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Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille
ATELIER B2 — LA VIE FAMILIALE
Les moments forts de sociabilité entre père et enfant
[Résumé]
Yvon Lemay
Responsable de l'hébergement à la Maison Oxygène du Carrefour familial Hochelaga.
Je m'adresse à vous aujourd'hui en tant que père et en tant qu'intervenant auprès de pères en difficulté qui viennent séjourner avec leurs enfants à la Maison Oxygène du Carrefour famille Hochelaga à Montréal.

Je m'adresse à vous aujourd'hui en tant que père et en tant qu'intervenant auprès de pères en difficulté qui viennent séjourner avec leurs enfants à la Maison Oxygène du Carrefour famille Hochelaga à Montréal. Ma présence à ce colloque me donne l'occasion de faire le point et de réfléchir avec vous sur des observations que j'ai recueillies au cours des douze dernières années au contact des centaines de pères et d'enfants qui ont fait appel aux ressources offertes par la Maison Oxygène pour trouver des réponses à leurs difficultés familiales.

Si vous me permettez, je vais faire un bref retour dans le temps pour vous raconter mon enfance et comment se dessinaient à cette époque les relations père-enfant. Quand j'avais quatre ou cinq ans, mon père travaillait 12 heures par jour à l'usine, six jours par semaine. Inutile de vous dire que ce n'est pas lui qui s'occupait de préparer les repas. Les rôles étaient clairement définis. Hommes et femmes savaient quelles étaient leurs responsabilités et quelles étaient les responsabilités de leur conjoint. Pendant que le père était au travail, la mère s'occupait de l'éducation des enfants et des tâches domestiques. Au sein de cette société dans laquelle les rôles étaient bien définis, la socialisation des enfants était un processus somme toute assez naturel. La responsabilité des parents dans cette socialisation consistait pour une bonne part à transmettre la confiance et l'estime de soi à leurs enfants.

L'équipe sportive, l'école, les amis, la télévision jouent un certain rôle dans la socialisation de l'enfant, mais c'est au sein de la famille, le milieu dans lequel l'enfant passe le plus clair de son de temps, que s'effectue véritablement sa socialisation. En dépit d'une certaine philosophie qui tend à discréditer les parents dans leur capacité à bien éduquer leurs enfants, il n'en demeure pas moins qu'ils sont les premiers modèles offerts aux enfants. Je n'insisterai pas ici sur l'importance des modèles paternel et maternel dans la formation de l'identité de l'enfant et le développement de sa sécurité affective, fonctions qui ont été étudiées en détail par les psychologues et autres spécialistes.

Quand j'avais cinq ans, les soirs d'été, j'allais attendre mon père sur le coin de la rue à son retour de l'usine. Je grandissais littéralement de 6 pouces lorsqu'il me prenait par la main pour revenir à la maison. En me prenant par la main, c'était comme s'il me traitait en homme. Les souvenirs que je garde de mon père sont le plus souvent associés à ces moments précieux qu'il passait avec nous, quand par exemple le dimanche il nous prenait sur ses genoux et nous racontait des histoires, des contes. Lui qui n'avait jamais voyagé, n'était jamais sorti du Québec ou de son comté, il nous faisait voyager par la parole en nous racontant de grandes aventures. Il était avec nous. Ce n'était pas le genre d'hommes à révéler ses sentiments. L'important n'était pas ce qu'il pouvait dire ou ne pas dire, c'était les actes qu'il posait, c'était ce temps qu'il nous consacrait, qui nous paraît si merveilleux avec le recul des années.

Le simple fait que l'adulte lui consacre du temps, ce temps qu'on dit aujourd'hui de qualité, est extrêmement important pour l'enfant. La transmission de la confiance s'effectue souvent à travers des gestes simples comme celui de prendre son enfant par la main, qui est pour l'enfant une source de fierté, un symbole de reconnaissance et d'affection.

Malheureusement, la prépondérance aujourd'hui du travail dans notre organisation du temps affecte de plus en plus notre capacité à consacrer ce temps nécessaire au développement de la confiance chez l'enfant. La difficile conciliation famille-travail complique singulièrement la tâche des parents, mais leur rôle fondamental demeure inchangé. En dépit des bouleversements sociaux, des changements de mentalité, de la globalisation de l'économie et des cultures, de l'introduction de nouvelles technologies jusqu'au sein même de la reproduction humaine, il leur faut découvrir leur propre manière de transmettre cette confiance essentielle au développement de leurs enfants.

Le désarroi des pères
Beaucoup de pères et de mères ont cependant été laissés en plein désarroi face à ces trop nombreux changements, d'où les nombreuses ruptures amoureuses et la situation de détresse dans laquelle se retrouvent de plus en plus de pères qui se sentent incapables d'assumer leur rôle parental. Ces hommes n'ont pas la solidité, la confiance en soi nécessaires pour assumer adéquatement jour après jour leurs responsabilités familiales. Ils parviennent difficilement à trouver les solutions appropriées, particulièrement au lendemain d'une séparation.

Un retour à la base
À la Maison Oxygène, on préconise un retour à la base, on veut favoriser chez les pères et les enfants en situation de détresse familiale l'acquisition des aptitudes essentielles pour rebâtir leur confiance en soi. Il s'en faut de beaucoup qu'un séjour à la Maison Oxygène, d'une durée moyenne de trois mois, suffise pour rétablir pleinement cette confiance vis-à-vis de soi. Il n'empêche néanmoins que ce séjour permet aux enfants et aux pères de rétablir les liens de confiance réciproque, une estime mutuelle. Nous cherchons à favoriser des occasions qui forcent pères et enfants à revoir les fondements de leur relation, à se donner la main, à mieux comprendre l'importance que revêt l'autre.

Quand Benoît est venu frapper à la porte de la Maison Oxygène, il avait reçu peu de temps auparavant un appel de la police lui signalant qu'une femme venait d'abandonner au poste un jeune garçon, Mathieu, en indiquant qu'il en était le père. Ou bien il venait chercher l'enfant ou bien la police remettait Mathieu entre les mains des travailleurs sociaux de la Direction de la protection jeunesse. Benoît vivait en célibataire depuis sa séparation d'avec la mère de Mathieu. Il avait peu vu ses enfants au cours de ces trois dernières années. Il travaillait comme «doorman» dans un club de danseuses nues, menant une vie plutôt nocturne et somme toute, asociale. Benoît ramène régulièrement des danseuses à la maison et ses amis consomment beaucoup d'alcool. La présence de Mathieu dans ce contexte s'avère problématique. Après quelques mois, sur les conseils d'un travailleur social, Benoît se présente avec son fils à la Maison Oxygène. En l'espace de quatre ou cinq mois, il s'est mis à s'occuper vraiment de son enfant, à l'aider à se structurer, à se donner des objectifs, à l'aimer. Rapidement, son fils s'est réadapté à l'école. Il a amélioré ses résultats scolaires à tel point qu'il a obtenu une note de 95% en mathématiques. De son côté, le père lui-même est sorti transformé par son séjour à la Maison Oxygène ; il a remis de l’ordre dans sa vie. Le séjour a eu un effet structurant tant sur l'enfant que sur le père.

Je pourrais raconter plusieurs cas semblables mais je dirai qu'en résumé, en matière de socialisation de l'enfant, il n'y a pas un Nintendo ou un Xbox qui puisse remplacer un parent qui prend le temps de jouer avec son enfant et c'est ce que nous nous efforçons de rappeler aux pères qui trouvent le chemin de la Maison Oxygène.
Compléments biographiques

Maison Oxygène

"Le Carrefour familial Hochelaga: un modèle de réussite communautaire", Patricia Ross (L'Action nationale)

Liens utiles

Maison Oxygène - Carrefour familial Hochelaga

Groupes de soutien destinés aux pères (hyperliens)
Conférence d'Yvon Lemay: "Les moments forts de sociabilité entre père et enfant"
Durée: 15:53 min.
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