Accueil Crédits Contact
Presentation
Dossiers
Conferences
Conférenciers
Documentation
Organisé conjointement par le


et le


Centre de transfert technologique en écologie industrielle
Synthèse

Associations
International Society for Industrial Ecology. Yale University

Revues
Journal of Industrial Ecology (MIT Press)

Réseaux, plates-formes
Pôle français d'écologie industrielle
Réseau éco-industriel canadien (REIC)

Sites généraux
Le lent cheminement de l'écologie industrielle (dossier de Novethic.fr)
Écologie industrielle (Ecoparc.com)
Écologie industrielle (École Polytechnique de Montréal)

Recherche
Centre de Transfert Technologique en Écologie Industrielle (CTTEI)
Industrial Ecology Research and Development Group.

Analyse du cycle de vie
Life Cycle Initiative (un partenariat entre l'UNEP et la SETAC)
Centre interuniversitaire de référence sur l'analyse, l'interprétation et la gestion du cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)

Liens divers
RÉSEAU environnement

Voir également la section Documentation

Après avoir été longtemps noyée dans l'idéologie, il est heureux de voir l’écologie habitée, depuis quelques années, par des préoccupations plus concrètes, sinon réalistes, dont témoigne l’écologie industrielle. Dans l’une des deux communications de portée plus générale de la conférence, Olivier Boiral rappelle pertinemment que « L'écologie industrielle cherche à économiser les ressources et à maximiser les synergies entre les sous-produits industriels à travers différentes démarches : le développement de systèmes en boucle fermée, l'amélioration de la durée du cycle de vie des produits, l'utilisation des ressources résiduelles dans le procédé, la valorisation énergétique, la transformation de produits finis ou semi-finis en matière première et, enfin, les éco-parcs industriels. »

Cette approche concrète, pragmatique, a imprégné les discussions et débats lors de la deuxième Conférence sur l’écologie industrielle organisée en octobre dernier à Sorel-Tracy par le Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI) et le Centre de recherche en environnement UQÀM/Sorel-Tracy (CREUST). Pour mémoire, rappelons qu’une première conférence avait eu lieu en 1998. Six ans plus tard, il était indispensable de s’arrêter et de réfléchir au chemin parcouru

Le fait qu’un tel événement ait eu lieu à Sorel n’était pas sans signification : face à un problème dramatique de pollution, toute une région, le Bas-Richelieu, a dû se prendre en main afin de tenter d’y remédier, avec succès on doit le dire.

Le programme du colloque nous a semblé articulé de belle façon. On aborda successivement les attitudes des « donneurs d’ordres » en matière de développement durable, ensuite le développement des marchés en matière d’écologie industrielle, puis les applications concrètes de celle-ci, enfin l’intégration de projets de nature environnementale dans l’économie d’une région donnée.

Les organisateurs de l’événement ont su introduire, tout au long des deux jours de débats, une très utile dimension comparative, en invitant des chercheurs européens (France, Allemagne), comme Dominique Bourg, dont la notoriété est grande en matière d’écologie industrielle. On note aussi un bel équilibre pour ce qui est de la provenance des participants : milieux universitaires, recherche, management, milieux d’affaires, gouvernements.

A côté de la notion d’écologie industrielle s’est profilée, tout au long de la conférence, celle de développement durable. Les organisateurs de l’événements nous précisent d’ailleurs la relation entre ces deux notions: « Dans le contexte international de la mise en œuvre progressive des stratégies nationales et corporatives de développement durable, l’écologie industrielle constitue une belle démonstration de la possibilité d’intégrer les intérêts multisectoriels vers une économie structurante de l’avenir. Reconnue à l’échelle internationale comme contribuant au développement durable, l’écologie industrielle est une approche systématique qui vise l’utilisation optimale des divers vecteurs d’énergie, des ressources naturelles minérales et biologiques, des capitaux et des ressources humaines de sorte à préserver les milieux de vie, respecter les modes de vie et contribuer à la prospérité économique. » (programme de la conférence)


Tendance des donneurs d'ordres

Comment les « donneurs d’ordres », grandes entreprises ou gouvernements, réagissent-ils aux injonctions qui leur sont faites, par la société, de respecter l’environnement. C’est ce qu’a abordé un premier bloc de communications.

Fait à noter, qui traduit un changement réel de préoccupation et de mentalité survenu ces dernières années : les deux premiers conférenciers occupent, au sein de leur entreprise, un poste officiel de « directeur du développement durable ».

Pour Jacques Thivierge, qui œuvre chez QIT-Fer et titane, une entreprise importante du secteur minier et de la métallurgie dans la région de Sorel-Tracy, le développement durable n’est pas un simple « programme » à mettre en place au sein de l’entreprise; il s’agit plutôt d’une manière de penser qui doit influencer toute l’organisation, qui doit l’irriguer en profondeur. Son exposé nous montre en détail comment elle le fait. « En 2003, à l’instar des autres filiales du groupe Rio Tinto, QIT a décidé de se demander si ses politiques, ses processus décisionnels et ses activités apportaient une réelle contribution à un objectif collectif de développement durable. En outre, une analyse des enjeux fut effectuée dans le but de dégager quels sont ceux qui pouvaient constituer des risques et des occasions à court et long terme. Après 18 mois d’un travail impliquant le président, les cadres de l’entreprise et de nombreux gestionnaires, un constat et un plan d’action ont été réalisés. Ce travail d’analyse impliquait également des employés, des fournisseurs et tenait compte des informations que transmettent régulièrement les communautés voisines, les autorités gouvernementales ainsi que notre actionnaire.» (op.cit.)

Le développement durable, on le sait, comprend trois dimensions : économique, sociale et environnementale. Alcoa, entreprise de premier plan en matière de production d’aluminium, fit œuvre de pionnier dans ces trois secteurs, et ce avant même que le thème du développement durable soit à la mode. Dès 1952, rappelle Lise Sylvain, Alcoa créait une fondation ayant une vocation communautaire. Plus tard, en 1967, était adoptée une première politique environnementale. Et, dans les années 1990, c’est une politique des droits de la personne qui fut mise à l’ordre du jour et approuvée. Pour Mme Sylvain, l’enjeu principal, en matière de développement durable, se situe au niveau des individus : il faut leur faire prendre conscience de leur rôle à jouer en cette matière. C’est ce qu’Alcoa fait avec son personnel et c’est l’approche que prône la compagnie dans les milieux socio-communautaires où elle est implantée.

Parmi les approches qui peuvent favoriser le développement durable au sein des entreprises, il faut mentionner l’analyse du cycle de vie, qui, selon Richard Mercure, « permet d’optimiser la conception des nouveaux produits par le choix des matériaux ayant le moindre impact sur l’environnement, de la source jusqu’à la disposition finale… » (ibid.). L’utilisation d'une telle analyse permet de réduire de façon significative les coûts de production et la consommation d'énergie et de matière première. Il faut souligner aussi qu’elle contribue à rehausser l'image sociale de l'entreprise et ainsi à accroître ses capacités concurrentielles. L’analyse du cycle de vie, il faut le dire, avoir le vent en poupe, puisqu’elle fut mise de l’avant par plusieurs des intervenants.

Pressés par la population et les groupes de pression, les gouvernement ne sont pas en reste en matière de développement durable. Le gouvernement québécois, il y a quelques mois, rendait public, on le sait, un projet de Politique du développement durable. Au niveau fédéral fut créée en 1995, rappelle pour sa part Alain Dubreuil, le poste de commissaire fédéral à l’environnement et au développement durable. Tous les ministères et agences fédéraux canadiens ont, depuis, à mettre en oeuvre un programme de développement durable, dont l’application est soumise au vérificateur général. D’ici 2006, il est prévu que le gouvernement fédéral assujettissent ses achats à une politique écologique. Et ce n’est qu’un début.


Identification des opportunités

Comment les entreprises peuvent-elles se « positionner » en matière d’écologie industrielle ? Comment peuvent-elles identifier des occasions d’affaires, des opportunités, anticiper de nouveaux débouchés et marchés ? Un second bloc de communications tentait de cerner cette problématique.

Les réglementations nationales et internationale en matière d’environnement, on le sait, sont souvent perçues comme des contraintes plutôt lourdes pour les entreprises. Les deux premières communications de cette séance entendaient nous démontrer que, dans les faits, ces contraintes, bien que réelles, peuvent avoir des effets positifs pour les entreprises.

Fait inusité, la première intervenante de ce second bloc, Marie-Hélène Riamon, chef de service Environnement / sécurité de la Chambre de commerce et d’industrie de Roanne, France, n’était pas physiquement présente au colloque. L’auditoire a en effet pu l’écouter en direct par le biais d’une vidéoconférence, qui fut suivie d’une période de questions.

Faisant référence à un contexte français (et européen) particulièrement réglementé, la communication de Mme Riamon voulait illustrer le rôle de leadership que peuvent jouer les pouvoirs publics et certaines institutions, comme les Chambres de commerce et d’industrie, en matière d’environnement. Pour une région en voie de restructuration, la protection de l'environnement peut tenir lieu d’axe de développement économique. Car, comme l’a rappelé un autre des intervenants à cette conférence, « une bonne performance environnementale amène des conditions favorables à une bonne performance économique ».

Autre contrainte d’importance pour les industries : le Protocole de Kyoto, qui pourrait entrer en vigueur prochainement, et qu’évoque la communication de Jean-Luc Allard. Kyoto, rappelle-t-il, touche de façon directe tous les secteurs, de la grande entreprise à la PME, sans oublier la population. Tous les producteurs supérieurs à 100 kilotonnes par année devront, en 2005, produire un inventaire de leurs gaz à effet de serre (GES). Tous ceux qui seront désignés comme grand producteur devront réduire de 15 % leur intensité. « Dans ce contexte, les entreprises doivent établir les risques rattachés à ce nouvel enjeu planétaire qui pourra signifier pour eux de nouvelles opportunités d’affaires ou, à l’opposé, un risque financier accru. » (ibid.)

De nouvelles occasions d’affaires peuvent naître de la mise en réseau d’entreprises. C’est le thème que traite Claude Vanasse, du Centre québécois du développement durable, dans la communication suivante. « Enviroclub est une initiative du gouvernement fédéral, fruit d’une entente interministérielle entre Développement économique Canada, le Conseil national de recherches du Canada et Environnement Canada. L’objectif est de sensibiliser la PME manufacturière aux opportunités qu’offre l’application des principes de l’éco-efficacité. Il s’agit d’un programme volontaire où les PME sont regroupées en un club d’une quinzaine d’entreprises. » (ibid.) Dans la création d'un projet d'éco-efficacité, on fait des bilans concernant les entrants et les sortants. Ces bilans peuvent toucher tout autant l'eau, les matières, les produits et même les services. Dans l'état actuel des technologies, il est encore impossible d'obtenir 100 % de réduction à la source. Mais il ne faut pas perdre de vue que le sortant d'une entreprise peut devenir l'entrant d'une autre. De plus, les entreprises peuvent agir en synergie et c'est ce que vise l'enviroclub dans sa démarche. « Ainsi, des activités d’échange de sous-produits entre entreprises se présentent comme une suite logique aux activités de l’Enviroclub. » (ibid.)

Gérard Croteau revient sur cette notion d’éco-efficience, que décrit en long et en large Olivier Boiral dans sa conférence intitulée « Écologie industrielle et productivité : la quête de l’éco-efficience ». Il applique cette notion plus spécifiquement aux entreprises manufacturières québécoises. L’éco-efficience « associe la protection de l’environnement aux bonnes pratiques d’affaires favorables pour l’image corporative et pour la productivité des procédés industriels. » (ibid.) Pour lui, il est clair que « les PME qui ont investi dans des procédés plus éco-efficaces ont présenté de meilleures performances tant environnementale qu'économique, ce qui tend à augmenter leur croissance » (ibid.). De plus, précise-t-il, « la prévention de la pollution et l’économie des ressources présentent des opportunités d’affaires accessibles qui offrent des retours très intéressants sur les investissements, tant pour les PME que pour les grandes entreprises. » (ibid.)

Le gouvernement du Québec appuie ce tournant de l’industrie. « A cette fin, souligne M. Croteau, un projet interministériel d’avant-garde a amorcé à l’automne 2002 la production d’indicateurs québécois d’intensités énergétiques et matérielles des expéditions manufacturières. » (ibid.) Suzanne Burelle rappelle pour sa part que le ministère de l’Environnement du Québec « propose différents guides visant à favoriser la valorisation de matières résiduelles, dans le respect de l’environnement. » (ibid.) Sa communication porte plus spécifiquement sur le Guide de valorisation des matières résiduelles inorganiques non dangereuses de source industrielle comme matériau de construction paru en 2002, qui est maintenant un outil indispensable pour toute entreprise oeuvrant dans ce secteur. Trois objectifs sont développés par les rédacteurs du guide. Le premier est de favoriser la valorisation des matières résiduelles dans le respect de l'environnement, le deuxième consiste à fournir un outil d'harmonisation des différentes procédures et le troisième nécessite l'établissement d'une équité pour les entreprises œuvrant dans le secteur de la valorisation.


Bonnes pratiques, Recherche & Développement et opportunités d'affaires

Nous entrons, si j’ose dire, dans le cœur du sujet, avec un troisième bloc de communication qui aborda résolument les applications, les effets « concrets », palpables, de l’écologie industrielle dans un filière technologique ou industrielle donnée.

Jacques Giguère, directeur technique du CTTEI, dans un exposé qui présente l’ensemble de la filière métallurgique de la région de Sorel-Tracy, introduit aux trois interventions qui suivront. Cette région, rappelle-t-il, est « caractérisée par la présence de plusieurs industries métallurgiques. Ces entreprises génèrent de grandes quantités de matières résiduelles dont plusieurs peuvent être traitées de différentes façons pour en fabriquer des produits utilisables. Dans un rayon de 30 km du CTTÉI, nous retrouvons trois producteurs d’acier au carbone, un producteur d’acier inoxydable, deux producteurs de fonte, un producteur de bioxyde de titane et quatre entreprises spécialisées dans le traitement et la valorisation de résidus métallurgiques. » (ibid.)

Première matière résiduelle à traiter. Les stériles miniers. « La plus importante industrie métallurgique de la région, QIT Fer et titane, transporte à Sorel-Tracy du minerai provenant de sa mine localisée sur la Côte-Nord du Québec. Ce minerai doit être concentré davantage avant d’alimenter les installations de concentration métallique de QIT. Cette étape d’enrichissement minéral génère de grandes quantités de stériles miniers qui sont valorisables. Recmix, une entreprise de Sorel-Tracy, se spécialise dans cette activité de valorisation. » (ibid.) Une communication de Pierre Marcotte, directeur technique de Recmix, présentera brièvement cette entreprise et les produits qu’elle met en marché.

Second sous-produit de l’industrie métallurgique à traiter :le laitier. « L’élaboration d’acier et de fonte génère une grande quantité de laitier aussi appelé scorie. Cette matière résiduelle est générée dans les fours lors de la fusion du minerai et flotte sur le métal liquide. Les compagnies Melri et Heckett Multiserv de Contrecoeur se spécialisent dans la récupération, le traitement et la valorisation des laitiers métallurgiques. » (ibid.) Philippe Bouchard, ingénieur chez Melri, nous éclairera par la suite sur les procédés développés par cette entreprise.

Enfin, le problème posé par les poussières. « Par ses opérations de manutention et de fusion à haute température, l’industrie métallurgique génère des quantités importantes de poussières. Les entreprises sont équipées de collecteurs de poussières qui évitent le rejet de ces résidus à l’atmosphère. Ainsi l’industrie se retrouve avec de grandes quantités de poussières à gérer. Certaines de ces poussières possèdent des propriétés intéressantes qui justifient un traitement dans le but de les valoriser L’entreprise Fermag de Sorel-Tracy se spécialise dans la valorisation des poussières d’aciérage. » Maurice Morency, vice-président de Fermag, nous éclairera par la suite sur les nouveau produits qu’elle entend produire à partir de ces résidus.

Les trois communications qui ont suivi firent état de recherches visant à utiliser divers sous-produits ou diverses substances résiduelle dans la création de nouveaux produits : le béton (Areski Tagnit-Hamou), les substances radio-actives de certains sites de l’ancienne Allemagne de l’Est (Holger Weiss), les résidus de recouvrement de toitures, en bardeaux d'asphalte, utilisés pour la réparation des nids de poule sur les routes (Olga Solomatnikova).


L'écologie industrielle: un facteur de développement social

« Penser globalement, agir localement » (René Dubos) est un leitmotiv que nous avons entendu plusieurs fois lors de cette conférence. Le dernier bloc de communications porte sur l’insertion de l’écologie industrielle dans une région donnée, insertion qui peut contribuer à insuffler un nouveau dynamisme au développement local ou régional, susciter de nouvelles synergies entre les acteurs sociaux, politiques et économiques.

Deux expériences françaises en matière d’écologie industrielle ont d’abord retenu l’attention : celle du Club aubois d'écologie industrielle (Arnaud Ansard, Dominique Bourg, Youcef Bouzidi) et celle de la Cité des matières (Stéphane Masson).

Le Club aubois d’écologie industrielle, nous précisent les intervenants, « supervisé par le Conseil général, se réunit périodiquement depuis janvier 2003 pour explorer la thématique de l'écologie industrielle. Il fait l'objet d'un partenariat entre l'Électricité de France (EDF), dans le cadre de son projet d'écologie industrielle, et l'Université de Troyes. L'objectif du club est de mener une réflexion globale sur sa thématique de base dans une optique de long terme et de réfléchir sur le développement durable, l'économie et l'importance de l'aménagement du territoire. Débutée en 2004, la mission, consiste à voir et à explorer les synergies possibles et à faire des évaluations technique, économique et éventuellement réglementaire. » (ibid.)

La Cité des matières est une parc scientifique sur l’écologie industrielle, située sur le site d’une ancienne abbaye, en Normandie, entre Le Havre et Rouen, près de l’estuaire de la Seine. Elle s'est donné pour objectif de vulgariser le concept de développement durable. Soutenue par les élus locaux, elle tire sa raison d’être du passé industriel de la région. Ses promoteurs entendent jouer sur plusieurs tableaux : ludique, pédagogique, professionnel. En ce qui concerne ce dernier aspect, la Cité des matières doit développer, avec ses partenaires institutionnels et industriels, un pôle national de l’écologie industrielle, qui s’organisera en plusieurs entités : l’observatoire de l’écologie industrielle, le centre d’animation et de coordination, l’accueil des acteurs de la recherche, le centre de documentation.

Les deux dernières communications relatent des expériences propres au Québec. Il s’agit, en premier lieu (Jacques Charest), de la Cité des arts du cirque, située dans le quartier Saint-Michel, l’un des plus défavorisés de Montréal, aux côtés du Centre de tri et du Centre d'expertise des matières résiduelles de Montréal, sur le site de l’ancienne carrière Miron. Le projet concrétise, de manière très originale il faut le dire, le concept de développement durable dans ses dimensions économique, environnementale et sociale.

Yves Fortin et Hélène Gignac rappellent quant à eux que la région de Sorel-Tracy, qui était l’une des plus polluées du Québec il y a une quinzaine d’années, a entrepris depuis un virage à 180 degrés. Ce virage « a permis à la grande région du Lac Saint-Pierre, dont le Bas-Richelieu est la porte d’entrée, d’être désignée Réserve de la biosphère de l’Unesco en novembre 2000. » (ibid.) La région a maintenant inscrit le développement durable au cœur de sa stratégie économique. Au fil des ans, elle s’est forgée « une solide réputation basée principalement sur le recyclage du fer et de l’acier. Avec la création du Centre de recherche en environnement UQAM/Sorel-Tracy et du Centre de transfert technologique en écologie industrielle sous l’égide du Cégep de Sorel-Tracy, les nouveaux projets se sont principalement développés autour de la valorisation des matières résiduelles industrielles de cette filière. » (ibid.) Une nouvelle filière environnementale s’est ajoutée récemment, soit « la fabrication d’équipements spécialisés, la valorisation des matières résiduelles domestiques en compost et l’écotourisme ».


En guise de conclusion…

Que conclure à la suite de cette seconde conférence québécoise sur l’écologie industrielle ?

Que l’écologie industrielle a depuis longtemps dépassé, au Québec, le stade de la mode et qu’elle est une approche qui tend de plus en plus à devenir la norme. Mais, il ne faut pas se le cacher, beaucoup reste encore à faire. Plusieurs conférenciers, dont Richard Mercure, ont tenu à nous rappeler que les entreprises canadiennes accusent un retard sur les entreprises européennes et même américaines en matière de développement durable et de politique environnementale.

Par ailleurs, le fait que cette rencontre ait eu lieu à Sorel-Tracy, une région avant-gardiste de ce point de vue, ne risque-t-il pas de nous induire quelque peu en erreur, en nous faisant voir l’écologie industrielle au Québec pour plus répandu qu’elle ne l’est ? Sans doute, la valorisation des déchets industriels doit varier grandement selon les régions et selon les filières industrielles. Mais les projets mis en œuvre dans cette région sont un exemple à suivre pour les autres régions du Québec.

Comme l'ont rappelé maints intervenants, le développement durable est basé sur l'interrelation entre les volets économique, social et environnemental. Toutefois, le volet social est encore trop souvent négligé au profit de la seule relation entre l'environnement et l'économie. Donner au social la place qu'il mérite est un défi qu'il faudra relever dans les annéesà venir, que ce soit au sein de l'entreprise ou de la collectivité elle-même.

Lors de la plénière, certains participants ont souligné le manque d’implication des élus québécois, surtout au niveau local, en matière d’écologie industrielle. On citait, a contrario, l’exemple de la France, où les élus agissent comme un moteur pour mettre de l'avant l'écologie industrielle et le développement durable.

Certains intervenants, et plusieurs participants dans l’auditoire, ont insisté sur le fait qu’un effort en matière de communication est nécessaire afin de mieux informer le public. Car, il faut le reconnaître, la population n’est pas encore parfaitement au fait des enjeux en matière d’environnement.

L’écologie industrielle n’a-t-elle pour autant que des qualités. Dominique Bourg, un des plus fervents défenseurs de cette discipline (il dirige une programme de formation universitaire unique au monde à l’Université de Troyes, et a donné, lors de la conférence, une communication sur le thème « Principe de précaution et écologie industrielle ») rappelle que, « dans certains cas, l'écologie industrielle peut être porteuse de risques nouveaux. Il faut donc coupler écologie industrielle et précaution, explorer les dangers, comme c'est le cas aujourd'hui pour les médicaments, les additifs alimentaires et les pesticides. ». Il mentionne, comme exemple de tels risques, le cas des farines animales et de la maladie de la vache folle. Mais de telles dérives, et M. Bourg serait le premier à en convenir, ne doivent pas nous décourager de poursuivre dans la voie tracée par l’écologie industrielle.


Stéphane Stapinsky