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Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille
ATELIER A1 — LE LIEN PARENTAL
Maternité, paternité, les deux figures du lien parental aujourd'hui
[Résumé]
Denise Lemieux
Professeure chercheure, INRS Urbanisation, Culture et Société: associée à l’INRS Urbanisation, Culture et Société.

Engendrer des enfants, les élever, les amener jusqu'à l'âge adulte, voilà des dimensions universelles de la vie humaine qui semblent immuables. Et pourtant, tout ce qui entoure la paternité et la maternité a été l'objet de changements radicaux au cours du siècle dernier. On met surtout l'accent sur les changements survenus depuis la Révolution tranquille, depuis les années 1960, mais les historiens de la famille nous rappellent cependant à quel point la famille est une institution en perpétuelle modification et à quel point celle-ci a connu des bouleversements fondamentaux dans la première moitié du XXe siècle : urbanisation, mise en place des institutions scolaires et hospitalières, industrialisation, accompagnées d'une baisse de la mortalité infantile et d'une diminution de la natalité résultant de changements profonds au sein de la vie familiale et des conditions de vie au cours de cette période. Les femmes ont moins d'enfants, elles deviennent ménagères, plutôt satisfaites de ne plus avoir à travailler sur la ferme ou à l'usine, tandis que les hommes quittent le foyer pour devenir des ouvriers ou des employés, rapportant leur salaire à la maison. Les hommes deviennent les pourvoyeurs de la famille. 1

La diversité des familles se traduit moins aujourd'hui par la variation du nombre d'enfants, que par les structures familiales, les conditions de vie et de la culture vécue à l'intérieur de ces structures. Le désir d'enfant est toujours répandu chez les jeunes adultes qui sont nos contemporains, mais il est assujetti à d'autres désirs: le désir de réussir sur le plan professionnel, le désir de voyager, de se réaliser comme personne, de former un couple relativement stable et avec le bon conjoint, la bonne conjointe qui accepte de partager la parentalité. Ces jeunes souhaitent également régler leurs problèmes personnels avant de devenir parents car ils se font une conception exigeante de la maternité et de la paternité. Les ressources économiques dont ils disposent, les dettes d'études accumulées, les conditions de travail des futurs parents influencent leur planification familiale. Dans les milieux populaires, il arrive encore qu'on forme un couple assez tôt et qu'on réalise ses projets d'enfant au début de la vingtaine. Les statistiques régionales depuis les années 1980 nous montrent cependant que les milieux qui semblaient autrefois propices à la vie familiale sont aujourd'hui affectés par une crise de l'emploi qui force les jeunes adultes à émigrer vers d'autres régions pour y trouver du travail et fonder une famille. Dans un Québec où on se marie peu — seulement un tiers de la population se marierait selon les statistiques —, c'est dans les régions éloignées qu'on se marie le moins ou du moins que les enfants naissent surtout de couples vivant en union de fait.

De plus en plus, la conjugalité s'élabore en contrepoint sinon en marge de la vie familiale. Le paysage de la vie conjugale est devenu beaucoup plus complexe en raison des séparations, des remariages, de familles recomposées. La formation du couple s'élabore à la suite d'une rencontre amoureuse de deux individus en quête de leur bonheur personnel plutôt qu'à partir d'un projet de construction d'une famille donnant lieu à un mariage. La cohabitation est devenue l'usage, sinon la norme même chez ceux qui envisagent de se marier ultérieurement. Des études sur le désir d'enfant ont démontré, en raison notamment de la longueur des études et la lenteur de l'insertion professionnelle, la difficulté qu'éprouvent certains jeunes couples de concilier les moments où les deux conjoints sont prêts tant sur le plan personnel que professionnel à assumer le rôle de parents. Les statistiques indiquent qu'au Québec près de 60% des naissances surviennent en dehors d'un mariage. Les données indiquent également qu'à mesure que l'union de fait se généralise, les différences entre les familles fondées autour de couples mariés et les familles où les parents vivent en union de fait sont de plus en plus marginales.


Les nouvelles structures de la parentalité
La séparation des couples de parents occasionne des changements dans l'exercice de la parentalité. On parle alors de familles biparentales, monoparentales ou recomposées; 80% des enfants vivent au sein de familles biparentales. De cet ensemble, 70% des familles sont formées autour du couple originel, 10% de familles recomposées. Parmi les familles recomposées, 2,6% des familles comportent des enfants communs, issus de l'un et l'autre des conjoints de cette nouvelle famille, alors que 7,4% sont sans enfant commun, chaque conjoint amenant avec lui les enfants de relations antérieures. Les familles monoparentales qui représentent 20% de l'ensemble des familles, sont dirigées à 80% par la mère. À ce bilan, il faut ajouter les familles homoparentales. Selon les données recueillies par la sociologue Anne-Marie Ambert sur l'homoparentalité, 0,05% des couples canadiens sont de même sexe et parmi ces couples, 15% des couples de femmes ont des enfants et 6% des couples d'hommes.

Famille de résidence, famille au sens de la filiation, coparentalité et constellations familiales
Du point de vue des parents ou des enfants, la monoparentalité recouvre des situations fort diverses selon le mode de garde et la fréquence des rapports avec l'autre parent. On distingue de plus en plus entre la famille de résidence et la famille au sens de la filiation de l'enfant, un lien qui persiste au-delà la séparation conjugale mais demande d'être maintenu par des contacts avec les deux parents. Irène Théry évoque le concept de coparentalité pour désigner les situations où les deux parents continuent d'exercer leur rôle parental par des visites fréquentes malgré que l'un des conjoints n'habite pas le lieu de résidence habituel des enfants.

L'ajout d'un nouveau conjoint provoque la recomposition de la famille et suscite l'avènement de nouveaux rôles parentaux auxquels n'est assortie aucune assise biologique ou juridique. Didier Le Gall parle de «beau-parent en résidence» ou de «beau-parent par intermittence».

La notion de coparentalité qui suppose le maintien du lien entre les parents séparés est associée à divers arrangements familiaux auxquels s'ajoutent les parents «sociaux». Irène Théry parle de «constellations» familiales recomposées pour désigner les différents foyers à l'intérieur desquels les enfants circulent, incluant les frères, les sœurs, les demi-frères et demi-sœurs. Du point de vue de l'enfant, sa famille ne se limite pas au ménage au sein duquel il vit le plus fréquemment, mais à cet ensemble de relations vécues dans ces différents foyers. La réflexion sur la signification de ces fratries amène les enfants à distinguer dans leur histoire de vie la mémoire de la filiation, la mémoire de leur origine généalogique, de la réalisation de leurs relations fraternelles aux significations les plus variées.

Par delà la diversité des formes, l'exercice de la parentalité fait appel à des changements considérables par l'accession d'une majorité de femmes au travail salarié qui s'accompagne de deux autres changements majeurs: la redéfinition des rôles paternel et maternel basés sur de nouveaux partages égalitaires ainsi que le recours précoce aux services de garde. Le récit par les parents de journées passées avec ou sans les enfants révèle des journées bien remplies. En même temps, ce récit fait voir le plaisir que prennent les parents aux moments passés avec leurs enfants. Certains, surtout des mères, font le choix de rester à la maison plusieurs années, par choix ou par obligation lorsqu'un enfant est malade ou connaît des difficultés d'apprentissage.


Une nouvelle conception de la famille

La prise de conscience de la diversité des formes de parentalité fait réapparaître dans notre conception de la famille, autour du noyau de personnes reliées par la généalogie, des figures et des institutions qui, par le passé, assuraient également la prise en charge des enfants: les beaux-parents, les grands-parents, les familles adoptives, l'école, la halte-garderie, les professionnels de l'enfance. Tous ces figurants envahissent aujourd'hui le champ de la famille et la parentalité. Les organismes familiaux ont également contribué à refaçonner le paysage familial en fondant des groupes d'entraide spécialisés selon les nouveaux types de familles: groupes de familles monoparentales et recomposées, groupes de pères défendant leur lien parental, associations de périnatalité soutenant le lien aux nourrissons, maisons de la famille offrant des cours sur la discipline et l'affectivité, de même que l'éveil cognitif et psychologique de l'enfant. Ces organismes, qui rejoignent surtout les mères ainsi que les familles vivant en milieu défavorisé, viennent épauler les parents tout au long des transitions de plus en plus nombreuses qui jalonnent leur existence.



Notes
1. Denise Baillargeon, Un Québec en mal d'enfants. La médicalisation de la maternité au Québec, 1910-197, Éditions du Remue-ménage, 2004
Compléments biographiques

Page de présentation (INRS)

Bibliographie partielle (site "Familles en mouvance et dynamiques intergénérationnelles")

Liens utiles

"Visions de la famille. Les conceptions de la paternité, de la maternité et de la famille et leurs ancrages dans les savoirs et l'expérience." Actes de colloque. INRS - Urbanisation, culture et société. 2001

"L’union en question : Entre mariage, union libre et union civile, que choisir ?". Rapport de séminaire. Partenariat-Familles / INRS-Urbanisation, culture et société. Décembre 2003 (Format PDF)
Conférence de Denise Lemieux: "Maternité, paternité, les deux figures du lien parental aujourd'hui"
Durée: 16:08 min.
Format MP3 (2,7 mb)
Format WAV (5,23 mb)