| Être parent n'est pas toujours une tâche facile. Chaque enfant est unique, les modes de vie, les rôles parentaux changent à un rythme soutenu. Certaines situations amènent un stress difficile à gérer. Les parents n'ont pas toujours le temps de prendre connaissance des activités dans lesquelles leurs enfants sont impliqués. Comme on le dit souvent, les jeunes ne viennent pas au monde avec un manuel d'instruction. |
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Être parent n'est pas toujours une tâche facile. Chaque enfant est unique, les modes de vie, les rôles parentaux changent à un rythme soutenu. Certaines situations amènent un stress difficile à gérer. Les parents n'ont pas toujours le temps de prendre connaissance des activités dans lesquelles leurs enfants sont impliqués. Comme on le dit souvent, les jeunes ne viennent pas au monde avec un manuel d'instruction. Mon exposé portera sur les comportements à risque chez les jeunes du niveau secondaire et les rapports entre l'influence familiale, les modèles parentaux et ces comportements. Je m'inspirerai en grande partie des résultats de l'Enquête québécoise sur le tabagisme, la consommation de drogues et le jeu chez les jeunes de la 1re à la 5e secondaire
Le tabagisme
Commençons sur une note positive. La prévalence du tabac a chuté chez les garçons et les filles entre 1998 et 2002. Le pourcentage de jeunes consommant du tabac sur une base quotidienne ou occasionnelle a baissé de 2% entre 2000 et 2002. On peut en déduire que les programmes de prévention produisent les résultats souhaités. Nous verrons un plus ou loin pourquoi il est important de s'attaquer au tabagisme chez les jeunes.
La consommation d'alcool
Les jeunes commencent à consommer de l'alcool vers l'âge de 13 ans (13,4 chez les filles et 13,5 chez les garçons). La fréquence de la consommation d'alcool augmente de façon significative avec l'âge. On constate que près de 5% en font une consommation élevée, c'est-à-dire qu'ils en consomment au moins une fois par semaine, en 1re secondaire contre plus de 35% en 5e. Plus les jeunes vieillissent, plus ils ont tendance à boire de façon excessive.
La consommation de drogues
On constate un profil de croissance semblable en ce qui a trait à la consommation de drogues. Entre la 1re et la 5e secondaire, la consommation de cannabis grimpe parmi ceux qui ont affirmé en avoir consommé au moins une fois au cours des 12 derniers mois, de 14,4% à 55,5%, de 3,6% à 19,3% pour la consommation de drogues hallucinogènes. Il est particulièrement inquiétant de voir la hausse du nombre de jeunes qui consomment des amphétamines ou de la cocaïne, ce qui laisse supposer que les jeunes peuvent se procurer sans difficultés toutes ces drogues.
L'indice de consommation problématique d'alcool ou de drogues indique que cette consommation n'entraîne pas de conséquences importantes chez la grande majorité des jeunes, soit environ 80% d'entre eux. Le pourcentage de jeunes chez qui cette consommation occasionne certains problèmes et ceux chez qui elle entraîne une dépendance et des dysfonctionnements sévères sur le plan académique ou sur le plan des relations personnelles a diminué entre 2000 et 2002 (de 12,6% à 10,8% pour le premier groupe, de 5,8% à 5,2% pour le second).
Les jeux d'hasard et d'argent
Contrairement à la consommation d'alcool ou de drogues, la proportion de jeunes qui s'adonnent au jeu varie beaucoup moins avec l'âge. 51,5% des jeunes disent ne pas avoir joué au cours des 12 mois précédant l'enquête. 10% d'entre eux sont des joueurs qui affirment avoir cessé de jouer. 43% affirment jouer de façon occasionnelle alors que 8,1% pratiquent le jeu sur une base régulière, c'est-à-dire, une ou plusieurs fois par semaine.
En tant que spécialiste de cette question, on me demande souvent si le jeu est nuisible pour les jeunes. Le jeu est une pratique répandue et ne semble pas entraîner de problèmes majeurs. Le degré de risque varie selon le type de jeu et la fréquence de la participation à ces jeux. Chez les jeunes, les problèmes de jeu découlent en premier lieu de leur participation aux paris sportifs, aux jeux de cartes ou à l'utilisation des appareils de loterie vidéo (ALV). La forme la plus répandue de jeu chez les jeunes est la loterie instantanée (37,3%), suivie par les jeux de carte (21%) et les jeux d'habileté (sports, jeux vidéos, etc.).
Les données les plus inquiétantes sont celles qui concernent le jeu sur les appareils de loterie vidéo ainsi que les paris sportifs. Le pourcentage de jeunes (8,1%) qui jouent sur les appareils de loterie vidéo est plus élevé que chez la population adulte. Cette statistique est difficile à expliquer puisque ces appareils ne sont disponibles que dans les établissements où l'on vend de l'alcool et où les jeunes de moins de 18 ans ne devraient pas être admis.
Les jeunes semblent prendre goût au pari sportif dès lors qu'ils commencent à se procurer des billets du jeu de pari sportif "Mise au jeu" vendu par Loto-Québec. Ils s'aperçoivent rapidement qu'il est difficile d'obtenir le nombre de gains nécessaires pour gagner de l'argent. Ils organisent alors entre eux des paris sportifs ou, ce qui est beaucoup plus problématique, ils parient avec les preneurs de livres qui leur permettent de parier à crédit. Les jeunes parieurs peuvent accumuler des dettes très rapidement en transigeant avec des preneurs de livres.
Les pratiques relatives au jeu ont été reparties en deux groupes, privé selon qu'il s'agit d'activités que les jeunes organisent entre eux ou étatisé selon qu'il s'agit de jeux dont la pratique est encadrée par l'État par l'entremise de la société Loto-Québec. On constate avec étonnement que le jeu étatisé concerne un plus grand nombre de joueurs, ce qui à nouveau s'explique mal puisque les jeunes ne sont pas censés selon la loi avoir accès aux loteries ou aux appareils de loterie vidéo.
De même que pour la consommation d'alcool et de drogues, c'est la fréquence du jeu qui détermine le niveau de risque auquel est le jeune est soumis. On retrouve le plus grand nombre de joueurs à risque (22%) et de joueurs au profil pathologique (19,8%) chez les joueurs habituels.
Les relations sexuelles
À la suite d'articles publiés dans le quotidien La Presse par des sexologues inquiets de l'attitude des jeunes face à la sexualité et de la montée de comportements à risque, la question des pratiques sexuelles des jeunes a retenu l'attention du public québécois et suscité de nombreux débats en 2005.
D'après une étude menée en 1994 sur les pratiques sexuelles des jeunes (Nguyet et al.), on recense 8000 cas de grossesses chez les adolescentes québécoises chaque année. L'âge moyen des premières relations sexuelles se situe vers 13 ans et 9 mois.
Parmi les facteurs associés à la précocité sexuelle chez les filles, on identifie une puberté précoce, un concept de soi peu développé, une absence de surplus de poids ou encore une consommation d'alcool également précoce. Chez les garçons, on fait davantage référence à un concept de soi bien développé, des relations familiales peu harmonieuses et un milieu socio-économique peu favorisé.
Les jeunes montréalaises âgées de 15 à 19 ans présentent les taux de grossesses et d'avortements les plus élevés de tout le Québec.
60 % des garçons âgés de 12 à 18 ans rapportent utiliser un condom lors de leur première relation sexuelle. 72 % des garçons de 14 ans disent en utiliser régulièrement. À l’âge de 17 ans, seulement 51 % des jeunes garçons rapportent en utiliser régulièrement. On observe donc une importante diminution de son utilisation.
Les liens entre les comportements à risque
Dans le rapport publié suite à l'Enquête québécoise sur le tabagisme 2002 menée par l'Institut de la statistique du Québec, on trouve les conclusions suivantes:
«Le cumul de plusieurs comportements à risque constitue un phénomène largement répandu chez les élèves québécois du secondaire tandis que la consommation unique de drogues ou de tabac est un fait plutôt rare...
[...]
Neuf jeunes fumeurs actuels sur 10 ont pris de l’alcool et de la drogue au cours des douze mois précédant l'enquête, alors que cette proportion est de 7 sur 10 chez les fumeurs débutants et de un sur quatre chez les non-fumeurs.
[...]
En proportion, autant de fumeurs actuels que de débutants sont classés joueurs habituels (environ 16 %). Cependant, les non-fumeurs sont proportionnellement moins nombreux à jouer à une telle fréquence (6%).
[...]
La proportion d’élèves qui consomment de l’alcool et de la drogue augmente avec la fréquence de participation aux jeux. Près de 60 % des joueurs habituels sont des polyconsommateurs de SPA (substances psychoactives), comparativement à environ 45 % chez les joueurs occasionnels et à 30 % chez les élèves qui ne sont pas adonnés au jeu au cours des douze mois précédant l’enquête.»
À la lecture de ce qui précède, on comprend qu'un jeune consomme rarement uniquement un seul produit à risque pour son développement. Chaque comportement à risque est susceptible de l'entraîner vers la consommation d'autres substances ou la pratique d'autres comportements à risque. C'est pourquoi il faut se féliciter de la diminution du tabagisme observée entre 2000 et 2002, car le tabac est en général la première substance à risque que consomment les jeunes. C'est en quelque sorte la porte d'entrée vers tous les autres comportements à risque.
L'influence familiale sur les comportements à risque
On peut identifier trois principaux éléments familiaux qui contribuent à protéger ou à rendre plus vulnérables les jeunes face à l’adoption de conduites à risque:
Les modèles parentaux
Comment les parents gèrent-ils leur stress? Comment communiquent-ils avec leurs enfants et leur conjoint? Si les parents savent gérer leur stress adéquatement, les enfants sauront mieux composer avec les situations stressantes. S'ils s'adressent avec respect à leurs enfants et à leur conjoint, leurs enfants vont apprendre à communiquer avec respect.
Les parents consomment-ils excessivement de l’alcool, des drogues ou pratiquent-ils des jeux de hasard et d'argent?
Quels messages transmettent-ils à leurs enfants quant à la participation et l'adoption de comportements dits à risque? Les parents veulent que leurs enfants pensent qu'ils sont cool, ils cherchent à gagner leur amitié. Face aux comportements à risque, ils disent à leur enfant: «Je l'ai fait quand j'avais ton âge, tu peux le faire, mais fais attention...» Une telle attitude n'est pas aussi efficace que l'approche plus restrictive des parents qui insistent davantage sur les risques potentiels liés à ces comportements et invitent en premier lieu leur enfant à s'abstenir ou encore à s'informer le plus possible et à s'imposer des limites.
Les styles parentaux
Parmi les quatre styles parentaux suivants, ce sont les parents démocratiques qui parviennent le mieux à encadrer leur enfant devant les comportements à risque.
- Autoritaires : préconisent l'obéissance et démontrent peu de sensibilité et de chaleur.
- Permissifs : n’imposent ni règle, ni contrainte. Ils sont chaleureux avec leur enfant, mais incapables d'encadrer leurs enfants et de leur imposer des limites.
- Désengagés : démontrent une complète absence d’intérêt pour le rôle parental et l'enfant.
- Démocratiques : établissent des règles, valorisent l’autonomie et l’expression de l’opinion de l'enfant et sont chaleureux et engagés.
L'environnement familial et le climat émotionnel
- Est-ce que le milieu familial est caractérisé par la discorde et les cris ou par la présence de calme et de paix? Les membres de la famille sont-ils heureux?
- Est-ce qu'ils peuvent y trouver du support ou de l'entraide lors des moments difficiles?
- Les enfants se sentent-ils suffisamment à l'aise avec leurs parents pour être en mesure de se confier à eux? Souvent, les parents ont tendance à réagir avec emportement et les jeunes ont peur de se confier à eux.
Il est important que les parents dès le premier âge instaurent un climat de confiance entre leur enfant et eux pour maintenir le dialogue lors des périodes plus difficiles de l'adolescence où les jeunes doivent apprendre à se positionner face aux comportements à risque. |
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