successivement du contenu de cette notion, des traits et caractéristiques du père engagé, puis je glisse rapidement sur la mesure de l'engagement, car nombreux sont ceux qui tentent d'appliquer cette notion à la pratique quotidienne des pères dans une tentative souvent désespérer de normaliser leur comportement. Je parle aussi des conditions d'exercice de la paternité dans la société actuelle et du fait que les pères comme les mères sont souvent pris en sandwich entre les différentes facettes de l'existence qui vont du métier de parent à celui d'enfant de leur parent âgés et en perte d'autonomie à celui d'aidant naturel. |
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Dans ce texte je traite de la notion d'engagement paternel qui est aujourd’hui la notion par excellence, l'étalon de mesure du père parfait. Je parlerai successivement du contenu de cette notion, des traits et caractéristiques du père engagé; je glisse rapidement sur la mesure de l'engagement, car nombreux sont ceux qui tentent d'appliquer cette notion à la pratique quotidienne des pères dans une tentative souvent désespérée de normaliser leur comportement. Je parle aussi des conditions d'exercice de la paternité dans la société actuelle et du fait que les pères comme les mères sont souvent pris en sandwich entre les différentes facettes de l'existence qui vont du métier de parent à celui d'enfant de leur parent âgés et en perte d'autonomie, à celui d'aidant naturel.
Aujourd'hui, la notion d'engagement paternel est à la mode. Le père engagé devient pour l'enfant une figure d'attachement fiable, c'est-à-dire une personne auprès de laquelle il trouve sécurité et consolation. Ainsi le père absent et peu engagé, le père défaillant, le père démissionnaire, le père décrocheur viennent remplacer dans le défilé des présumés coupables, le père qui à une autre époque a été stigmatisé pour son manque de culture, sa pauvreté ou son indocilité. Nombre de recherches affirment que l'absence du père ou l'insuffisance de ses interactions constitue un facteur qui freine l'ajustement psychique, social et affectif ainsi que le bien-être de l'enfant. La littérature psychologique tend à montrer que l'absence du père ou le manque d'interactions avec celui-ci entraîne chez l'enfant une faible estime de soi, des symptômes dépressifs, des troubles du comportement et des difficultés scolaires.
La popularité de la notion d'engagement paternel montre bien que l'autonomie qu'acquiert une personne ainsi que son pouvoir de critiquer les rôles parentaux, et plus particulièrement d'attaquer et de rejeter le modèle patriarcal autoritaire, ne se traduisent pas par un affranchissement des modèles sociaux normatifs. Premièrement, les éléments hérités des rôles et normes d'antan résistent aux assauts du temps. Ensuite, il faut compter avec les nouvelles exigences et normes de comportement nées des revendications du mouvement des femmes en faveur d'un partage plus équitable des responsabilités parentales. C'est vraisemblablement une sorte d'injonction culturelle à laquelle le père doit désormais se soumettre au risque d'être taxé de mauvais parent. Et cela nous rappelle, qu’en fait, nul être humain n'est totalement détaché de la société et de son influence.
Ainsi, au cours de la dernière décennie, la notion d'engagement paternel est-elle devenue le point de référence en ce qui a trait au rôle du père (Lamb, 2002)? Désormais, c'est la qualité des interactions père-enfant qui est déterminante, bien plus que la simple disponibilité physique du père ou le nombre d'interactions. L'engagement paternel renvoie à une réalité plurielle et aux différentes dimensions du rôle paternel. Ce qui est désormais problématique lorsque l'on parle de la paternité, c'est que l'une ou l'autre de ses fonctions (économique, sociale ou émotive) ne soit pas bien remplie, ce qui constituerait une menace pour le développement de l'enfant.
On observe donc que le modèle de parentalité qui est aujourd'hui valorisé met en scène un père dont les caractéristiques le démarquent de la manière dont il était défini auparavant, le père autoritaire et sévère, mais aussi du père maternisé, celui qui fait pareil et autant que la mère. Le père est engagé s'il répond à certains critères bien définis dans la littérature actuelle (Arama et Bouchard, 1996). À ce chapitre, on admet aujourd'hui que le père agit de plusieurs façons. Il permet l'acculturation, c'est-à-dire l'adaptation et l'assimilation à la culture de l'autre. Il accompagne sur le chemin de l'intégration sociale et de la subjectivation, c'est-à-dire de la construction de la personne. Il est un agent de socialisation, à savoir qu'il exerce une influence directe et indirecte sur l'enfant. Les processus directs incluent le modelage et le renforcement, comme par exemple les consignes directes, l'entraînement et les stratégies de modification du comportement par le raisonnement ou la persuasion (punition et récompense). Le père influence l'enfant en établissant des règles et en exprimant des attentes comportementales.
On comprend que la notion d'autorité, souvent confondue avec une certaine forme de tyrannie et de ce fait fortement discréditée, reste néanmoins très importante. La notion d'autorité parentale est toujours pertinente lorsque l'on veut assurer un milieu plus stable, structuré et encadrant favorable au développement de l'enfant. Les processus indirects d'influence font intervenir d'autres acteurs. Tout d'abord la mère, lorsque le père interagit avec elle, qui en retour interagit avec l'enfant. Par sa simple présence, le père peut aussi modifier les échanges mère-enfant. En outre, le réseau social du père peut servir de modèle. Finalement, en fournissant certains biens matériels (livres, bicyclette, etc.), le père peut indirectement influer sur le développement de l'enfant.
La nature de l'engagement paternel comporte plusieurs principes. Voici une liste de codes ou d'attributs relatifs aux rôles du père engagé qui figurent dans les littératures savante et populaire et qui constituent autant de qualités accordées au père domestiqué.
Le père responsable, c'est-à-dire qui se rappelle, planifie et organise la vie de l'enfant (suivi du carnet de santé, réservation de la gardienne et établissement des règles comportementales). Il assure le bien-être, les soins et l'éducation de l'enfant. Par exemple, c'est papa qui accompagne le petit ou la petite chez le dentiste, c'est aussi lui qui se souvient que l'enfant doit aller chez le dentiste, prend le rendez-vous, écrit la note pour informer la direction de l'école de l'absence légitimée de l'enfant, s'assure que l'enfant se brosse les dents, rappelle à celui-ci qu'il va chez le dentiste, se charge des honoraires, planifie le prochain rendez-vous, en inscrit la date sur le calendrier de la cuisine, etc.
Le père est en interaction directe avec l'enfant, c'est-à-dire qu'il est directement engagé en passant des moments avec lui. Il le fait de lui-même et n'est pas médiatisé par la mère. Il appartient au père de tenir sa place comme titulaire à temps complet et non comme remplaçant. D'ailleurs, les deux parents doivent changer de mentalité. Je suis toujours étonné d'entendre une maman dire que son conjoint « garde les enfants ». Le père, qui souvent s'exprime de la même manière, n'est pas un gardien mais un parent…
Le père engagé est disponible et accessible à l'enfant. Il vaque à des occupations auxquelles l'enfant ne participe pas directement, mais demeure facilement accessible à l'enfant en cas de besoin. Il est disponible pour l'enfant, est physiquement présent et interagit directement avec lui.
Le père engagé se préoccupe du bien-être physique et affectif de l'enfant ainsi que de son développement global. Lorsqu'il n'est pas en relation directe avec l'enfant, il sait quand il doit faire tel ou tel geste pour le bien de l'enfant. Il connaît les rendez-vous de l'enfant et le conduit chez le pédiatre ou assiste aux réunions parentales de l'école. Le père pense à l'enfant quand il est loin de lui, il se soucie de son bien-être et fait en sorte d'assurer celui-ci. Il se représente l'enfant comme une personne, se l'imagine et prévoit du temps pour lui. Il se soucie des besoins futurs de l'enfant et s'emploie concrètement à les combler. Au-delà d'une utilité immédiate, la capacité du père à penser, planifier et organiser l'entourage de l'enfant témoigne plus profondément de sa relation affective avec l'enfant (penser, anticiper, prévoir et planifier). Le père pourvoyeur relève de ce rôle.
Le père engagé prend soin de l'enfant. Il participe de façon régulière ou ponctuelle et il prend soin de l'enfant, s'acquitte des tâches quotidiennes ou autres qui touchent l'enfant (alimentation, hygiène, soins en cas de maladie, etc.)
Le père engagé est un éducateur. Il participe à l'éducation de l'enfant (discipline, transmission des valeurs et suivi des progrès scolaires). Il est aussi le père conseiller, celui qui guide l'enfant, lui prodigue des conseils et l'aide à s'orienter dans la vie.
Le père engagé est affectueux. Il démontre son attachement à l'enfant, lui manifeste de l'affection ainsi que de la reconnaissance et le valorise. Il développe la communication, les expressions d'affects positifs, les sourires de même que les caresses et réassure l'enfant.
Le père engagé est ludique. Il joue avec l'enfant et le gâte, en plus de faire des activités et des sorties avec lui.
Le père engagé évoque et se rappelle l'enfant. Il pense à lui lorsqu'il n'est pas dans son entourage. Il a des images de l'enfant et des références cognitives à son propos.
Mesure de l'engagement paternel
L'idée d'engagement paternel ne se limite pas aux préceptes décrits précédemment. Cette notion trouve son aboutissement dans des comportements prescrits. D'aucuns tenteront de mesurer l'engagement afin d'apprécier l'adaptation à la nouvelle réalité de parent. Cette volonté d'évaluer le degré de conformité est indéniablement le signe que la notion d'engagement paternel participe au processus de domestication du père. La mesure peut être quantitative : le nombre d'heures passées en interaction directe avec l'enfant pour différentes activités. C'est généralement sous le couvert des apprentissages en matière de soins et d'éducation que l'évaluation est faite. Ainsi, Nadon (2004) évalue-t-il les activités postnatales suivantes :
- prendre le bébé pour le faire boire le jour et la nuit;
- l'aider à tenir son biberon ou sa cuillère et à se tenir debout;
- le déplacer d'endroit;
- le changer lorsqu'il est souillé;
- lui donner le bain;
- lui parler pendant le bain ou le repas;
- réagir lorsqu'il émet des sons, des gazouillis ou des pleurs;
- jouer avec lui en l'habillant ou en le déshabillant;
- l'aider à faire ses premiers pas;
- lui apprendre le danger (marches, prises électriques, etc.);
- le stimuler en le touchant, en le tournant sur le côté, en lui faisant suivre un objet, en lui manifestant du plaisir (sourire), en le regardant marcher, ramper ou rire, en le caressant ou en l'embrassant.
Il est intéressant de noter que cette mesure quantitative du guide de l'Institut national de la santé publique (INSP, 2001) s'inspire d'une publication américaine.
La mesure peut aussi être de nature qualitative en décrivant l'activité dans laquelle le père est engagé et en lui demandant de parler de cette situation. Thisdelle (2000) a élaboré un exercice qui vise à évaluer l'engagement paternel. Pour chaque élément de la liste, on demande au père de fournir la dernière date de l'activité et de la décrire concrètement. On évalue le degré d'engagement (fort, moyen ou faible). Pour chaque activité, il faut tenir compte du temps investi, de la durée (longue ou courte), si la relation est directe ou indirecte et si le père est seul ou coresponsable.
Il s'agit d'un exercice qui, au-delà des objectifs d'évaluation, comporte une dimension éducative en sensibilisant le père aux diverses facettes de l'engagement paternel. Le tout dure environ trois heures, et une ou deux pauses doivent être prévues. L'évaluation porte sur les indicateurs suivants :
Communication : écouter l'enfant, parler avec lui et lui téléphoner lors d'un éloignement. Exprimer ses sentiments à son égard, lui dire qu'on l'aime, qu'on lui pardonne, qu'il est important et qu'il est bon. S'intéresser à ce qu'il est. Se préoccuper de ce qu'il fait durant la journée, s'intéresser à ses amis, à ses sentiments, à ses pensées, à ses aspirations et à ce qu'il aime, etc.
Enseignement : conseiller l'enfant, lui donner l'exemple (role modeling), résoudre un problème ou une difficulté, assurer la discipline et souligner les progrès réalisés, transmettre des valeurs spirituelles et des habiletés sportives, favoriser l'autonomie, offrir des possibilités et des projets à long terme, permettre à l'enfant de faire des choix et les respecter ainsi que soutenir l'acquisition de nouvelles compétences. Montrer à l'enfant comment aller à bicyclette, nager. Lui parler de sa culture et de celle des autres, répondre à ses questions, l'encourager dans ses loisirs, lui confier des tâches, lui enseigner le sens des responsabilités, le réprimander et le critiquer.
Sécurité de l'enfant : surveiller ses fréquentations et ses amis, veiller à sa sécurité ainsi que se soucier de lui.
Santé de l'enfant : surveiller sa santé, le soigner lorsqu'il est malade, faire sa toilette de même que vérifier le développement de la parole et du langage. Participer aux réunions parentales de l'école et superviser les travaux scolaires. Surveiller les émissions de télé, les films, l'Internet et la musique.
Soins et intendance : préparer les repas et nourrir l'enfant, lui donner le bain, le vêtir, le border, lui donner les objets qui ne lui sont pas accessibles, aménager la maison, prendre soin des vêtements (lessive, repassage et réparations) ainsi que prendre soin de son animal domestique, lui aménager un coin et un espace à lui.
Évocation : évaluer l'enfant, planifier, rêver, espérer et prier pour lui et être là au besoin.
Partage des intérêts : développer l'expertise de l'enfant, lui enseigner ce que l'on sait et lire avec lui.
Disponibilité : assister aux événements de l'enfant, entreprendre de nouvelles activités, passer du temps avec lui, l'encourager à être actif et l'accompagner là où il ne peut aller seul.
Courses : véhiculer l'enfant, aller le chercher et faire des appels téléphoniques pour lui.
Planification : planifier l'anniversaire de l'enfant, ses vacances et ses études, épargner pour son avenir, prendre les rendez-vous nécessaires et ménager du temps avec ses amis.
Partage des activités : faire de l'exercice et des courses, aller au cinéma, jouer, danser, travailler, ainsi qu'organiser des repas et des fêtes.
Soutien émotionnel : écouter l'enfant, l'encourager et développer ses intérêts.
Besoins matériels : soutenir l'enfant financièrement, lui fournir un milieu de vie décent, le vêtir, le nourrir, le faire soigner, l'éduquer, le véhiculer et le soutenir dans ses loisirs.
Affection : donner à l'enfant de l'amour, des accolades et de gros câlins, l'embrasser, le chatouiller, faire contact visuellement avec lui, lui sourire, être patient à son endroit et le complimenter.
Protection : organiser son milieu de vie, veiller à sa sécurité, le conseiller et lui fournir des articles de sécurité (par ex. ceinture de sauvetage).
Nul doute que cet exercice puisse faire prendre conscience au père de la diversité des responsabilités relatives à l'enfant et des activités qu'il doit faire avec lui, mais l'analyse attentive de la liste force à se demander si c'est le travail de parent ou la définition de son rôle qui a changé?
Typologie du père moderne
Indiscutablement, depuis plus de 50 ans, le quadrillage social réalisé par les chercheurs de divers horizons donne au père diverses appellations qui vont de père autoritaire en passant par père maternisé pour aboutir à père engagé. Si aujourd'hui la notion de père absent est moins utilisée, c'est simplement parce qu'elle a été remplacée par celle de père décrocheur, désengagé ou inactif. Il va sans dire que les familles au sein desquelles les responsabilités sont réparties selon la stricte division sexuelle des rôles sont souvent perçues comme archaïques, car la norme actuelle du père engagé suppose qu'il contribue à l'ensemble des responsabilités parentales et participe directement aux divers aspects de l'éducation de l'enfant. Évidemment, il existe une panoplie de modèles intermédiaires, dont celui du père qui s'engage progressivement par choix ou nécessité et celui du décrocheur qui ne participe jamais ou qui renonce progressivement après une rupture d'union. Au-delà de ces qualificatifs, ce qu'il faut retenir de tout cela est qu'un comportement paternel acceptable, c'est-à-dire qui répond à la norme dominante, la bonne façon de faire, celle en fonction de laquelle le père sera évalué, renvoie aujourd'hui à la notion de père engagé.
Mais l'uniformité des normes ne doit pas faire oublier que les pères exercent leur rôle de différentes manières et qu'il existe divers styles parentaux plus ou moins autoritaires, permissifs ou stimulants. Les pères adoptent une stratégie éducative plus ou moins tyrannique ou chaleureuse et sont plus ou moins à l'écoute des besoins et des désirs de l'enfant. Il y a le père sévère mais flexible qui accorde une certaine autonomie à l'enfant dans la mesure où les limites instaurées sont respectées. Il y a aussi le père non directif qui est à l'écoute de l'enfant mais impose peu de limites et utilise rarement le contrôle. Enfin, il y a le père motivant qui se caractérise par son soutien émotif et par le fait qu'il pense souvent à l'enfant même en son absence.
Enfin, les pères utilisent des modèles éducatifs variés et interagissent de diverses manières. Certains favorisent la conformité aux rôles masculins et féminins traditionnels. Les relations sont alors plus hiérarchisées, et des stratégies coercitives (ordres, interdictions et menaces) sont adoptées. D'autres favorisent le développement de l'autonomie de l'enfant. Le père trouve alors facile de communiquer avec l'enfant et de le conseiller, mais l'enfant demeure libre de ses décisions. Enfin, il y a le père qui considère l'enfant comme un égal, comme un partenaire dans le processus de développement personnel, où chacun influence l'autre.
Au-delà de l'engagement
La notion de père engagé est bien loin de celle qui prévaut dans les années 50 et qui veut que l'absence physique du père auprès de l'enfant soit compensée par sa présence symbolique. Mais pendant que l'aspect affectif de l'attachement gagne en importance, on cherche surtout à chiffrer les comportements propres à cet engagement. Cela dit, on parle rarement des valeurs que transmet le père, du capital culturel dont j'ai parlé précédemment. À mon avis, la notion de père engagé ne règle que partiellement la question de la qualité de la relation à l'enfant. Comme le montrent le calcul de Nadon (2003) et le test d'appréciation de l'engagement de Thisdelle (2000), on compte les présences du père auprès de l'enfant. On oublie alors certains aspects qualitatifs, soit la substance et la nature des relations avec l'enfant. N'oublions pas que les parents sont aussi des agents de socialisation. Ils sont responsables du modelage émotionnel de l'enfant ainsi que de la reproduction des stéréotypes et des rôles sexuels. Je pense souvent qu'un père engagé qui participe activement à l'éducation et aux soins de l'enfant risque bien plus qu'un père moins engagé de reproduire et de renforcer les stéréotypes sexuels et de former le garçon aux codes traditionnels de la masculinité. Entre autres, il peut limiter l'expression émotionnelle du garçon et renforcer son armure virile dépendamment des valeurs transmises.
Pollack (2001) montre à juste titre que le père très engagé, s'il n'a pas remis en cause les stéréotypes sexuels, est bien souvent inconsciemment un obstacle au développement de l'enfant. Par exemple, s'il suit les préceptes sexistes, s'il utilise un vocabulaire plus émotionnel avec sa fille et un langage plus empreint d'exigences et de dureté avec son garçon, l'intensité des échanges endurcit ce dernier et ajoute un blindage à une armure émotionnelle déjà lourde en l'incitant à repousser plus loin encore ses sentiments tendres. Même engagé, il n'est pas certain que le père ne restreigne pas le registre émotionnel de son fils en le forçant à s'affirmer comme un vrai homme. J'ai longuement parlé de l'impact destructeur de la restriction émotionnelle chez l'homme (Dulac, 2001). Ce processus est particulièrement pernicieux sur le plan de la santé, des relations humaines et de la recherche d'aide. Quand le père engagé n'enseigne à son fils qu'à s'endurcir, à ne pas se comporter comme une fillette ainsi qu'à endurer la douleur physique et émotionnelle pour gagner son approbation et celle de ses pairs, cela ne peut être que néfaste au développement de l'enfant.
Ce que l'on oublie souvent de dire et qui n'est pas présent dans la littérature sur l'engagement paternel, c'est que malgré les impératifs culturels, un père engagé doit aider son enfant et plus particulièrement son fils à développer son potentiel émotionnel et affectif ainsi que l'encourager à exprimer un large éventail d'émotions. Tout comme il doit soutenir sa fille dans ses activités et son développement. Le père engagé doit être à l'écoute de son fils qui dévoile un sentiment de vulnérabilité et doit pouvoir l'aider à exprimer ce qu'il ressent sans le taquiner, le ridiculiser ou minimiser l'importance de ses sentiments profonds. Le père engagé doit pouvoir décoder les gestes de colère, d'agressivité et de turbulence de son fils. C'est le signe d'émotions plus profondes que l'enfant doit apprendre à exprimer autrement que par la colère, par exemple. Le père engagé doit offrir un modèle de masculinité et de féminité ouvert, diversifié et positif.
Nous sommes loin de l'idée que l'on se fait du père principium individuationist dont la fonction est de couper le cordon ombilical qui lie l'enfant à sa famille et à sa mère. On sait désormais que les enfants, surtout les fils, quittent le noyau familial trop abruptement et que l'on pousse les garçons à se séparer prématurément de leur mère, et plus particulièrement de l'univers féminin, pour se conformer aux codes de la masculinité virile. Le père engagé doit être sensible à ces aspects de l'apprentissage de la masculinité.
L'homme fournit un modèle de masculinité à son garçon et à sa fille, notamment en transmettant à l'enfant ce qu'il considère les limites acceptables de l'intimité et de l'expression émotionnelle pour un homme. En apprenant à parler de ses sentiments, de ses espoirs, de ses inquiétudes et de ses peurs, et en parlant de telles perceptions à l'enfant qui grandit, un père véhicule le message qu'il est normal et acceptable de ressentir de tels sentiments et de les extérioriser.
Je dois dire à ce chapitre que l'homme, enfermé dans les codes de la masculinité virile, éprouve souvent de la difficulté à adopter cette attitude. Cependant, un père se doit de le faire non seulement pour le bien-être de son fils, mais aussi pour celui de son épouse, de sa fille et surtout de lui-même. Par exemple, lorsqu'un garçon atteint la période intermédiaire de l'enfance, le comportement du père pendant le jeu ou les activités partagées lui enseigne comment composer avec les émotions, gérer un conflit pacifiquement et exprimer sa frustration sans menacer l'intégrité d'autrui, mais aussi comment exprimer de la joie sans tout casser. N'oublions jamais que nous vivons sous le regard des autres. Les enfants nous observent. Ils prennent note de la manière dont papa résout les conflits et agit comme partenaire dans le mariage et la famille, dans la collectivité et au travail. Dans toutes les sphères de la vie, les faits et gestes du père sont aussi éloquents que ses paroles, et l'enfant est très sensible aux deux. Combien de fois ai-je entendu ne dis pas cela devant les enfants, ne fais pas cela devant les enfants. Il y a dans ce commentaire bien plus qu'une simple pudibonderie. L'adulte sait pertinemment que les enfants sont de fins observateurs.
Père engagé : aidant naturel
En abordant les questions liées à la paternité, on ne conçoit souvent que les éléments propres à la famille nucléaire : papa, maman et enfant. Avec le processus de privatisation de la famille, on a tendance à oublier que les soins aux enfants ne constituent pas les seuls critères de la vie du père engagé. La vie moderne nous rappelle quotidiennement que la famille élargie et la collectivité formulent d'autres demandes. Le père engagé fournit gratuitement un soutien social, affectif, psychologique et économique non seulement aux personnes qui vivent sous son toit, mais aussi à des parents, amis, voisins et membres d'organismes bénévoles. Ainsi, la majorité des familles ont dans leur entourage des personnes sur lesquelles elles peuvent compter pour les aider et en retour constituent une source d'aide pour d'autres.
Sur le plan économique, les services bénévoles et l'aide qui provient de la solidarité familiale relèvent d'une économie dite souterraine, non comptabilisée. Il s'agit d'un travail gratuit effectué par des personnes qui donnent de leur temps et qui soulagent par le fait même le fardeau de l'État. Parce que ce travail relève de la famille, il n'est pas perçu comme tel dans l'économie courante. Pendant longtemps, le salariat a caché l'existence de ce travail informel. Je veux inclure cette autre forme de responsabilité et m'interroger sur le poids de ces échanges à l'intérieur de la famille, parce que cela fait aussi partie de la responsabilité du père.
Nous savons tous qu'une des fonctions de la famille est la protection de ses membres vulnérables. On connaît bien le rôle des aidants naturels à l'intérieur des réseaux d'échange, notamment en ce qui a trait aux soins prodigués aux personnes en perte d'autonomie. À ce chapitre, on convient que les aidants naturels sont des pourvoyeurs de soins et d'assistance aux personnes en difficulté. Si pendant longtemps on s'est intéressé aux femmes comme aidantes naturelles, c'est sans aucun doute parce que la division sexuelle les assignait à une telle tâche. Mais cette vision de la vie familiale a de multiples conséquences. D'une part, elle agit sur la répartition de l'offre et de la demande d'aide, c'est-à-dire qu'elle détermine les catégories de personnes qui offrent l'aide et celles qui la reçoivent. Les études sont d'ailleurs concluantes à ce sujet : les femmes dominent majoritairement tant sur le plan de la demande que de celui de l'offre (Dulac, 2001). D'autre part, elles laissent dans l'ombre (encore une fois) le fait que le père soit aussi un aidant naturel. Entre 20 et 30 % du soutien offert aux personnes en difficulté sont le fait des aidants naturels de sexe masculin : près de la moitié de ces aidants sont des conjoints, le tiers des fils et le reste des amis et des membres masculins de la famille élargie. Parmi le genre d'aide qu'offrent les pères, le transport est le plus fréquent, suivi du gardiennage d'enfant et de l'entretien de la maison de la personne vulnérable (Institut Vanier de la famille, 1994). Par exemple, un père peut rendre de multiples services à ses parents âgés. Il peut leur donner du temps pour les écouter, être avec eux, mais aussi faire les courses, tondre le gazon, déblayer les espaces enneigés, les visiter, leur tenir compagnie ainsi que leur fournir un soutien affectif et économique. Il peut également conseiller ses parents en matière de services sociaux et de soins à domicile de même que les aider à emménager dans un nouveau logement mieux adapté à leurs besoins. Quel que soit l'endroit où habitent les membres âgés de la famille, ils doivent souvent compter sur les plus jeunes. Même s'il est relativement rare que les familles avec enfants vivent avec des personnes âgées, les responsabilités liées à la présence de parents vieillissants sont toujours assumées par les proches. Globalement, environ 12 % des travailleurs fournissent en moyenne 9 heures d'aide personnelle à des personnes âgées, c'est-à-dire l'équivalent d'une journée de travail additionnelle (Theilheimer et Eisner, 1996).
Ces hommes font partie d'une minorité trop souvent oubliée et, comme on connaît peu leur vie intime, on ne cesse de spéculer sur les motivations qui les poussent à agir de la sorte : sens du devoir et des responsabilités, culpabilité, etc. Ce que l'on oublie, par contre, c'est qu'aucun être humain ne peut s'astreindre à veiller quotidiennement au bien-être de ses proches sans que n'interviennent de nobles sentiments d'amour, de compassion, d'empathie et autres. Eh oui, contrairement aux images que nous offrent quotidiennement les médias, les hommes aussi ont un cœur, et il serait difficile de circonscrire la masculinité aux êtres brutaux et violents ainsi qu'à ces pères absents qui défraient trop souvent les manchettes. Ils sont aussi et surtout des êtres aimants et des aidants naturels qui, comme tous les êtres humains, éprouvent les joies et les peines inhérentes à cette lourde responsabilité : double tâche, épuisement physique et psychologique, manque de temps, etc. Cependant, tout porte à croire que les hommes réagissent différemment au fardeau et au stress relatifs à ces responsabilités. Leurs comportements ne sont pas sans lien avec la socialisation masculine qui fait en sorte que les hommes se plaignent moins du stress lié à ces responsabilités multiples. Le piège qui guette les pères aidants naturels est celui de vouloir tout faire seul. Or, dans la mesure où ils taisent leur stress, ils constituent un groupe à risque. Pourtant, ces aidants naturels ont aussi besoin d'un réseau qui puisse les soutenir, un lieu qui leur permette de sortir de l'isolement, d'avoir des activités extérieures et de rencontrer des gens, un lieu où il leur est possible de partager leurs expériences et d'échanger sur leur vécu.
Il est donc impératif d'adopter un point de vue moins polarisé en ce qui a trait au sexe des aidants naturels et dès aujourd'hui d'accueillir ces pères et de travailler avec eux afin d'accroître leur habileté d'aidant. Cela est d'autant plus important que l'on sait que les pères excellent dans les activités de soutien instrumental et informatif, lesquelles ne sont pas sans valeur. Ils sont de bons conseillers, offrent des avis et de l'information en plus d'offrir un soutien tangible et de rendre bon nombre de services. Ils procurent de plus un soutien affectif qui permet à la personne aidée de ventiler ses frustrations et ses angoisses. Plus rarement, ils donnent un soutien émotionnel à grande échelle et à long terme concernant les problèmes les plus graves (divorces, ruptures amoureuses, deuils, etc.). Lorsqu'un homme sert de confident, il écoute, soutient, conseille et donne son avis sur la situation de l'autre. Par contre, il assure moins le suivi, c'est-à-dire qu'il ne s'informe pas de l'évolution de la situation dans les jours où les semaines qui suivent.
Désormais, les pères participent davantage aux soins et à l'éducation des enfants, mais aussi aux responsabilités et devoirs parentaux élargis puisque ceux-ci forment un bloc cohérent. Les familles consacrent de plus en plus de temps à gagner leur vie et celles des enfants ainsi qu'à aider et soutenir les proches et les personnes vulnérables. Pas étonnant, dans ce contexte, que les pères disent manquer constamment de temps. Pour assumer toutes ces responsabilités, certains essaient de rallonger les journées en se levant tôt et en se couchant plus tard. D'autres renoncent aux plaisirs de la vie conjugale, au temps que s'accordent les parents en tant que couple. Il s'ensuit une augmentation du stress de même que de la fatigue physique et psychologique.
Père pris en sandwich
Les disponibilités en temps libres ne suffisent pas à rendre compte du fait que ce sont les proches qui soutiennent les membres vulnérables de la famille élargie et de la collectivité. En réalité, le père libère du temps dont il ne dispose pas vraiment et qu'il doit répartir entre les responsabilités professionnelles et familiales. Il est alors pris en sandwich et doit composer avec les besoins d'un enfant en bas âge ou d'un jeune adulte qui n'a pas quitté le nid familial ou de retour au foyer après une absence plus ou moins prolongée, avec la responsabilité de parents âgés ou d'une conjointe malade et avec des activités communautaires.
La vitalité des réseaux de solidarité familiale est cruciale dans le contexte du désengagement de l'État, mais cela signifie un recours plus fréquent aux proches qui offrent un soutien, des échanges financiers ou leur équivalent en biens et services. Cet appel à la famille et au père résulte de la croissance des coûts sociaux en matière de santé et de soutien ainsi que de la difficulté de trouver des réponses aux besoins liés au vieillissement de la population. Ainsi, le père est appelé à prendre en charge certains problèmes que les pouvoirs publics estiment ne pas ou ne plus être en mesure d'assumer, tels les soins prolongés aux personnes malades, vulnérables et dépendantes. La famille et les proches ont toujours fonctionné comme un système d'échange et d'aide entre personnes, mais la tâche sera peut-être plus ardue désormais.
Aujourd'hui, tout le monde déplore disposer de moins en moins de temps personnel. La vie est beaucoup plus trépidante qu'on ne le veut, et chacun manque de temps pour assumer ses responsabilités. Les bourreaux de travail réduisent leurs heures de sommeil pour répondre aux obligations familiales et ont souvent l'impression de ne pas assumer entièrement leurs responsabilités familiales. Bon nombre de pères affirment manquer de temps pour s'occuper de la famille, les autres pour s'amuser et enrichir leur vie de couple ou contribuer à leur milieu. Le fait d'avoir un emploi à temps complet et d'élever des enfants accentue les pressions sur la famille, dont l'univers baigne dans la peur de manquer de temps. Les activités professionnelles et familiales sont voraces en temps, et la surcharge des rôles paternels entraîne un stress lorsque le temps manque pour les assumer. Comme le souligne Mirabelli (1996) :
Il y a quelques années, nombre d'entre nous estimaient que le conflit famille/travail serait résolu si les employeurs faisaient preuve de plus de flexibilité et s'ils offraient des services en milieu de travail comme la garde d'enfants ou des programmes d'aide aux employés. Nous constatons que même si de tels efforts sont très utiles, ils ne résoudront pas à eux seuls le stress vécu par les familles. Les problèmes sont trop complexes pour se régler par une solution isolée. Nous croyons que les exigences du travail rémunéré submergent les autres fonctions familiales vitales.
L'enquête longitudinale nationale sur les enfants Grandir au Canada (Statistique Canada, 1997) montre que les deux parents éprouvent autant de difficulté à concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles qu'à organiser leur temps. Laroche (1996) montre, qu'en semaine, la journée professionnelle des hommes débute plus tôt et se termine plus tard et qu'ils sont généralement insatisfaits en matière de conciliation travail-famille. Le temps constitue un facteur contraignant et débilitant dans le maintien de relations familiales fondamentales. Le père qui a des responsabilités plurielles (travailleur, parent et dispensateur de soins aux personnes vulnérables) ressent une fatigue chronique, ce qui nuit à ses relations avec les proches : il est moins patient avec l'enfant, communique moins bien avec son entourage et sa conjointe et est tellement exténué qu'il n'a plus de vie sexuelle (Daly, 1997). Le père se sent mis au défi et vit un conflit lorsque vient le temps de s'engager pleinement auprès de l'enfant. Mais comme on le sait, (Dulac et Groulx, 1997) les employeurs ne tiennent pas compte des besoins du père dans l'élaboration de programmes d'équilibre travail-famille, mais cela est un autre sujet dont il faudrait aussi parler un jour.
Références
Statistique Canada, (1997), Grandir au Canada ; Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes, Ottawa, ministère de l'Industrie, de la Science et de la Technologie, 184 p.
Daly, K. J., (1997), “Spending Time With the Kids. Meaning of Family Time for Fathers”, Family Relations, vol. 45, no4, pp. 466-476.
Dulac, G. et J. Groulx, (1998), Paternité travail et société, Montréal, Centre d'études appliquées sur la famille de l'Université McGill, 120 p.
Dulac, G., (2001), Aider les hommes … aussi, Montréal, VLB éditeur, 187 p.
Laroche, D., (1996), « Concilier emploi et responsabilités domestiques au Québec : Les ménages à deux soutiens en emploi à temps plein », Statistiques. Données, socio-démographiques en bref, vol.1, no1, pp.4-6.
Lamb, M. E., (2002), “The History of Research on Fathers Involvement: An Overview”, dans H.E. Peters, G.W. Petersons, S.K. Steinmetz et R.D. Daly (dir.), Fatherhood: Research, Intervention and Policies. New York, The Hawooort Press, pp.23-42.
Mirabelli, A., (1996), Les familles canadiennes au travail : où trouver le temps? Le conflit travail-famille exige une solution globale, Transition, vol.26, no2, pp.4-22.
Nadon, Y., (2004), Les apprentissages parentaux des hommes en matière de soins et d'éducation des enfants de 0 à 2 ans. Un projet de recherche au CLSC Olivier-Guimond, Montréal, CLSC Olivier-Guimond, 34 p.
Pollack, W., (2001), De vrais gars. Sauvons nos fils des mythes de la masculinité, Varennes, Éditions AdA, 665 p.
Theilheimer, I. et K. Eisner, (1996), “Caution: Families at Work, Attention: Familles au travail”, Transition, vol. 26, no2, pp.5-13.
Thisdelle, G., (2000), Father, Children, Family and Community. A Programming Manual for Counselors, Parents, Educators and Family Advocates, Ottawa, Commoner's Publishing. |
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Compléments biographiques
Note biographique (Centres d'études appliquées sur la famille, Université McGill)
Publications (Centres d'études appliquées sur la famille, Université McGill)
"Politiques du père", Germain Dulac et Nadine Lefaucheur, texte publié dans Lien Social et Politique, disponible sur Erudit.org (format PDF)
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Liens utiles
L’engagement paternel. Le guide du père d’aujourd’hui (2001). Un projet de l’Initiative pour l’engagement paternel–Réseau ontarien (the Father Involvement Initiative–Ontario Network) - format PDF
Sarah Allen et Kerry Daly, The Effects of Father Involvement: A Summary of the Research Evidence (format PDF)
Jean Le Camus, Une place pour le père... déjà dans la petite enfance. Texte d'une conférence donnée en mars 2002 (site du GRAVE - Groupe de recherche et d'actions sur la victimisation des enfants (format Word)
Pères en mouvement, pratiques en changement
National Center on Fathers and Families (NCOFF) |
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Conférence de Germain Dulac: "L'engagement paternel" Durée: 15:58 min. Format MP3 (2,75 mb) Format WAV (5,17 mb)
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