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Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille
ATELIER A2 — LE LIEN FAMILIAL
Le réseau familial, la fratrie et le cousinage: la réalité des Premières nations
[Résumé]
Marjolaine Sioui
Coordonnatrice du secteur de la petite enfance, Conseil de la Famille et de l'Enfance.
Patrice Lacasse
Bureau du développement social, Commission de la santé.
On retrouve au Québec quarante communautés faisant partie des Premières Nations, expression qui désigne au terme de la loi les Indiens inscrits et vivants dans les communautés autochtones. Le groupe Inuit comprend pour sa part quatorze communautés distinctes. S'ajoutent à ces groupes les communautés métisses qu'il faut éviter de confondre avec les Indiens non inscrits.

On retrouve au Québec quarante communautés faisant partie des Premières Nations, expression qui désigne au terme de la loi les Indiens inscrits et vivant dans les communautés autochtones. Le groupe Inuit comprend pour sa part quatorze communautés distinctes. S'ajoutent à ces groupes les communautés métisses qu'il faut éviter de confondre avec les Indiens non inscrits. Les Métis sont surtout présents dans l'Ouest du Canada bien qu'on en parle de plus en plus au Québec en raison de la diversité des réalités des ressortissants des Premières Nations, de la migration vers les villes, du métissage, ainsi que par l'effet de la Loi sur les Indiens qui reconnaît désormais les Indiens aussi bien selon leur lieu de résidence que selon leur ascendance généalogique.

Les Premières Nations 1
Il y a dix nations au Québec:
  • la nation Abénaquise localisée sur la rive-sud du Saint-Laurent, à la hauteur de Drummondville;
  • la nation Algonquine dont le territoire traditionnel s'étend du Lac des Deux-Montagnes jusqu'en Abitibi-Témiscamingue;
  • la nation Attikamek qui occupe des territoires du centre du Québec (Lanaudière, Haute-Mauricie);
  • la nation Crie, occupant le bassin de la Baie James;
  • la nation Huronne-Wendat, regroupée à Wendake, près de la ville de Québec;
  • la nation Innue (ou Montagnaise), présente sur la Côte-Nord ainsi qu'au Lac Saint-Jean et près de Schefferville;
  • la nation Naskapie, regroupée dans la communauté de Kawawachikamach, dans le secteur de Schefferville;
  • la nation Malécite, que l'on retrouve sur la rive-sud du Saint-Laurent, près de Rivière-du-Loup;
  • la nation Mohawk, regroupée dans quelques communautés dans la région de Montréal;
  • la nation Mi’gmaq, présente dans la péninsule gaspésienne.


Les familles linguistiques
Ces différentes nations forment deux grandes familles linguistiques 2:
  • la famille iroquoienne comprend les Hurons-Wendat ainsi que les Mohawks;
  • la famille algonkine regoupe le reste des autres nations autochtones.

Il faut noter que la famille iroquoienne s'étend, au point de vue géographique, jusqu'aux États-Unis alors que la famille linguistique
algonkine s'étend jusqu'aux Rocheuses.

Les types des communautés
Le gouvernement a réparti en différentes catégories les communautés autochtones : 52% d'entre elles sont classées parmi les communautés urbaines, celles situées à une distance de moins de 50 km d'un centre où l'on offre des services. Dans le cas des communautés rurales, cette distance se situe entre 50 et 350 km par voie terrestre. Au-delà de cette distance, les communautés sont répertoriées dans la catégorie régions éloignées (20% de l'ensemble des communautés font partie de ce groupe). Un dernier groupe est constitué de communautés établies sur des sites à accès limité, c'est-à-dire accessible seulement par voie aérienne ou par bateau. Cet éloignement a évidemment un impact sur les services auxquels ces communautés peuvent avoir accès ainsi que sur les prix à la consommation dans lesquels sont reflétés les coûts de transport élevés.

Données démographiques
Au Canada, on dénombre 720 000 personnes membres des Premières Nations, dont 57% habitent à l'intérieur des communautés. Au Québec, ce chiffre s'élève à 66 500, excluant les Inuits, dont 70% vivent dans les communautés. Ce qui représente la sixième population autochtone en importance au Canada, et c'est au Québec que se trouve la plus grande proportion d'autochtones vivant dans leurs communautés, où le plus grand nombre d'individus choisissent de retourner vivre auprès des leurs une fois leurs études terminées ou encore après avoir vécu un certain temps en milieu urbain. Une comparaison avec la Colombie-Britannique permet de mieux comprendre cette tendance. On retrouve dans cette province environ 200 communautés dont le nombre de membres varie de cinquante à mille cinq cents. La faible population de ces communautés explique en grande partie le manque d'intérêt des autochtones à revenir vivre dans leur communauté une fois leurs études terminées. Ils choisissent davantage de s'établir au sein de communautés urbaines ou à proximité des grands centres urbains. Un simple coup d'oeil sur la carte géographique des communautés au Québec permet de voir que celles-ci, bien que plus isolées, sont malgré tout regroupées entre elles, et peuvent réunir jusqu'à 8 000 personnes. La densité de population des communautés les rend plus attrayantes et offre davantage de débouchés sur le plan du travail.

Le «baby-boom» des Premières Nations
Le profil démographique des Premières Nations est nettement distinct de celui de la population québécoise en général. Alors qu'on parle pour le Québec d'une population vieillissante, il en va tout autrement chez les Premières Nations où les jeunes représentent un fort pourcentage de la population. La population autochtone vieillissante n'a connu qu'une croissance de 10% contre 40% pendant la même période pour la population québécoise non autochtone. Les Premières Nations vivent actuellement l'équivalent du «baby-boom» que les Québécois ont connu au cours des années soixante. La tranche d'âge de 0 à 24 ans représente 42% de la population autochtone globale. Parmi la population vivant à l'intérieur des communautés, ce pourcentage s'élève à 47%, contre 29% pour la population vivant hors communauté. L'âge moyen des autochtones au Québec est de 24,7 ans alors que pour le reste du Canada, l'âge moyen est de 37,5 ans.

Une telle surreprésentation des jeunes pose à moyen terme des questions assez troublantes. Quel sera l'effet de l'arrivée massive de ces jeunes sur le marché du travail, surtout lorsqu'on sait que les débouchés d'emploi sont limités au sein des communautés? Malgré certains signes encourageants en matière de développement économique, on appréhende un déversement de ces jeunes sans emploi vers les centres urbains qui leur offrent davantage de débouchés.

Le problème du logement et de la promiscuité
Les 46 000 personnes vivant dans les communautés se partagent un total de 10 900 logements. Il faudrait 6 553 unités additionnelles pour répondre aux besoins de tous ceux et celles qui sont en attente d'un logement. Cette pénurie de logement, particulièrement criante dans les communautés éloignées, a pour effet que deux ou trois familles doivent habiter ensemble dans un seul logement. Nombreux sont les jeunes adultes en attente de logement qui doivent demeurer chez leurs parents. Les membres qui veulent revenir dans leur communauté font également face à des difficultés et doivent habiter avec d'autres familles.
Cette cohabitation forcée n'a cependant pas que des effets négatifs. Elle rappelle la persistance de modes de cohabitation ancestraux basés non pas sur la famille nucléaire mais sur le cousinage et la fratrie. Cette cellule familiale élargie s'avère tout à la fois une source de soutien et une opportunité de partage susceptible de développer une véritable unité. Il existe néanmoins un problème réel de promiscuité dont témoignent avec éloquence ces statistiques sur le logement: les membres des Premières Nations sont en moyenne 4,3 à se partager 5,5 pièces par logement. Pour l'ensemble de la population canadienne, ces chiffres sont de 2,7 personnes se partageant 6,6 pièces. Le coefficient personnes/pièces est donc de 1,28 chez les Premières Nations contre 2,26 pour la population canadienne. La promiscuité chez les Premières Nations se traduit par des négociations plus complexe pour l'espace vital; les jeunes qui vont à l'école manquent d'espace approprié pour étudier à la maison; les adultes, eux, trouvent moins d'espace pour s'adonner à des loisirs, etc. Plusieurs problèmes sociaux découlent donc du manque de logements dans les communautés au sein des Premières Nations.

La répression des conflits
On dénote chez les Premières Nations une tendance à la répression des conflits qui s'explique sans doute en grande partie par la nécessité individuelle de coexister en harmonie et d’unir leurs forces pour survivre, pour exercer leurs activités économiques traditionnelles, la chasse et la pêche. Aujourd'hui alors que cette nécessité est moins présente, ce trait comportemental subsiste encore. Il se traduit par exemple par la non-intervention, une grande permissivité dans l'éducation des enfants, la non-compétition entre les membres de la communauté qui engendre un certain embarras dès lors qu'on s'efforce de distinguer un de ses membres et de mettre en valeur ses réalisations. Cette répression a également son pendant sur le plan émotionnel. Cette impassibilité qu'affichent souvent les gens des Premières Nations et qu'on interprète à tort comme un manque d'empathie, voire une forme de hargne, n'est en réalité que l'effet de leur éducation. Sur une note plus positive, cette attitude pacifique donne lieu aussi à un sens développé du partage et de l'entraide.

La famille élargie / composée
La nature des liens entre les membres des communautés, de même que les valeurs et rôles familiaux dépendent, en partie, de l'étendue et de la qualité des ressources disponibles. Plusieurs communautés sont situées à l’écart des villes et cet éloignement contribue au resserrement des liens entre les familles et les membres de la communauté.

Par exemple, la majorité des enfants des communautés n'ont accès qu’à une seule garderie ou à une seule école primaire. Ils sont appelés à côtoyer leurs cousins, petits-cousins et amis sur une base journalière. De plus, les familles demeurent toutes à proximité les unes des autres. Les grands-parents, les oncles et les tantes, et les amis proches, jouent un rôle très important dans l’éducation des enfants.

Les séquelles de l'épisode des pensionnats
Les Premières Nations ont vécu un choc lorsque l’État a décidé d’envoyer les enfants dans des pensionnats. Cette décision de l'État a contribué à la désintégration de la famille. D’une part, les enfants ne pouvaient plus parler leur langue maternelle, d'autre part, ils perdaient tout contact avec des adultes significatifs, leurs seuls compagnons étant d’autres enfants. Ces enfants subissaient un stress important et n’avaient aucun autre support que celui des autres enfants, aux prises avec les mêmes difficultés. Marqués par des carences affectives, ces jeunes n’ont pu s’épanouir pleinement. Les parents ont aussi été victimes : leurs enfants étant absents, ils devaient redéfinir leurs rôles. Lorsque les enfants revenaient, ils jugeaient sévèrement les valeurs de leurs parents sur la base des valeurs non autochtones qu'on leur avait inculquées dans les pensionnats.

Cet épisode des pensionnats a eu des répercussions sur l’identité des autochtones. Lorsqu’on a des doutes et des questionnements, on ne peut transmettre une éducation adéquate aux enfants. Il y a donc eu des impacts intergénérationnels.

Renversement de la situation
Pendant plusieurs décennies, les gouvernements ont cru que l’accès aux divers programmes contribuerait à améliorer la santé et les conditions de vie des Premières Nations. Cependant, les instances gouvernementales ont dû admettre que, dans bien des cas, ces programmes ne répondaient pas aux besoins et aux réalités culturelles des Premières Nations.

Depuis une dizaine d'années, on assiste à une réappropriation des programmes par les Premières Nations. Plusieurs communautés et organismes régionaux ont développé et mis en place des programmes mieux adaptés aux particularités culturelles de leurs populations.

La boucle : les sept générations
Le cycle des générations est assez court. Dans plusieurs langues autochtones, les arrière-grands-parents portent le même nom que les arrières-petits-enfants.

En revanche, la conception horizontale de la parenté est très large. Les cousins, par exemple, sont considérés comme très proches. Les termes utilisés pour désigner un frère et un cousin ou une sœur et une cousine sont identiques. La terminologie employée peut aussi être très ambiguë, par exemple, le terme Nimushum (en langue Innu) peut désigner aussi bien le grand-père, le conjoint de la véritable grand-mère, l’homme qui a élevé son père, ou encore le père du parrain ou de la marraine.

Concept d’adoption traditionnelle
En langue innu, le terme adoption réfère au verbe « prendre soin ». En français, le terme adoption fait davantage référence à un transfert légal du droit parental à l'égard d'un enfant. On assiste fréquemment à cette forme de prise en charge d'un enfant par un membre de la famille immédiate. L'adoption s’effectue, le plus souvent, de manière naturelle, sans mesure légale. L’enfant ne change pas d’identité sociale, il conserve ses liens avec les parents et préserve la mémoire de ses origines. Il peut s’agir d'une mesure temporaire ou d'une durée indéterminée. Cette façon de faire permettait historiquement de répondre à plusieurs impératifs: transmis par la tradition, ce mode d'adoption répond à plusieurs besoins; soulager les parents de leurs responsabilités familiales, générer un réseau de parenté complexe, élargir le réseau de partenaires pour les activités économiques.

En conclusion
De nombreux programmes ont été mis sur pied pour répondre aux besoins particuliers des communautés des Premières Nations, par exemple pour encadrer l'arrivée progressive sur le marché du travail d'une population où les jeunes sont beaucoup plus nombreux en proportion qu'au sein de la population québécoise en général, ou pour pallier les problèmes de logement. Nous n'avons pas eu le temps d'aborder spécifiquement la question de la famille élargie et du contexte familial parmi les Premières Nations, mais on peut dire, rapidement, qu’on assiste à un resserrement des liens familiaux ainsi qu'à un véritable retour aux sources et à une volonté affirmée de maintenir vivantes les traditions au sein des communautés.


Notes
1. La nation Inuit qui constitue une des nations autochtones du Québec n'est pas catégorisée avec les nations amérindiennes. (Note de l'éditeur)
2. La famille eskimo-aléoute est la troisième famille linguistique, et regroupe les Inuits. (Note de l'éditeur)
Compléments biographiques

Marjolaine Sioui
Notes biographiques (CFE)

Matériel de présentation

Diaporama en ligne

Version Powerpoint

Liens utiles

Profil des nations autochtones au Québec, Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Québec

Droits linguistiques des Autochtones: données démolinguistiques (Jacques Leclerc, "L'aménagement linguistique dans le monde", site associé au Trésor de la langue française, Université Laval)

La carte des Autochtones, Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Québec

Femmes autochtones du Québec

"Les jeunes autochtones du Québec". Un dossier de la journaliste Florence Meney (Radio-Canada)
Conférence de Patrice Lacasse et Marjolaine Sioui: "Le réseau familial, la fratrie et le cousinage: la réalité des Premières nations"
Durée: 19:36 min.
Format MP3 (3,37 mb)
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