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| Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille |
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| ATELIER B3 — LA COHÉSION FAMILIALE |  |  |
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| La détresse parentale face à des adolescents en difficulté |  |  |
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| [Résumé] |  |  |
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Sonia Gilbert Directrice de la protection de la jeunesse, Centres jeunesse de la Montérégie. Dominique Lafrance Directeur de la protection de la jeunesse, Centres jeunesse de la région Mauricie–
Bois-francs.
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| Certains conférenciers ont fait allusion au cours de ce colloque à la Direction de la protection de la jeunesse en laissant entendre qu'elle est une instance de premier recours pour les familles en difficultés. En réalité, le rôle premier de la DPJ est d'offrir une expertise pour déterminer si un enfant est exposé à une situation potentiellement dangereuse pour lui. |
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Certains conférenciers ont fait allusion au cours de ce colloque à la Direction de la protection de la jeunesse en laissant entendre qu'elle est une instance de premier recours pour les familles en difficultés. En réalité, le rôle premier de la DPJ est d'offrir une expertise pour déterminer si un enfant est exposé à une situation potentiellement dangereuse pour lui. Cette expertise s'appuie sur tout un réseau de services visant à aider les familles à traverser des situations difficiles et fournir aux parents des outils pour leur permettre de mieux assurer leur autorité parentale.
Seuls les cas les plus les plus difficiles sont référés à la DPJ. Il s'agit de cas où la sécurité de l'enfant et son développement normal sont menacés, lorsqu'il y a nécessité d'agir pour remédier à cette situation ou à ce qu'on appelle dans notre métier, une situation de compromission.
La DPJ est habilitée à intervenir auprès des enfants de tout âge, mais pour les fins de cette présentation, nous n'avons retenu que les cas d'adolescents qui présentent des troubles de comportements sérieux et dont les parents ne prennent pas les moyens pour mettre fin à la situation ou n'y parviennent pas.
Les principes de la loi sur la protection de la jeunesse
Le respect de l'intérêt du jeune et du respect de ses droits
Le principe fondamental sur lequel est fondé la loi est celui du respect de l'intérêt et des droits du jeune. Toutes les décisions doivent être prises en fonction de son intérêt et de ses droits. Cela peut sembler une évidence, mais étant donné que dans bien des cas les intérêts des jeunes et des parents s'opposent, l'arbitrage devient très complexe.
La primauté de l'autorité parentale
Deuxième principe fondamental, celui du primat de l'autorité parentale. La loi reconnaît que ce sont les parents qui sont les mieux placés, les plus aptes à subvenir aux besoins de leur enfant. Mais dans certains cas, le législateur a prévu des limites à cette autorité parentale, lorsque, entre autres, la sécurité et le développement de l'enfant sont menacés.
Le maintien de l'adolescent dans le milieu parental
La loi reconnaît également l'importance fondamentale du maintien du jeune dans son milieu familial. Des liens, des contacts quotidiens avec les membres de sa famille, un environnement familier sont essentiels pour le jeune. Mais encore là, la loi prévoit des exceptions à ce principe et impose dans certaines circonstances la séparation du jeune d'avec son milieu familial.
La nécessité de la prévention et de l'apport de la communauté
Le rôle de la DPJ est de mettre un terme à toute situation de compromission, et de s'assurer qu'elle ne se reproduise plus. Pour y parvenir, la DPJ mise sur la prévention et sur l'apport de la communauté.
Le rôle de la DPJ
La DPJ représente l'État. L'État n'a pas à s'immiscer dans la vie privée des citoyens. Le rôle de la DPJ est d'intervenir dans tous les cas d’adolescents dont la sécurité et le développement est ou peut être compromis. La DPJ doit intercéder auprès des différents services pour que les adolescents et leur famille obtiennent une réponse à leurs besoins. La DPJ possède une expertise sur la détermination de la compromission, mais il ne possède pas toutes les expertises et doit s'appuyer sur tout un réseau de services. Il doit négocier avec le réseau de l'éducation, de la justice, des services sociaux et de santé selon les besoins identifiés comme les plus appropriés pour chaque cas.
L'intervention en contexte d'autorité
La loi sur la protection de la jeunesse est une loi d'exception. Toute intervention de l'État dans la vie privée des familles a un effet perturbateur et il est de notre devoir de faire en sorte que les bonnes décisions soient prises.
Le concept de protection
Le Directeur de la protection de la jeunesse a mis de l'avant le concept de protection pour assurer, sur l'ensemble du territoire québécois, une homogénéité dans l'analyse des cas qui lui sont soumis. Ce concept est fondé sur l'analyse des faits. Est-ce que les faits rapportés sont exacts? À quelle fréquence se sont-ils produits? Le DPJ doit également déterminer le degré de vulnérabilité du jeune selon son âge, selon le profil qu'il présente sur le plan de la déficience ou de la santé mentale, etc. En troisième lieu, l'analyse porte sur la capacité parentale, le pouvoir et la volonté qu'ont les parents de s'occuper adéquatement ou non de leur enfant. Dans certains cas, les parents ont la volonté de s'en occuper, mais ils n'en ont pas le pouvoir. En dernier lieu, le DPJ évalue les ressources du milieu. Existe-t-il dans l'entourage du jeune des personnes, un grand-parent ou un autre membre de la famille qui pourrait suppléer à l'incapacité ou la déficience des parents de manière à ce qu'on puisse être rassuré sur la sécurité et le développement de l'enfant?
L'implication de l'adolescent de plus de 14 ans
Les adolescents de plus de 14 ans ont un rôle à jouer dans le processus. La loi leur reconnaît la capacité d'accepter ou non l'aide qu'on leur propose. Le rôle du DPJ sera affecté par la volonté ou le refus du jeune de reconnaître ses problèmes et de s'impliquer dans une démarche de changement.
L'implication des parents
Le DPJ doit tenir compte dans son analyse du niveau d'implication des parents. Manifestent-ils le désir réel de changer la situation?
Les mesures de protection et le cadre légal
Dans les situations où l'adolescent et les parents reconnaissent leurs difficultés et qu'ils sont prêts à s'engager et qu'ils sont aptes à collaborer au processus de changement, nous travaillons à l'intérieur de ce que nous appelons un cadre de mesure volontaire. Par contre, si l'adolescent refuse de s'impliquer comme il advient souvent à cet âge, ou encore si les parents ne reconnaissent pas le problème identifié par le DPJ, il faut recourir au tribunal pour trancher le différent. Nous travaillons à ce moment dans un cadre de mesure ordonnée.
La crise d'adolescence versus les troubles de comportements sérieux
À l'adolescence, les jeunes vivent une période de grands changements dont les impacts varieront selon la personnalité du jeune et le milieu dans lequel il vit. Nous faisons une distinction entre la crise d'adolescence telle qu'elle est vécue par la majorité des jeunes et les troubles de comportements sérieux que présentent les jeunes qui sont signalés au DPJ. La crise d'adolescence se manifeste par l'opposition et le non-respect des règles, l'irritabilité, les crises de colère, la provocation, certains comportements déviants. Le jeune perçoit sa conduite comme étant justifiée face aux exigences «déraisonnables» de son environnement.
Les troubles de comportements sérieux sont d'une toute autre nature. À partir d'observations empiriques, nous les avons répartis en trois catégories:
- La consommation d'alcool ou de drogues, l'agressivité, l'impulsivité, les agirs délinquants, les fugues, l'absentéisme scolaire, l'itinérance et les comportements sexuels inadéquats sont classés parmi les problèmes extériorisés représentant 80% des cas.
- Les problèmes intériorisés (10% des cas) concernent les problèmes d'anxiété, la dépression, le suicide, les troubles alimentaires, les troubles alimentaires ou les plaintes somatiques chez certains jeunes qui éprouvent de telles difficultés existentielles que ces difficultés se traduisent par des malaises physiques.
- Les problèmes de santé mentale (10%) comprennent les cas de psychose, de troubles envahissants du développement (TED), d'autisme, du syndrome Gilles de la Tourette, etc. Il s'agit d'une clientèle moins nombreuse mais qui requiert une quantité de soins importante en raison de la complexité de leurs troubles.
Nous avons pu constater une répartition différente des problèmes selon le sexe du jeune. Les filles sont plus susceptibles de présenter davantage de signes de problèmes intériorisés. On dénombre davantage de cas de violence verbale et physique chez les garçons de 16-17 ans. Nous avons au cours des dernières années vu croître le phénomène de l'agressivité dans les relations mères-filles. Bien que plusieurs jeunes révèlent avoir des pensées suicidaires, on ne recense que peu de passages à l'acte.
Profil des parents ayant à composer avec des adolescents difficiles
Les parents qui ont à transiger avec un adolescent dont le cas a été signalé à la DPJ partagent une ou plusieurs des caractéristiques suivantes:
- Consommateurs abusifs d’alcool ou de drogues (30%);
- Valeurs criminalisées intégrées;
- Problèmes de santé mentale avec médication (40%), plus fréquents chez les mères;
- Parcours personnel des parents souvent très difficile. Ils requièrent eux-mêmes des services;
- 60% de familles reconstituées, 30% de mères seules;
- Problèmes d'encadrement importants: absence de limites claires, manque de cohérence d’une situation à l’autre, d’un conjoint à l’autre;
- Issus de milieux défavorisés et sous-scolarisés.
Les cas de signalements existent également chez les familles de milieux plus favorisés. On attribue les problèmes à des attentes trop grandes ou irréalistes face à l'adolescent, à la difficulté des parents à reconnaître l'impact de leurs comportements et leurs propres besoins d'aide de même qu'à leur incapacité de se remettre en question. Au-delà de ces troubles de la conduite, on retrouve également chez ces familles tout l'éventail des problématiques d'abus physique, d'abus sexuel ou de négligence rencontrées chez les familles issues de milieux défavorisés.
Chez les adolescents vivant au sein d'une famille reconstituée, les problèmes le plus fréquemment rencontrés sont les suivants:
- Difficulté de concilier la réalité de deux familles;
- Non reconnaissance de l'autorité du nouveau conjoint;
- Choix du nouveau conjoint qui est fait au détriment des besoins de l’enfant;
- Attentes trop grandes vis-à-vis du nouveau conjoint.
Données provinciales sur les troubles du comportement
En mars 2004, 5425 situations évaluées (sur 23 692 signalements recensés) par les DPJ étaient des situations de troubles sérieux de la conduite. 66% des jeunes étaient en danger parce que leur sécurité ou leur développement étaient compromis. 4909 jeunes étaient suivis par les Centres jeunesse pour des troubles sérieux de la conduite. Au cours des cinq dernières années, 25% des signalements retenus l’ont été pour des troubles sérieux de la conduite.
Le cadre théorique d'intervention du DPJDiverses approches, systémique, behaviorale, centrée sur les solutions, différentielle, thérapie de la réalité sont employées par le DPJ dans le cadre de ses interventions. Nous avons également recours à un ensemble d'outils cliniques dont l'histoire psychosociale, le Jessness, le génogramme, l'évaluation psychologique, la grille d’évaluation des risques suicidaires, la grille de dépistage de consommation problématique.
Une grille d'analyse multidimensionnelle permet de mieux cerner les éléments qui ont un impact significatif sur la situation familiale:
- La situation du jeune lui-même sur les plans biologique, affectif, éducationnel et social;
- La situation des parents sur les plans de la santé, affectif, éducationnel et social;
- La relation parents-enfant;
- Le milieu social du jeune.
Les orientations cliniques privilégiées auprès des adolescents et de leur famille
Deux grandes orientations sont privilégiées par le DPJ:
Le maintien du lien
Le maintien du lien familial, ou de la présence dans son milieu familial, est préconisé lorsqu'au terme de l'évaluation, il est jugé que:
- Le problème est circonstanciel, en lien avec une crise d’adolescence dite normale;
- Les capacités parentales sont présentes et il y a une volonté d’action;
- Aucun problème chronique chez le jeune ou ses parents n'altère leur relation;
- Un potentiel de changement est identifié;
- Un lien d’attachement est constaté.
- Les activités cliniques privilégiées dans ces cas:
- Accompagnement de l’adolescent et de sa famille;
- Suivi à court terme;
- Répit ou arrêt d’agir au besoin;
- Implication des ressources dans l’environnement familial.
L'acquisition de l'autonomie
Dans certains cas, il est malheureusement impossible que l'adolescent puisse continuer à faire vie commune avec ses parents. L'acquisition de l'autonomie, c'est-à-dire, le retrait de l'enfant de son milieu familial, doit être envisagée lorsque:
- Il y a un refus systématique du jeune et/ou de ses parents de s’impliquer et de chercher des solutions;
- Les conflits sont cristallisés;
- Les parents sont démissionnaires, ont d’importantes difficultés personnelles;
- Les parents nuisent à la sécurité et au développement de leur adolescent.
Les activités cliniques privilégiées dans ces cas :
- Accompagnement de l’adolescent en situation de séparation de son milieu familial et responsabilisation;
- Développement des habilités sociales dans les activités quotidiennes, études, marché du travail, croissance personnelle;
- Support dans la nouvelle organisation de vie.
La détresse parentale face à des adolescents en difficulté
L’article 38 de la Loi sur la protection de la jeunesse insiste sur l’importance de l’implication des parents. Plusieurs ne prennent pas les moyens pour résoudre les problèmes, mais… plusieurs le font mais n’y parviennent pas! Dans ces situations on retrouve des jeunes qui ont des problèmes de santé mentale, des problèmes de toxicomanie ou vivent dans un milieu social dysfonctionnel. Il faut absolument soutenir ces familles par des services accessibles, continus et intensifs dans toutes les régions du Québec.
Constats relatifs à la réalité de la clientèle suivie par la DPJ
Les constats que nous faisons à propos de la clientèle de la DPJ sont pour le moins alarmants, particulièrement en ce qui a trait à la déresponsabilisation parentale. En voici quelques-uns:
- Éclatement des valeurs, des familles, des cadres de référence;
- Déresponsabilisation parentale, trop d’adolescents « abandonnés »;
- Phénomène important d’aliénation parentale;
- Recherche du plaisir immédiat, de sensations fortes;
- Milieux centrés sur les besoins individuels;
- Pressions sociales de consommation; peu de temps consacré aux relations parents/adolescent;
- Manque de communication;
- Services de première ligne absents ou insuffisants.
Le nombre de signalements à la DPJ a augmenté de 25% au cours des trois dernières années au moment même où le Québec connaît une phase de décroissance démographique. De plus en plus de jeunes sont seuls ou abandonnés et c'est là une réalité complètement occultée par les médias. Comme l'ont souligné différents intervenants au cours de ce colloque, il faut revenir à des valeurs fondamentales d'entraide et de support, au sein des familles, au sein des communautés également. C'est une des conditions essentielles pour que nous puissions collectivement faire de la DPJ un outil social de moins en moins nécessaire. |
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