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Journée de réflexion organisée par le Conseil de la famille et de l'enfance au sujet de son Avis Prendre en compte la diversité des famille
Synthèse du colloque

Sites gouvernementaux
Ministère de la famille, des aînés et de la condition féminine (Québec)
Ministère de la famille et de l'enfance (France)
Conseil de la famille et de l'enfance (Québec)

Regroupements
Fédération québécoise des organismes communautaires Famille (FCOCF)
L'Union nationale des associations familiales (France)
Association des centres jeunesses du Québec

Centres d'études sur la famille
Conseil de développement de la recherche sur la famille au Québec
"Familles en mouvance et dynamiques inter-générationnelles" INRS-Urbanisation, culture et société
Centre d'études appliquées sur la famille (Université McGill)
L'Observatoire européen de la situation sociale, de la démographie et de la famille (Commission européenne)
Centre jeunesse de Québec - Institut universitaire (Université Laval)
L'Institut Vanier de la Famille

Études démographiques / Statistiques
Institut de la statistique du Québec
Institut national d'études démographiques (France)

Ressources
Site Petit Monde
Enfant & Famille Canada

Revues, publications
Enfances, familles, générations
Familles d'aujourd'hui
Nouvelles pratiques sociales / UQÀM (Dossier "Familles en mutation")
Politiques de la famille en France (ViePublique.fr, République française)


GERMAIN DULAC, Ph.D.
Sociologue et chercheur indépendant


Faire la synthèse de ces deux jours de colloque est une tâche considérable, car je dois tenir compte de la diversité des thèmes qui furent abordés tout au long de ces six ateliers, de la vingtaine de conférences, de la table ronde, sans compter les interventions très pertinentes des participants. C'est surtout un défi de faire cette synthèse en moins de trente minutes. Je ne ferai pas le résumé de chaque évènement, mais je vais essayer d'en tirer les tendances, les grandes lignes de force. J'ai choisi de présenter nommément certaines personnes ou certains thèmes de conférence, parce qu'elles me semblent bien illustrer les propos de plusieurs intervenants. D'emblée, je m'excuse auprès de ceux et celles qui n'y se reconnaissent pas et j'en assume l'entière responsabilité.

En ouverture du colloque, la présidente du Conseil de la famille et de l'enfance, Madame Marguerite Blais, nous a rappelé que la société et la famille québécoise avaient changé depuis les 40 dernières années et que malgré tous les progrès accomplis au cours des dernières années en matière de soutien aux familles, ils restaient encore beaucoup à faire, particulièrement en ce qui a trait aux nouvelles réalités familiales.

Le colloque se voulait un lieu d'échange et de partage qui permettrait de mieux connaître les nouvelles structures familiales, leurs nouvelles problématiques, et de travailler ensemble, de manière à permettre une meilleure adéquation entre les services disponibles et l'évolution des besoins des familles.

Mieux comprendre pour mieux soutenir, tel est le thème du colloque. Comprendre nous aide à prendre la juste mesure et à dédramatiser les changements familiaux. La perspective historique et les autres sciences humaines aident à prendre du recul et à voir la pluralité familiale dans l'histoire de l'humanité. Les travaux des historiens nous rappellent que les sociétés anciennes avaient aussi leur lot de diversité : taille, structure, type de famille.

Ce n'est donc pas un hasard si plusieurs conférenciers ont commencé leur présentation par une mise en contexte historique du sujet, du problème, du concept dont ils venaient nous parler.

Parlant d'histoire et de sciences, on doit se rappeler que toutes les disciplines scientifiques arrivent rarement à épuiser la diversité de la réalité des familles d'aujourd'hui. Je ne peux passer, sous silence ce que disait Denise Lemieux, à savoir que la complexité des arrangements familiaux : des relations entre ses membres, les types et les stratégies familiales sont beaucoup plus complexes que ne peuvent saisir la recherche ou notre imagination. Ce qui explique, du moins en partie, qu'il y a souvent des points de vue quelquefois opposés entre le discours des parents, des intervenants et celui des experts, des savants…. Comme je l'ai constaté à quelques reprises.


Cette diversité elle se reflète dans les médias et Jean-Pierre Desaulniers nous a dit que les séries télévisées offrent quotidiennement un portrait de nos peurs, de nos espoirs, de nos désirs et d'idéal familial. Nul doute que ces portraits de famille sont le sujet de discussion passionnée au lendemain de leur présentation à la télévision.

La plupart des interventions des participants à ce colloque nous montrent que ce qui peut faire problème dans l'esprit des gens c'est peut-être moins la capacité d'accepter la diversité des modèles, des types, des formes de famille que la difficulté d'assouvir notre besoin de liens inconditionnels. D'ailleurs, Monsieur Dufresne souligne à juste titre que nous sommes tous à la recherche de liens inconditionnels, authentiques, purs et dénués de mensonges. Mais il faut dire que de tels liens sont infiniment rares. Et c'est justement parce qu'ils sont rares, dit-il, que le consensus sur ce qu'est une famille ne devrait pas porter sur sa forme, ni sur la manière de la nommer, mais plutôt sur le nombre et la qualité des liens inconditionnels que l'on peut espérer y trouver.

Comprendre, c'est donc comme le voulait ce colloque, être à l'écoute des personnes, des familles, des organismes; c'est-à-dire être à l'écoute du vivant. La société puise sa vigueur dans la part de créativité du milieu. Il ne faut pas oublier que le vécu, le vivant offre toujours la matière première du contrat social.


Les parents
Comprendre c'est être à l'écoute des parents. Marie Rhéaume nous a parlé des enjeux des familles au quotidien, des défis et des plaisirs de la vie en famille. La question des revenus familiaux est une préoccupation généralisée, comme le sont aussi les enjeux tels que le peu de soutien des institutions et du milieu de travail, des horaires de travail et la conciliation.

Ce qui est frappant, c'est que les parents nous disent qu'il est difficile d'être parents alors que l'on ne reconnaît pas leur expérience, qu'on ne valorise pas leur rôle ce qui, on le comprendra, a un impact sur l'estime de soi des parents, particulièrement pour ceux qui désirent s'investir, fonder une nouvelle famille.

Alors que la famille se complexifie, de nouveaux savoirs viennent quotidiennement brouiller les cartes pour les parents. Comme plusieurs parents, Madame Rhéaume se demande jusqu'à quel point les experts n'ont pas désapproprié les parents et les grands-parents de leur savoir-faire. Ainsi, lorsque l'on parle de solidarités et de liens entre les générations plusieurs s'interrogent à savoir si dans une telle situation, on peut encore parler de transmission intergénérationnelle, de transmission de savoir-faire et de culture parentale. Certains s'avanceraient même à dire que la complexité des structures familiales s'est accrue par le fait qu'il y a beaucoup d'institutions ou d'acteurs, de spécialistes qui viennent jouer aux parents : garderie, école, travailleurs sociaux, psychologues, sociologues, etc.

Mais au-delà des craintes, les parents disent aussi ce qu'ils aiment dans la vie familiale. C'est peut-être un indicateur de ce qu'il faut protéger, défendre et soutenir. C'est essentiellement, disent-ils, de voir l'évolution de l'enfant, d'être avec lui, de faire des choses ensemble. Mais pour cela, il faut du temps. Je vais y revenir

Les parents ne veulent pas seulement, plus de temps pour eux, ils désirent des services de garde plus souples, des aménagements du temps de travail, plus de vacances, plus de liens transversaux entre les infrastructures et les services courants. Il est important, que famille ne rime pas avec appauvrissement et Monsieur Chenier rappelle l'importance de l'affirmation du principe d'universalité dans les programmes. Les services de soutien à la famille – comme les services de garde – devraient aussi être universels, accessibles à tous les parents et à prix réduit. La pérennité de tels services aide les futurs parents à concrétiser leur désir d'enfant. Des horaires plus souples devraient être offerts autant dans les services de garde, haltes-garderies et milieux de travail afin de faciliter la conciliation famille-travail. Les congés parentaux à la naissance devraient être plus substantiels et viser autant les travailleurs autonomes que les autres. L'habitat, l'accès à la propriété et des services sur l'ensemble du territoire québécois particulièrement dans les régions rurales sont une préoccupation constante des parents.

Comme d'autre, Monsieur Chénier nous a invités à considérer le rôle actif que peut ou devrait jouer la troisième génération, (les grands-parents) dans la dynamique d'entraide familiale. Reconnaissant l'apport des grands-parents à la prise en charge des petits-enfants, ainsi que la valorisation sur la place publique de l'aide apportée par les grands-parents aux petits-enfants (aide aux devoirs, garde des petits-enfants lors des congés ou vacances scolaires, soutien financier aux études, accès à la propriété, etc.) et plus particulièrement dans la réussite scolaire des enfants à risque. Mais, il ne faut pas oublier que les parents vieillissants ont aussi leurs lots de problèmes. Ainsi, l'aide apportée aux personnes âgées devrait aussi être reconnue et bonifiée.

Les enfants
Comprendre c'est être à l'écoute des manières de faire et d'être et de faire du sens avec les liens qui se forment. Les enfants nomment les parents et font du sens de situations nouvelles qui peuvent être déstabilisantes. Ils mettent des mots simples sur des réalités complexes :
§ Père, mère, frère, sœur;
§ Conjointe de mon père;
§ Su-père;
§ Spère;
§ Beau-père, mais en femme;
§ Nouvelle presque sœur adoptive;
§ Faux frère;
§ Presque frère;
§ Grand-père bio;
§ Quasi grand-père;
§ Grand-père ordinaire;
§ Petite fille ordinaire;
§ Grand-mère de cœur;
§ Grand-mère récente;
§ Blonde de mon grand-père bio;
§ Grand-maman bio.

Comme l'on dit les participants à la table ronde, nommer c'est classer des réalités, ce n'est pas un exercice neutre, c'est imposer une vision du monde. Nos panélistes s'entendaient sur le fait que créer de nouveaux mots répondait toujours à un besoin, mais s'interrogent-ils au besoin de qui et à quel besoin? Comme il est sage de se demander si les gens intéressés manifestent le désir d'avoir une nouvelle étiquette pour les nommer. Car, c'est bien souvent les autres (les élites, les savants, les chercheurs, les gestionnaires, etc.,) qui ont besoin des mots et des catégories de classification pour nommer la réalité de ces familles. Et ces mots peuvent souvent mettre les gens mal à l'aise.

Soyons inventifs comme le sont les enfants. Ils indiquent le chemin à suivre, ils montrent leur capacité à nommer les choses et à faire du sens de situations inhabituelles avec des mots simples.

En matière de soutien aux familles, être à l'écoute des enfants est une clé de succès. Madame Renée Giguère nous a dit que son programme visait à amener l'enfant à mieux communiquer et les parents à prendre conscience, à être à l'écoute de ce que vit l'enfant, de comprendre sa vision des choses.

Michel Lemieux travaille aussi avec les enfants. Il aborde la problématique de la survie du couple parental post rupture à partir du témoignage des enfants. Il décode leur conception des liens, de la parenté ce qui lui donne une emprise sur la manière dont la relation parentale peut survivre à une rupture. Il évoque le fait que les enfants ont besoin de voir leurs parents, même si les figures parentales se multiplient dans leur entourage. Il rappelle aussi que la coparentalité doit être une attitude choisie, car c'est ce que les parents peuvent offrir de plus important, de plus stable et de plus précieux pour la croissance et le développement de l'enfant. Il propose alors une série d'ingrédients pour une coparentalité constructive.


Les ressources du milieu
Comprendre c'est être à l'écoute des milieux de pratique, de l'innovation qui est à l'œuvre dans ces milieux. Le milieu communautaire est un milieu innovant, riche d'expertises en matière d'aide et de soutien, mais aussi de sagesse. On y retrouve une réserve de savoir-faire en matière d'aide et de soutien et une compréhension de la diversité familiale. On l'a dit et répété, les organismes communautaires familles sont un lieu de partage, de ressourcement, un lieu où les personnes tissent des liens.

On dit aujourd'hui que la famille s'est privatisée. L'histoire montre que la famille nucléaire, comme institution principale responsable de la socialisation des enfants est un fait assez récent qui s'est imposé au centre de la vie affective, au détriment de la collectivité, de la communauté, du Milieu qui autrefois exerçait son autorité et son contrôle sur la vie familiale. D'une certaine façon, je dirais que l'on assiste au retour du Milieu au sens où l'entendait Monsieur Dufresne dans son allocution. C'est-à-dire, non plus du point de vue du contrôle et du pouvoir, mais du point de vue de l'aide et du soutien que l'on peut trouver dans la communauté. Le communautaire est bel et bien un lieu de sociabilité, de solidarité, de socialisation.

Ce n'est donc pas un hasard si plusieurs participants à ce colloque disent qu'il faut permettre aux bénévoles de se ressourcer, qu'il existe une expertise, qu'il faut mettre en forme et diffuser. Sans oublier qu'il faut soutenir et financer adéquatement les organismes.

Être à l'écoute des associations bénévoles, du milieu communautaire, parce qu'il y a là une grande expertise et un savoir-faire. Par exemple : Yvon Lemay parlait de la manière dont son organisme venait en aide aux pères en difficulté par des gestes quotidiens de reconnaissance où le père prend le temps d'être avec ses enfants. Souvent ces hommes sont en détresse tout simplement parce qu'ils ne possèdent pas les moyens, les outils leur permettant de développer des stratégies adéquates de vie. Développer l'estime de soi du père et lui donner les moyens de tisser des liens avec l'enfant, de vivre de vraies relations de proximité, voilà le travail de cet organisme. Le résultat : les pères apprennent à être autrement, ils se transforment, gagnent de la confiance en eux-mêmes. Le soutien offert au parent a un effet structurant où le père redevient alors un citoyen à part entière. L'enfant se transforme aussi et on observe de meilleurs résultats scolaires, par exemple.

En revanche, je remarque dans certains propos une certaine crainte de la part des organismes communautaires familles. Ils appréhendent la professionnalisation de l'expertise issue du Milieu, selon deux tendances : soit l'intégration aux services de l'État, ce qui dans la conjoncture actuelle risque moins d'arriver que l'autre tendance, c'est-à-dire la privatisation des services offerts par la communauté.

Modérer son enthousiasme collectif en regard de nos capacités techniques et scientifiques
La diversité des familles n'est pas seulement une question de parentalité ou de filiation, c'est aussi de vivre avec un enfant qui a un handicap. À ce sujet, il ressort de certains témoignages que nous devons nous interroger sur le bien-fondé de nos pouvoirs et performances scientifiques, face à des parents qui aujourd'hui exigent d'avoir un enfant, même miraculé. Par exemple, notre capacité à faire vivre les prématurés comme le mentionne Gaëlle Trébaol, qui a fait un plaidoyer en faveur des familles vivant avec un survivant des unités néonatales et de leurs familles. Naître prématurément signifie le plus souvent qu'autrement de vivre avec des séquelles importantes : paralysie cérébrale, quotient intellectuel faible, déficience visuelle et auditive, problèmes de santé, troubles d'apprentissage. Sans parler des listes d'attentes lorsque, et des délais de prise en charge dans les différentes disciplines médicales et paramédicales.

Une participante a dit (et je m'excuse auprès de cette personne de ne pas avoir retenu son nom) que plus que jamais la responsabilité des familles n'a été poussée aussi loin qu'en regard des familles avec des enfants avec handicap. Grâce à nos capacités scientifiques et techniques, on introduit aujourd'hui dans les familles des situations de responsabilités démesurées.

L'État et le soutien aux familles : trop vite ou trop lent!
S'il y a un fait sur lequel tout le monde s'entend, c'est que l'État agit généralement trop lentement et offre trop peu de moyens pour répondre aux besoins immédiats des individus, des familles, des associations d'entraide. Mais répondre trop vite pour rassurer les groupes d'intérêt peut aussi être problématique. Par exemple, Monsieur Alain Roy qui a traité des transformations socio juridiques du lien parental, considère pour sa part, que la réforme du 24 juin 2002 (Loi instituant l'union civile et établissant de nouvelles règles de filiation) fut adoptée dans la précipitation par le législateur québécois (il n'aura fallu, que huit semaines précise-t-il) et qu'elle ouvre des perspectives dont on ne peut encore mesurer toute la portée sur le bien-être des enfants. Il considère que cette législation est incomplète, elle laisse sans réponse le besoin de protection juridique d'une majorité d'enfants évoluant au sein d'une dynamique homoparentale. Plusieurs personnes s'interrogent à juste titre, à savoir qui sont les véritables bénéficiaires de la réforme. Il nous laisse donc sur une question : le législateur aurait-il voulu assurer la protection juridique des enfants ou consacrer l'égalité des couples de même sexe? C'est une véritable question, qui devrait nous inciter à réfléchir sur la rapidité avec laquelle l'État doit répondre à certaines demandes, à certains changements. Entre autres, à produire la vie et de se plier au désir d'avoir un enfant à tout prix.

Il me semble qu'il y a deux grandes leçons à tirer des exemples précédents. Premièrement, c'est que ce n'est pas parce que les choses changent rapidement, que les réalités familiales sont multiples, que tout va vite, qu'on parle de performance, qu'il faut précipiter les décisions. Deuxièmement, ce n'est parce qu'on peut tout faire, ou du moins faire beaucoup de choses grâce au progrès technique et scientifique que toutes ces choses doivent être faites sans peser les conséquences des choix, des actes et des politiques. Ici comme dans bien d'autres domaines le principe de précaution doit prévaloir.

Et puisque l'on parle de l'État et de ces institutions, pourquoi pas continuer sur cette lancée?
Quoique bien des efforts ont été déployés afin d'adapter les services à la diversité des réalités familiales d'aujourd'hui, on déplore toujours la faible intégration transversale-horizontale des besoins des parents et des familles à travers toutes les institutions, et c'est ce que les gens attendent d'une Véritable politique familiale. Mais c'est aussi une condition de succès du soutien aux familles comme le soulignait Madame Teresa Sheriff en parlant de son travail avec les élèves en difficultés : le modèle éducatif famille-école-communauté est le seul qui permet de réussir avec les élèves à risques.

Combien de fois ai-je entendu que l'État n'était pas là pour organiser les gens, mais pour les aider à s'organiser, par eux-mêmes et pour eux-mêmes en s'appuyant sur leur expertise de parents, mais aussi sur l'expertise des autres partenaires qui aident déjà les parents.

À ce sujet, j'ai été touché par la présentation de Marjolaine Sioui et Patrice Lacasse qui ont traité des réalités des Premières Nations et plus particulièrement du réseau familial, du cousinage et de la fratrie. Malgré tous les bouleversements subis par les communautés; les individus, les familles, les enfants, les parents, de ces communautés ont su renverser une situation dramatique par la mise en place de programmes et l'appropriation de services par la communauté. Cela a été possible en s'appuyant sur le savoir ancestral, l'expertise du milieu et la capacité de lier la tradition aux besoins de la société moderne. C'est un exemple parmi bien d'autres de la capacité des milieux à se prendre en main à la condition qu'on leur donne les moyens. Se donner les moyens pour soi, les familles et la communauté … avec le soutien de l'État.


Conciliation famille et travail : la question du temps socialement nécessaire à l'accomplissement du métier de parent.
Il me semble qu'on a moins parlé de la question de la conciliation travail-famille que par le passé. Mais cette question reste en filigrane de plusieurs exposés dans les ateliers et les conférences. Toutefois, elle se profile clairement lorsque l'on aborde la question du temps. Les familles manquent de temps, les parents n'ont pas assez de temps; même si Monsieur Gilles Pronovost dit que les familles disposent de plus de temps de loisirs. J'imagine qu'il n'y a pas là de contradictions. Les exigences qui pèsent sur les familles sont de plus en plus lourdes et consommatrices de temps et les parents rognent sur d'autres activités pour être auprès des enfants. C'est souvent sur le temps de repos, le sommeil que l'on rogne, ce qui explique cette si grande fatigue.

Quelqu'un faisait remarquer que la question du temps, c'est le temps nécessaire, que les parents réclament pour être avec les enfants, pour faire des choses ensemble. Le temps comme élément nécessaire de la condition de parents est une notion qui est à l'opposé du discours de plusieurs experts qui mettent plutôt l'emphase sur la qualité de la relation. Comme si la qualité pouvait suppléer le manque de temps. Encore une fois, on remarque que les experts et les parents n'ont pas le même point de vue sur la vie familiale.

Plus les types, les formes de famille se développent et se complexifient, plus il faut de temps aux parents. Tous s'entendent à dire que les familles consacrent de plus en plus de temps à gagner leur vie et celles des enfants ainsi qu'à aider et soutenir les proches et les personnes vulnérables. Pas étonnant, dans ce contexte, que les parents disent manquer constamment de temps.

Dans un atelier, on a mentionné, qu'il n'y a pas très longtemps on estimait que le conflit famille/travail serait résolu si les employeurs faisaient preuve de plus de flexibilité et s'ils offraient des services en milieu de travail comme la garde d'enfants ou des programmes d'aide aux employés. Une intervenante disait qu'elle constatait aujourd'hui que même si de tels efforts sont très utiles, ils ne résoudraient pas à eux seuls le stress vécu par les familles. Les problèmes sont trop complexes pour se régler par une solution isolée. Peut-être faut-il moins de travail, moins d'heures de travail, peut-être, avec un meilleur salaire!

Le temps dans la vie familiale c'est aussi l'asynchronie des temps des hommes et des femmes qui se remarque dès que le couple parle d'avoir un enfant, comme le faisait remarquer Denise Lemieux. Puis le temps dans la conciliation, c'est aussi le temps différentiel des pères et des mères.

Dans le domaine de l'aide et du soutien aux familles, le temps revient aussi comme facteur de réussite permettant aux familles de vivre des relations les plus normales possible. Michèle Leduc a décrit les réalités quotidiennes des familles qui vivent avec une personne qui a des limitations fonctionnelles. Elle mentionne entre autres : le temps que l'intervenant prenne pour se documenter, le temps qu'il consacre aux parents pour expliquer la situation de l'enfant, le temps et la délicatesse de ces gestes. Voilà où le temps joue comme facteur de réussite, elle mentionne aussi: une société inclusive, l'accessibilité universelle, l'obligation d'accommodement, la compensation des coûts liés aux limitations fonctionnelles, le maintien et l'amélioration des mesures de rattrapage,une politique familiale d'ensemble tenant compte de la diversité des familles.


Les autres réalités familiales

Les nouvelles familles ne sont pas seulement les nouvelles configurations familiales. Ce sont aussi les familles adoptantes ou celles venues d'ailleurs, qui nous apportent leur histoire, leur coutume et leur manière d'être et de faire. Or, en regard de ces familles, il est intéressant de noter qu'il y a au moins deux problématiques.

Comme le souligne Sylvie Gravel, les risques expérimentés par les familles immigrantes sont trop rarement considérés par les experts. Il faut gérer l'écart de perception du risque famille – expert (voici un autre exemple de décalage entre famille et expert). Ce décalage peut rapidement devenir un enjeu de rapport de force, une source de conflit entre les familles et les services.

Pour sa part Josiane Le Gall considère qu'avec la migration, il y a non seulement persistance des liens familiaux à la suite de la migration, mais que ces liens peuvent traverser les frontières, donnant lieu ainsi à un modèle familial particulier. Cette famille transnationale maintient des liens et la circulation de solidarité au sein de ce type de familles caractérisées par la dispersion géographique, comme le monte la naissance d'un enfant en contexte migratoire. Le soutien des parents restés au loin devient une aide précieuse et comme le montre Madame Le Gall le sens de la circulation de l'aide ne va pas nécessairement de la famille immigrée vers la famille restée au pays, et dans bien des cas c'est souvent le contraire.


Les familles adoptantes
Madame De Champlain n'a pas manqué de nous parler des joies reliées au processus d'attachement chez les familles adoptantes, mais surtout elle a proposé une série d'ingrédients de succès dans l'instauration du lien d'attachement lors de l'adoption, il y en a quelques-uns que je ne peux passer sous silence :
§ Les parents doivent être des modèles rassurants et positif;
§ Écouter sans nécessairement comprendre;
§ Apprendre à décoder les besoins derrière le comportement;
§ Aimer l'enfant pour ce qu'il est et non seulement ce qu'il fait;
§ Prioriser les besoins de base de l'enfant avant le besoin d'être aimé comme parent;
§ Accepter l'enfant dans sa différence;
§ Ajuster son rôle et ses attentes selon la situation et le type de lien-relation;
§ Être capable d'empathie;
§ Se faire confiance;
§ Donner du temps à l'enfant, l'aider à prendre racine, s'investir.

Un parent à la maison au moins six mois après l'arrivée de l'enfant adopté permet d'instaurer beaucoup des routines et de prévisibilité permettant de construire des repères nécessaires au bon développement de l'enfant.

En terminant, elle rappelle que nous avons tous des défis d'attachement, adoptés ou non, car personne n'a eu la famille parfaite. D'ailleurs, ces consignes ne sont pas propres aux familles adoptantes comme le faisait remarquer Madame Ginette Francequin, lorsqu'elle a parlé de l'instauration du lien pendant les premières années de la vie de l'enfant.

Sonia Gilbert et Dominique Lafrance, ont abordé le thème de la détresse parentale face à l'adolescent en difficulté. Rôle de la DPJ en lien avec la problématique des troubles de la conduite. Les pratiques et les approches qui favorisent le maintien du lien familial et de l'acquisition de l'autonomie, pour eux, le maintien du lien est possible lorsque :
§ Le problème est circonstanciel en lien avec une crise d'adolescence dite normale;
§ Les capacités parentales sont présentes et il y a une volonté d'action;
§ Aucun problème chronique chez le jeune ou ses parents qui altère la relation;
§ Un potentiel de changement est identifié;
§ Un lien d'attachement est constaté.

L'acquisition de l'autonomie doit être envisagée lorsque :
§ Il y a un refus systématique du jeune ou de ses parents de s'impliquer et de trouver des solutions;
§ Les conflits sont cristallisés;
§ Les parents sont démissionnaires, ont d'importantes difficultés personnelles;
§ Les parents sont nocifs à la sécurité et au développement de leur adolescent.

Comme on le voit, l'influence de la famille se trouve partout et Madame Rina Gupta n'a pas manqué de rappeler qu'en ce qui concerne les comportements à risque des jeunes, l'influence familiale et des modèles parentaux sont souvent déterminants des comportements à risque des jeunes.

Les pères, je les ai gardés pour la fin. On a parlé des pères et il me semble important d'en parler, pas seulement parce qu'ils sont importants pour les enfants et les mères, mais parce qu'on assiste actuellement à une sorte de quadrillage social (certains disent un investissement, d'autre une tendance de contrôle social) de la paternité.

On semble s'entendre sur le fait que si l'on veut que les hommes soient plus présents dans la famille, qu'ils soient des pères engagés il faut qu'ils soient considérés comme des acteurs importants dans la réflexion sur la conciliation travail-famille.

Enfin, je dirais que de plus en plus de personnes semblent sensibles à l'idée qu'il faut plus d'hommes dans les sphères d'activité de caring. Si comme le souligne Monsieur Claude Martin, le prochain défi auquel devront faire face nos sociétés est celui d'un déficit de caring, ne serait-il pas temps de considérer les hommes, les fils, les pères comme des personnes ayant un potentiel de caring et de faire en sorte que ce potentiel puisse s'exprimer dans toute sa générosité.

Je conclurai ma synthèse sur cette phrase : S'il y a moins de bénédiction paternelle c'est peut-être parce que les pères d'aujourd'hui peuvent asseoir leur statut de parent sur les relations affectives, dire et agir leurs sentiments, l'exprimer d'égal à égal avec leurs enfants beaucoup pus que sur la symbolique.

Je vous remercie,

Germain Dulac
11 mai 2005, Montréal