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Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille
ATELIER B3 — LA COHÉSION FAMILIALE
La survie du couple parental
[Résumé]
Michel Lemieux
Membre et ex-président de l'Association des psychothérapeutes conjugaux et familiaux du Québec.
Maxime, 5 ans, nous présente avec fierté le conjoint de sa mère en le désignant comme son «faux-père». La petite Sophie qui a maintenant un «quasi-frère» et une «grande-maman de cœur». Gabrielle , 6 ans, fait sa rentrée scolaire avec ses parents « maman Lise » et «maman Jeanne ».

Maxime, 5 ans, nous présente avec fierté le conjoint de sa mère en le désignant comme son «faux-père». La petite Sophie qui a maintenant un «quasi-frère» et une «grande-maman de cœur». Gabrielle, 6 ans, fait sa rentrée scolaire avec ses parents «maman Lise» et «maman Jeanne». Que nous disent ces enfants? Quelle voie nous indiquent-ils? Les enfants nous montrent leur habileté à développer de nouveaux liens, à se relier à leur environnement, qui change bien malgré eux, à s'adapter aux réalités des adultes qui les entourent. Mais de leur côté, les parents eux éprouvent de grandes difficultés à maintenir une relation parentale avant, pendant et après une rupture ou encore dans le cadre d'une relation ordinaire.

C'est à l'aspect émotionnel qu'on accorde le moins d'importance au cours d'une séparation. Au Québec, nous avons beaucoup développé les services de médiation familiale, mais trop souvent encore, la médiation se limite aux règlements fonctionnels, l'argent, les heures de garde ou de visite, etc... Le partage et la collaboration au niveau des responsabilités parentales sont laissés au second plan. Comment les parents collaboreront-ils pour assurer l'accompagnement de leurs enfants? Cette question, pourtant fondamentale, est laissée de côté au profit des questions d'organisation matérielles.


La coparentalité
En thérapie, tous les jours dans nos bureaux, nous voyons d'une part le besoin criant des enfants et d'autre part la difficulté des parents en situation de conflit. Lors de consultations, les enfants me demandent régulièrement: «Pourquoi papa et maman ne s'entendent-ils pas? Pourquoi se chicanent-ils toujours? Pourquoi, lorsque je suis chez lui, papa me parle-t-il en mal de maman?» ou «Pourquoi maman me parle-t-elle en mal de papa?».

Les enfants ont besoin de voir leurs parents même si, dans leur entourage, les figures parentales se multiplient et se diversifient. Ils ont besoin de voir leurs parents collaborer, de les voir s'adapter à leur nouvelle relation, à une nouvelle forme de coparentalité. Le concept de coparentalité s'applique, selon moi, aussi bien aux familles recomposées, séparées ou monoparentales qu'aux familles bi-parentales traditionnelles. Nous sommes passés d'une société matriarcale, où la mère prenait à sa charge l'éducation et l'accompagnement des enfants, à une société où les hommes et femmes s'efforcent de redéfinir un nouveau partage des responsabilités parentales, bien souvent avec un succès mitigé. Il nous faut apprendre à accepter la pluriparentalité ou la multiplication des figures parentales. De nos jours, un enfant passe plus de temps avec et connaît souvent mieux l'éducatrice qui s'occupe de lui à la garderie que ses propres parents. Les éducatrices qu'il côtoie à la garderie sont autant de nouvelles formes de figures parentales, de personnes qui assument un rôle parental à son égard.

Pour aider les parents que je reçois en consultation à prendre un certain recul face à leur situation familiale, je leur pose souvent la question suivante: «Quand votre frère ou votre soeur vous confie la garde de son enfant, comment agissez-vous à son égard?» La plupart répondent qu'ils agissent comme si cette nièce ou ce neveu était leur propre enfant. Pendant qu'ils en ont la garde, ils assument envers lui le rôle d'une figure parentale. Alors, comment expliquer qu'après une séparation, les parents ne se comportent plus de cette manière avec leurs propres enfants?

La coparentalité choisie
Je distingue la coparentalité choisie, en toute connaissance de cause, des situations familiales imposées soit par un jugement du tribunal, par la DPJ ou par une quelconque instance médiatrice extérieure à la famille. Peu importe la structure familiale, chaque parent sera toujours tenu de partager ses responsabilités familiales avec un autre parent ou avec une autre figure parentale. Le modèle de famille changera, évoluera, mais la responsabilité parentale sera toujours une question de partage et, pour le bien des enfants, il est nécessaire qu'il en soit ainsi.

Les parents en situation de rupture ont tendance à ne s'occuper que de leurs propres problèmes, de leurs difficultés à s'entendre avec leur ex-conjoint et à perdre de vue les besoins des enfants.
  • La coparentalité n'est-elle pas le seul lien profond, important, significatif et prometteur pour l'enfant? La coparentalité influence la façon dont l'enfant va construire son identité, du type de parent qu'il souhaiterait être plus tard. Certains, parce qu'ils auront vécu des expériences négatives, choisiront même, une fois devenus adultes, de ne pas avoir d'enfants.
  • La coparentalité, n’est-ce pas tout ce qui lui reste de sa famille d’origine? Les thérapeutes familiaux travaillent beaucoup à renforcer chez l'enfant la connaissance de ses origines, non pas pour qu'il apprenne à juger ses parents, mais pour qu'il apprenne à mieux se connaître par une meilleure connaissance de son histoire familiale. Les enfants reproduisent les modèles qu'ils ont sous les yeux et si l'enfant vit au sein d'une famille où règne une atmosphère conflictuelle, l'enfant va établir des relations de même type avec son entourage.
  • N’est-ce pas aussi ce que ses parents peuvent lui offrir de plus important, de plus stable et de plus précieux pour sa croissance et son développement? J'insiste beaucoup auprès des parents pour qu'ils apprennent à respecter leurs différences, à ne pas toujours être d'accord, à reconnaître qu'en dépit de façons de faire différentes, chacun fait de son mieux pour s'occuper adéquatement de son enfant. Curieusement, les enfants, eux, s'adaptent très bien à ces différences.

Ingrédients pour une coparentalité constructive
Comment la cohésion familiale peut-elle se développer et exercer son effet bénéfique sur les enfants sans une coparentalité choisie, désirée et efficace? La coparentalité suppose un choix mutuel, au-delà des différences ou des différents, même pour les parents qui demeurent ensemble. La société traditionnelle québécoise favorisait avant tout l'homogénéité, niait la différence. On y apprenait que l'harmonie était l'absence de différence; une telle éducation nous préparait mal à accepter la différence, à savoir composer avec l'hétérogénéité des caractères.

Il faut apprendre à
reconnaître l'égalité des droits et des responsabilités. Si un parent est incapable de reconnaître le droit et l'habileté de l'autre parent à s'occuper de son enfant, il ne pourra jamais se résoudre à lui faire confiance.

Il faut apprendre à accepter la multiplication et le rôle de plus en plus important des diverses figures parentales autour de son enfant. La complexité de la vie actuelle nous force à reconnaître nos limites et accepter le fait qu'on puisse ne pas être capable de s'occuper de son enfant autant qu'on le souhaiterait.

Il faut donc apprendre à composer avec les autres figures parentales qu'idéalement nous choisirons nous-mêmes. Il est important de savoir utiliser les ressources du milieu pour s'aider dans sa tâche de parent. Plus que jamais, le développement d'une coparentalité réussie suppose la capacité à collaborer avec les autres figures parentales.

La coparentalité est une réalité relationnelle. Elle ne concerne pas en premier lieu l'acquisition des compétences en tant que parent-éducateur. Elle concerne les modalités de nos relations entre parents. Il faut travailler à surmonter les difficultés relationnelles et les conflits en évitant d'en faire un problème individuel, mais en gardant à l'esprit qu'il s'agit avant tout d'une question de relation qui implique l'autre parent autant qu'elle nous implique.


La coparentalité : la clé du maintien des liens familiaux
En développant notre intérêt et nos habiletés pour la coparentalité nous assurons la continuité du lien et le partage des responsabilités parentales. Pour y parvenir, il faudra au préalable reconnaître les besoins des familles:
  • Le besoin de support. Les politiques familiales actuelles sont centrées exclusivement sur les familles les plus démunies. Elles devraient viser l'aide à la famille en général, peu importe leur modèle;
  • Le besoin de parler de famille sans qualificatif. Aux yeux de l'enfant, sa famille est essentielle quand bien même il vit au sein d'une famille séparée, recomposée ou monoparentale. À l'école, dans bien des classes, les élèves dont les parents sont séparés représentent plus de la moitié du groupe, mais il n'empêche que le statut des familles non-traditionnelles possède encore de nos jours une connotation négative;
  • Les modèles, les formes et les couleurs des familles sont multiples mais nous avons tous une famille quel que soit son modèle. Chaque enfant doit développer sa façon bien à lui d'être à l'aise dans sa famille.
  • Les politiques en matière de services de santé et de services sociaux ne reconnaissent, règle générale, qu'une seule réalité sociale: l'individu. Les couples, les familles ou les parents ont été évacués des champs d'applications de ces politiques. Mis à part la Direction de la protection de la jeunesse, personne ne s'intéresse aux familles à l'intérieur du réseau des services sociaux. Les professionnels exercés à travailler spécifiquement avec les familles sont de moins en nombreux.
Compléments biographiques

Association des psychothérapeutes conjugaux et familiaux du Québec

Matériel de présentation

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Liens utiles

"L'art de mieux vivre une recomposition familiale". Document préparé par le Conseil de la famille (format PDF)

"Quand la famille recomposée a besoin d'aide". Répertoire de ressources (Site PetitMonde)
Conférence de Michel Lemieux: "La survie du couple parental"
Durée: 18:16 min.
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