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Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille
ATELIER A3 — LE LIEN FAMILIAL ET LA SOCIÉTÉ
Parent d'élève à risque
Un métier complexe
[Résumé]
Teresa Sheriff
Anthropologue-chercheure, Centre jeunesse de Québec-Institut universitaire sur les jeunes en difficulté.
L'enfant à risque
On peut définir un enfant à risque comme celui qui se bute à des difficultés pouvant mener à un échec scolaire. Ces difficultés peuvent être causées par des retards d'apprentissages, des troubles émotifs, causes auxquelles certains auteurs ajoutent des troubles dans le milieu familial. De tous les élèves qui fréquentent une école, on peut situer entre 5% et 20% le pourcentage d'élèves à risque. De ce nombre, une proportion importante bénéficie d'un plan d'intervention.

L'enfant à risque
On peut définir un enfant à risque comme celui qui se bute à des difficultés pouvant mener à un échec scolaire. Ces difficultés peuvent être causées par des retards d'apprentissages, des troubles émotifs, causes auxquelles certains auteurs ajoutent des troubles dans le milieu familial. De tous les élèves qui fréquentent une école, on peut situer entre 5% et 20% le pourcentage d'élèves à risque. De ce nombre, une proportion importante bénéficie d'un plan d'intervention. De ceux-ci, un tout petit pourcentage ont des troubles très graves et sont l'objet d'interventions plus spécialisées. Je parlerai aujourd'hui davantage de ceux qui ont un plan d'intervention mais ne présentent pas nécessairement de troubles importants d'apprentissage.

Au moment même où on inventait le concept d'enfance, on inventait le métier de parent. Parmi les experts qui ont contribué à définir ce métier de parent, je me plais à citer le Dr Lemay qui a traité entre autres des fonctions parentales. Ce qui importe avant tout dans le métier de parent éducateur nous dit le docteur Lemay, c'est la continuité et la cohérence des soins de base. Je pense également que le métier de parents d'élève à risque s'inscrit dans cette continuité des soins de base qui ont pour but de socialiser les jeunes enfants pour qu'ils deviennent capables de contrôler leur corps. À l'école il faut s'asseoir, mesdames et messieurs, et au moins pendant quarante-cinq minutes sans bouger! Il faut apprendre à contrôler ses émotions et finalement apprendre à contrôler sa pensée pour suivre les enseignements du maître. C'est une fonction essentielle des parents. Personnellement, j'accorde beaucoup d'importance à cette socialisation du corps. Il ne faut pas que l'enfant sente mauvais, que l'enfant parle n'importe quand, etc. Souvent les enfants pour lesquels on met en place un plan d'intervention tombent dans cette catégorie d'enfants dont la socialisation n'a pas été menée à terme.

Du côté des pratiques éducatives, deux points de vue s'opposent. Le premier conçoit l'éducation comme l'art de conduire l'enfant à l'intériorisation des normes de son milieu. Le second point de vue soutient que le but de l'éducation est de favoriser l'épanouissement des qualités en germe chez l'enfant. Ces deux visions opposées de l'éducation s'affrontent de façon très marquée dans les milieux défavorisés d'où proviennent la majorité des enfants à risque.

Vygotsky et l'approche socio-constructiviste
Lev Vygotsky est un psychologue et philosophe d'origine russe qui a beaucoup parlé d'esthétique, mais il a également passé beaucoup de temps avec des enfants qui manifestaient des difficultés d'apprentissage. Il est mort à l'âge de 38 ans, en 1934, et ses travaux n'ont été publié en Occident qu'assez tardivement. Il est le fondateur de la théorie constructiviste, mieux connue aujourd'hui en tant qu'approche socio-constructiviste. Un de ses ouvrages les plus importants, paru initialement en 1934, a été traduit en français en 1996 sous le titre Défectologie et déficience mentale. Lorsque Vygotsky aborde l'interaction parent-enfant dans sa dimension éducative, il insiste sur le fait que les parents doivent apprendre à l'enfant à se centrer sur sa tâche. L'enfant est naturellement porté à être distrait et cette distraction est encore plus importante chez les enfants hyperactifs, ceux qui ont des troubles de l'attention ou ceux qui ne sont pas motivés à apprendre. Certains vont y parvenir par exemple en fermant la télévision ou encore en envoyant à l'extérieur les animaux de compagnie auxquels les enfants sont si attachés, ne fut-ce qu'en laissant, quelques minutes, un espace totalement vide pour que l'enfant puisse se centrer sur la tâche à accomplir.

Dans un deuxième temps, Vygotsky insiste sur la déconstruction du milieu qui encadre l'action de l'enfant. L'enfant doit apprendre à interpréter les signes qui l'entourent. Le langage précède l'enfant, il naît avec le langage. Le parent lui apprend les rudiments du monde à travers le langage. L'expression «l'enfant naît du langage» vient de la psychanalyse et rejoint parfaitement cet aspect fondamental sur lesquelles les recherches actuelles mettent beaucoup l'accent, c'est-à-dire la difficulté, encore plus prononcée dans les quartiers défavorisés, des enfants à risque à lire, à écrire, à trouver des synonymes ou des antonymes. Le langage est bien sûr un outil de décodage mais il nous donne également accès à la symbolisation.

Vygotsky insiste également sur la nécessité de développer les potentialités de l'enfant. Les personnes qui ont étudié la pédagogie comprendront ce dont je parle lorsque je dis qu'il faut élargir la «zone proximale de développement». Peu à peu, avec le langage et la symbolisation, les parents vont introduire l'enfant à la culture de son milieu. Il a été question plus tôt dans ce colloque de l'importance cruciale de la transmission des valeurs symboliques au sein de la famille. L'enfant sera progressivement amené à travers les savoirs et valeurs qui lui sont transmis à développer une identité collective ainsi qu'une sentiment d'appartenance sociale et culturelle. Toute l'éducation de l'enfant par ses parents devrait se dérouler dans la félicité, selon l'expression retenue par les traducteurs de Vygotsky, dans la joie et le bonheur.

Ces différentes facettes du rôle parental dans l'éducation concernent bien sûr toutes les familles, mais elles sont particulièrement importantes dans le cas de familles où l'on retrouve des enfants à risque.

Les parents d'enfants à risque
Comment les parents doivent-ils s'y prendre avec ces enfants, que doivent-ils comprendre de ce qui leur arrive? Comme nous le savons tous, c'est dans la famille qu'ont lieu les premiers apprentissages du système des signes, du langage, de l'appartenance à la collectivité. À l'observation, on se rend compte que les parents aux prises avec des enfants à risque ou en échec scolaire, qui se rendent à l'école pour participer à l'élaboration d'un plan d'intervention pour leur enfant, sont confrontés d'entrée de jeu avec un vocabulaire qui leur est étranger. Ils vont entendre parler pour la première fois de dyslexie, de dyspraxie, d'hyperactivité, de troubles envahissants du développement (TED), de troubles de l'attention, d'autisme, etc. Ce sont des termes qu'à prime abord les parents ne comprennent pas et qui les blessent énormément. Ces parents vivent une blessure narcissique très profonde. Souvent ils vont expliquer cette situation en disant: «Moi aussi quand j'étais jeune, j'avais des difficultés à l'école ou il y a des membres de ma famille qui avaient des difficultés. Les difficultés des parents vont être encore un peu plus complexes lorsque la famille elle-même vit des difficultés. En plus de cette blessure narcissique, les parents ne peuvent donc pas compter sur une organisation familiale adéquate pour faire face aux problèmes de ces enfants à risque qui, rappelons-le, demandent énormément d'attention et d'énergie. Les parents qui travaillent doivent faire des journées doubles. Dans les cas des familles dont la structure s'éloigne de la structure «idéale», par exemple les familles à conjugalité recomposée qui entraîne une séparation d'avec un des parents, les choses se compliquent encore davantage. Si la famille est centrée autour du noyau maternel, tous les parents du côté du père vont être manquants. Autrement dit, toutes ces ressources familiales sont absentes, il y a moins de parents pour s'occuper de l'enfant, moins de fêtes chaleureuses, etc. Le même constat s'applique aux familles immigrantes en voie d'insertion où le noyau familial est restreint. Toutes ces conditions familiales sont moins favorables pour les parents d'enfants en difficulté d'apprentissage.

Le temps me manque ici pour établir un profil détaillé des parents d'enfants à risque. J'ai pu observer au fil de mes recherches différents profils de parents. Il y a les parents experts qui se sentent en pleine maîtrise des connaissances reliées à la problématique et qui veulent participer à la recherche de solutions. Il y a des parents qui maintiennent une certaine distance ou une certaine réserve face à l'école. Il y a les parents obéissants qui sont tout à fait soumis au diagnostic établi par l'école. Et finalement, il y a ceux qui sont totalement réfractaires à la chose scolaire. Ils s'opposent à ce que dit l'école mais ils sont légalement tenus d'envoyer leurs enfants à l'école.

En conclusion
Les parents d'élèves à risque aimeraient le plus souvent devenir des partenaires de l'école, ils aimeraient participer à la lecture des problèmes proposés par les experts scolaires. Mais il va de soi que si ces parents sont en situation de blessure narcissique, s'ils manquent de temps ou bien encore s'ils sont en situation de pauvreté ou si leur réseau familial est trop étroit et inapte à les soutenir, tous ces facteurs vont influencer leurs rapports avec l'école. La population des parents d'élèves à risque n'est absolument pas homogène et au vu de cette disparité, l'école va être fortement sollicitée et portée à faire plus que sa part. Le seul moyen d'y arriver réellement est de compter sur la communauté. Je connais plusieurs exemples de communautés qui bougent, qui défendent leurs écoles, qui prennent en charge la sécurité dans les rues et les ruelles, qui font de leurs quartiers des milieux de vie englobants pour les enfants. Bravo pour ces communautés car les parents seuls, même appuyés par l'école, ne sauraient venir à bout de leurs enfants qui font face à des difficultés d'apprentissage.

Il faut oser faire des interventions en amont, c'est-à-dire proposer des modèles pédagogiques basés sur la prévention. J'ai pu faire la démonstration à travers mes recherches que cette prévention est possible par la concertation de l'ensemble du milieu, dans la mesure où cette concertation est accompagnée du don de soi, si on est capable de donner un peu de son temps, de sa bienveillance, de transmettre de l'amour aux enfants et non pas seulement en échangeant des biens ou en accomplissant notre petit travail parce que l'on est payé. C'est au prix de cette concertation que l'école et la communauté peuvent devenir des milieux résilients pour nos enfants à risque.
Compléments biographiques

Centre jeunesse de Québec - Institut universitaire sur les jeunes en difficulté

Ouvrage de Mme Sheriff: «L'imaginaire urbain et les jeunes» (PUQ)

Matériel de présentation

Parent d'élève à risque: un métier complexe (document PDF)

Liens utiles

Dr Michel Lemay: "Ma définition de l'éducateur"

Lev Vygotsky, Piaget et l'approche constructiviste (Pauline Minier, Sciences de l'éducation, UQAC)

"Thinking and Speaking", extrait de Lev Vygotsky (Atheneum Reading Room)

"La collaboration école - famille - communauté: un thème de recherche fertile", article de Gilbert Moisan, Vie pédagogique

Section "Élèves à risque", Centre de documentation de la Commission scolaire de Montréal

École, famille et communauté (site Adaptation scolaire et sociale de langue française - Québec)

Comité québécois pour les jeunes en difficulté de comportement
Conférence de Teresa Sheriff: "Parent d'élève à risque"
Durée: 23:43 min.
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Format WAV (7,6 mb)