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Textes de conférences disponibles
L'OMS la dimension culturelle de la santé et les droits de l'homme
Claudine Brelet
Docteur en sciences sociales, ancien membre du personnel de l'OMS, lauréate de l'Académie française, Paris
Initiative multi-partenariale de santé publique urbaine à Libreville / Owendo (GABON)
Thierry Coffinet
Maison de la santé publique et du Développement social, Gabon
Les trois tempêtes
François Dagognet
Professeur émérite de Philosophie – Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Les biotechnologies en médecine
Claude Debru
Professeur de Philosophie des sciences, Ecole Normale Supérieure, Paris
Les défis actuels du droit médical face à l’éthique
Francine Demichel
Professeur, agrégée des Facultés de droit, Université de Paris 8, France
La médecine entre «hubris» et «phronésis»
Dominique Folscheid
Professeur de philosophie, Université de Marne-la-Vallée, France
Diseases of modernity and biomedical moralities
Anastasia Karakasidou
Department of Anthropology, Wellesley College, Massachusetts, USA
Les méthodes prophylactiques et les pratiques soignantes des maladies d'ordre gynécologique (sans recours aux médicaments) chez les jeunes filles de la société moderne
Tatyana Kovalenko
Université de Volgograd, Russie
Des espaces de réflexion éthique : pour quoi faire ?
Pierre Le Coz
Maître de conférence en philosophie, Faculté de Médecine de Marseille, Membre du Comité Consultatif National d’Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé (CCNE), Membre de l’Agence nationale de la biomédecine (ABM), Docteur en science de la Vie et de la Santé, Directeur de Rédaction de la revue d’Ethique « Forum » de l’Espace Ethique Méditerranéen de Marseille
Expérience de terrain. Confrontation inter et transculturelle : France - Togo - Guinée Conakry - Gabon
Gontran Pierre Marie Maka
Médecin, Cabinet médical ANYAMBYE AKEWA, Libreville, Gabon
Initiative multi-partenariale de santé publique urbaine à Libreville / Owendo (GABON)
Gervais Mbita Truffault
Médecin, Consultant Coordinateur de la Maison de la Santé Publique et du Développement Social / Projet de Santé Publique Urbaine - Libreville
Le Brésil - le Programme de Santé de la Famille: pratiques et enjeux
Maria Guadalupe Medina
Médecin, Salvador de Bahia, Brésil
Les rebouteux : place de ces tradipraticiens dans la prise en charge des traumatismes de l'appareil locomoteur
Abdeljalil Moulay
Médecin, Rabat, Maroc
Les rebouteux : place de ces tradipraticiens dans la prise en charge des traumatismes de l'appareil locomoteur
Khireddine Mourad
Université El Cadi Ayad, Marrakech, Maroc
La santé comme authenticité
Patrick Paul
Professeur associé H.D.R en Sciences de l'éducation, Université François Rabelais, Tours
Le moment est venu d'être modeste
Philippe Pignarre
Éditeur des Empêcheurs de penser en rond, Paris
Diversité culturelle et médecine traditionnelle à Madagascar : Impasses et opportunités
Philippe Rasoanaivo
Institut Malgache de Recherches Appliquées, Antananarivo, Madagascar
Ethique médicale interculturelle
Didier Sicard
Président du Comité Consultatif National d'Ethique, Paris, France
EXPÉRIENCE DE TERRAIN ET DE MÉDECINE COMMUNAUTAIRE
Expérience de terrain. Confrontation inter et transculturelle : France - Togo - Guinée Conakry - Gabon
Gontran Pierre Marie Maka
Médecin, Cabinet médical ANYAMBYE AKEWA, Libreville, Gabon

« Homo sum                                       
et nihil de humano                             
 a me alienum puto »                          

« Je suis homme
et rien de ce qui est humain
ne doit m'être étranger »
SAINT-AUGUSTIN

« Ce qui est en haut est en bas »
BWITI

« Gnauti se auton »
« Connais-toi toi-même »                                             
SOCRATE

« Ne jugez pas, vous ne serez pas jugé »
« Aimez-vous les uns les autres »         
Le Christ - Le Sermon sur la Montagne

« Les scientifiques, avec des paradigmes différents,
vivent dans des mondes différents »

THOMAS KUHN




Honorables Conférenciers,

Avant d'entamer notre propos, nous voudrions rendre un vibrant hommage à tous nos maîtres, tant dijonnais (nous avons fait notre PCB à Dijon) que lyonnais, car c'est grâce à leur enseignement, tant à la Faculté que dans les hôpitaux de Lyon, que nous sommes devenu le médecin allopathe que nous sommes.

Sans citer le nom de chacun, nous gardons un vif souvenir de Monsieur le Doyen HERMAN, qui veillait de façon discrète mais efficiente sur chacun de ses étudiants ; des professeurs COUDERT et GARIN, qui, à la suite de notre CES de Parasitologie, nous ont admis comme Moniteur-adjoint de Parasitologie ; du Docteur Madame Marie-Antoinette DELORME, Pédiatre, qui veilla sur nos premiers pas d'Externe, en tant qu'Interne de l'Hôpital Saint-Joseph de Lyon ; du Docteur POTTON, endocrinologue des Hospices Civils de Saint-Etienne, un des premiers à appliquer la psychothérapie des couples à la BALLINT ; du Docteur COURTIEU, qui nous fit inaugurer le poste d'Interne du Laboratoire des Hospices Civils de Saint-Etienne ; du Docteur CUILLERET, brillant traumatologue des Hôpitaux de Saint-Etienne.

Qu'il nous soit permis de saluer fort respectueusement et très chaleureusement ce Colloque International, véritable forum du donner et du recevoir : en rassemblant des personnalités de spécialités et d'horizons divers, ce Colloque International fait effectivement de la ville de Lyon une véritable métropole internationale de l'Anthropologie Médicale, où, comme le dirait Byron Good[1], « des voix multiples vont se faire entendre sur les sujets importants du moment ». Nous sommes sûr que ces voix, tout en avalisant les nombreux acquis de la prestigieuse science médicale et biologique, n'écarteront pas
    « une approche interprétative centrée sur le sens, qui tienne compte de la théorie critique, tout en reconnaissant la valeur du savoir local sur la maladie et la souffrance »[2].

Fidèle à la tradition africaine, nous invoquons l'esprit de tous les ancêtres des personnalités ici réunies, afin que dans ce colloque prévale un esprit de compréhension mutuelle.

Notre contribution porte sur notre expérience de terrain, dans tous les pays où notre itinéraire de vie, tant professionnelle qu'extra professionnelle, nous a permis de séjourner : partout, que ce soit en GUINEE – CONAKRY où nous sommes né, au SENEGAL, plus précisément à SAINT-LOUIS où nous avons passé une année de nos études secondaires (au Lycée Faidherbe, aujourd'hui Lycée Saïdou Nourou Tall), en France, durant notre temps de formation, au TOGO, en GUINEE-CONAKRY de nouveau, et, enfin, au GABON, durant l'exercice de notre profession de Médecin, partout, nous constatons l'existence de deux Médecines : la Médecine euro-occidentale, celle-la que nous avons apprise à Lyon, celle que l'OMS qualifie de « CONVENTIONNELLE » et qui se veut, elle-même, scientifique, rationaliste et cartésienne, fondée sur la technologie ; et l' « autre Médecine », dite « traditionnelle », que l'OMS définit comme :
    « la combinaison des connaissances et pratiques, explicables ou non, utilisées dans le diagnostic, la prévention ou l'élimination de maladies physiques, mentales ou sociales et qui s'appuient exclusivement sur l'expérience et l'observation passées, transmises de génération en génération, verbalement ou par écrit ».

Cette Médecine, dite traditionnelle, qui existe effectivement dans tous les pays du monde, est basée sur la croyance en la force transcendantale qui régit et harmonise tout dans l'univers et le cosmos.

Quelles sont les modalités de coexistence de ces deux médecines ?

C'est ce que nous allons voir tout au long de notre exposé.

Notre état des lieux commence par la GUINEE-CONAKRY, pays de notre enfance : en effet, bien que d'origine gabonaise, les avatars de la colonisation nous ont fait naître à Conakry. De cette enfance, nous retenons, parmi tant d'autres, quatre faits :

PREMIER FAIT : je porte sur moi, comme des millions d'africains, le souvenir indélébile d'une vaccination traditionnelle remontant à la plus tendre enfance, sous la forme de deux cicatrices cutanées très discrètes situées sur le dos du poignet gauche.
C'est le lieu de rappeler que les Babalao, docteurs en médecine de la « Côte des Esclaves » (Nigeria, Bénin, Togo), pratiquaient l'inoculation du pus de pustules varioliques à des sujets sains pour les protéger de la variole, bien longtemps avant la prestigieuse découverte de JENNER.
Cette vaccination traditionnelle n'a pas empêché mes parents de me soumettre au programme de vaccinations bien codifié par la branche coloniale de la médecine conventionnelle.

DEUXIEME FAIT : comme toutes les mamans de Conakry le font, ma maman glissait un citron dans la poche de chacun de ses enfants, le matin du jour d'un examen scolaire important. Ce citron était censé protéger celui qui l'avait contre tout « mauvais œil » : cette pratique, qui avait au moins l'effet de diminuer, voire annihiler tout stress, tire son efficacité de l'adéquation parfaite entre Rationalité et Imaginaire.

TROISIEME FAIT : en vacances à SAREYA, en Haute-Guinée, loin de tout centre de soins (de la médecine conventionnelle), guérison quasi-instantanée d'un syndrome dysentérique, en acceptant de mâcher des jeunes feuilles tendres de goyavier avec un peu de kola blanche et d'en avaler le suc.

QUATRIEME FAIT : « Samouya kilé bombö » ou « l'art d'attraper un voleur selon la tradition soussou ».
Un voleur dangereux est recherché. D'après la rumeur locale, il se cacherait dans tel quartier. Les doyens de ce quartier font appel à un spécialiste officiellement reconnu comme un « attrapeur de voleur ». Ce dernier réquisitionne deux grands gaillards bien musclés, chacun doté d'une force physique conséquente, et charge sur leurs épaules un pilon banal, dont les femmes se servent pour piler le riz, l'un devant, l'autre derrière. Dès que cet « attrapeur de voleur » débute ses incantations, soutenues par les chants de la foule et rythmées par un tamtam approprié, le banal bout de bois qu'est le pilon ( un enfant peut normalement le soulever d'une seule main) devient un madrier très lourd, collé aux épaules des deux gaillards qui, du coup, forment tous deux un seul et unique bloc qui, mu par une force irrésistible, va conduire cette véritable fusée à tête chercheuse jusqu'au voleur. En l'occurrence, la course en zigzag du pilon magique entraîna les deux gaillards vers une maison dont la porte, fermée, vola en éclats sous les violents coups de boutoir du pilon magique, tandis que le voleur, qui s'était effectivement caché dans une des chambres de cette maison, s'enfuyait par la fenêtre. Le voleur n'échappa évidemment pas à la foule des habitants du quartier, tous mobilisés à suivre la course folle du pilon magique.

Notre état des lieux se poursuit par le SENEGAL, plus précisément à SAINT LOUIS, pendant l'année scolaire 1943 – 1944 passée au Lycée Faidherbe, actuellement Lycée Saïdou Nourou Tall. De ce séjour, nous gardons en mémoire l'appel réitéré des vendeuses de poisson frais et séché, témoin de la grande consommation  locale de poisson dans cette ville de pêcheurs  (« Ko yindè oobe ? », tel était leur cri d'appel).

Après le SENEGAL, c'est la France, durant notre séjour à Dôle du Jura pour la fin de nos études secondaires (1944 – 1951). Au premier printemps de ce séjour, nous contractons une pneumonie, spectaculairement guérie par l'application sur le thorax d'un cataplasme de pâte de pommes de terre chaudes à la moutarde : Médecine Traditionnelle ?

Durant l'été 1951, aux Etats – Unis : participation à l'Assemblée Mondiale de la Jeunesse (World Assembly of Youth) à Ithaca, dans l'état de New York, comme membre de la délégation de la jeunesse guinéenne. Nous prenons la peine de visiter Haarlem où se produisent les grands génies créateurs du Jazz, cet exutoire musico-thérapeutique du peuple noir américain opprimé (« Go down, Moses ») ;. Haarlem où l'on peut côtoyer les futurs leaders des Black Panters en formation, ainsi que les leaders du NAACP, l'organisation œuvrant pour la promotion des Noirs d'Amérique. Haarlem où couve le bouillonnement d'où sortira le Black Power, véritable naturo-thérapie raciale réflexe, préparatoire de la grande lutte antiségrégationniste, incarnée par un de ses illustres martyrs, Martin Luther King.


Notre état des lieux se poursuit de nouveau en France :
Dijon, d'abord (1951 – 1952), où, durant notre année de P.C.B., notre professeur de Physique passait tous ses week-ends en Suisse, dans une clinique où il traitait, avec bonheur, des cas de cancer à l'aide de produits naturels : Médecine Traditionnelle ou Médecine de la Nature ?
Lyon, ensuite, pendant notre temps de formation médicale (1952 – 1966 ) :
En 1952, en vacances à Gumbrechthoffen en Alsace, nos hôtes nous emmènent découvrir à Marienthal, en Alsace, un vieux prêtre  retraité qui occupait son temps de retraite à soigner les malades à l'aide de produits homéopathiques. L'originalité de ce Naturo-thérapeute, c'est qu'il procède à sa consultation médicale en se concentrant sur l'empreinte que le pied du patient laisse dans sa chaussure, l'unique élément nécessaire pour établir le diagnostic et l'indication thérapeutique. Médecine Traditionnelle ? Naturo-médecine ? Bioénergothérapie ?

1952 –1954 : notre curiosité nous pousse à nous inscrire aux cours princeps du Docteur NOGIER sur l'AURICULO – THERAPIE. Nous nous souvenons que ce cours était prodigué dans la sous – pente d'un des vieux bâtiments de la place Bellecour. D'ailleurs cette découverte et la description minutieuse des points réflexes du pavillon de l'oreille par les docteurs NOGIER et NIBOYET, venait compléter tout naturellement et fort harmonieusement la vaste et complexe cartographie des douze méridiens établie par la prestigieuse Médecine Traditionnelle Chinoise qui ne parle pas du tout du pavillon de l'oreille en matière de réflexothérapie.

Au matin d'un examen écrit important : consommation d'une tablette chocolatée de « Lambarène », des Laboratoires HOUDE, afin de bénéficier de l'effet de stimulation de la mémoire que devait produire la quantité d'ibogaïne contenue dans la tablette chocolatée. Expérience catastrophique pour notre examen, en ce sens que, pendant tout le temps imparti à l'examen écrit, il y eut comme un blocage de la mémoire ; l'effet de facilitation et d'ouverture de la mémoire fut obtenu à retardement, bien après le temps imparti pour l'examen écrit. Cette expérience, malheureuse pour notre examen écrit, à cause d'une mésestimation dans le temps de prise du médicament, nous fit complètement rayer de notre mémoire les tablettes chocolatées de Lambarène. Par contre nous devons signaler l'usage fort heureux que le célèbre géologue et vulcanologue HAROUN TAZIEFF fit de ces tablettes chocolatées de Lambarène, comme il le décrit dans son livre  « Le gouffre de la Pierre Saint – Martin » (1) : en effet, c'est grâce à ces tablettes d'ibogaïne qu'il put réaliser ses grandes performances internationalement reconnues en matière de spéléologie.

1954 : nous profitons des grandes vacances passées à Conakry pour faire opérer notre père d'une cataracte double à l'hôpital Donka de Conakry (actuellement CHU). Opération réussie : papa peut reprendre son occupation favorite de retraité, la lecture. Un succès merveilleux de la Médecine Conventionnelle au cœur de l'Afrique !

Grandes vacances 1956 : mariage. Notre couple, mixte (madame est d'origine togolaise) d'étudiants africains en médecine aura à éprouver avec enthousiasme les bienfaits de la Médecine Conventionnelle : un garçon né en 1957 et une fille en 1959, ce, malgré les gros risques dus à une dyshémoglobinose AS se traduisant, à chaque accouchement,  par une hémorragie de la délivrance. Hélas, notre couple éprouvera également, avec douleur, les limites de cette même Médecine Conventionnelle, car, après ces deux enfants, toujours vivants jusqu'à ce jour, le couple enregistre trois fausses couches, dont des jumeaux, à cause d'une maladie du col qui ne trouvera son remède qu'au TOGO. 

1964 – 1966 : nombreux remplacements d'un médecin de Haute-Savoie, à la fin de notre Internat à Saint-Etienne. Ces remplacements nous familiarisent avec les conditions d'exercice de la médecine, spécifiques à la campagne, en tout cas, fort différentes de celles des villes, spécialement dans des localités d'accès très difficile, surtout pendant l'hiver où l'on doit marcher dans de la neige qui vous arrive parfois jusqu'à la taille. 

1966 – 1968 : séjour togolais. Nantis de nos diplômes ( Madame est Pédiatre et Hématologue), riches d'expériences hospitalières ( Madame, à la Clinique Mutualiste de TRARIEUX, service de Pédiatrie ; moi-même au CHL de Grange-Blanche, comme externe suppléant, à l'Hôpital Saint-Joseph comme externe titulaire et au Centre Hospitalier de Saint-Etienne comme Interne titulaire), nous arrivons en 1966 au TOGO, pays d'origine de madame, pour un séjour de deux ans, précisément à l'Hôpital de SOKODE, deuxième ville administrative du TOGO.
Séjour bref, mais riche en expériences diverses.

Emu de ne nous voir qu'avec deux grands enfants (neuf ans et huit ans), notre cuisinier nous conduit auprès d'un « guérisseur » résidant à TCHAMBA, à sept kilomètres de SOKODE. Après une consultation traditionnelle classique très impressionnante, qui avait pour but de nous faire la démonstration de ses capacités, ce qui devait entraîner notre confiance, le guérisseur prépara une potion très amère, dont la consommation, en huit jours, fut suivie d'une grossesse qui alla presque jusqu'à terme, puisque l'enfant, un gros garçon, naît prématurément à sept mois et demi, mais bien vivant et fort vigoureux.

Rencontre d'un éminent chercheur togolais en Phytopharmacie, Monsieur Amakoé AHYI Michel, frère aîné du célèbre artiste peintre et sculpteur togolais, AHYI Paul, auteur de la statue de la place de l'Indépendance de Lomé. Cet éminent chercheur est l'ami fidèle des chasseurs, ses sources sûres d'informations en matière de recettes phyto thérapeutiques

Pendant ces deux années de responsabilité en tant que médecin-chef de l'hôpital de Sokodè, nous avons été appelé à remplacer, cumulativement, le Médecin Directeur de la Région Médicale de Sokodè, chaque fois qu'il était absent, faute de personnel qualifié. Ces remplacements ont eu l'avantage d'amener le médecin hospitalier que nous étions à ouvrir son esprit sur la vision « Santé Publique ».

En marge de notre travail professionnel de médecin conventionnel, chef de l'hôpital de Sokodè, prise de contact culturel avec un groupe d'enfants du quartier qui, pendant leurs temps de loisirs, exprimaient leurs créations musicales sur des instruments de leur propre invention. Cette immersion culturelle nous a permis :
— de mieux nous familiariser avec la langue la plus parlée à Sokodè, le « kotokoli », ce qui, sur le plan professionnel, nous a facilité la communication avec les patients s'exprimant en kotokoli ;
— de mieux pénétrer l'environnement culturel ;
— et de participer à la formation musicale d'un jeune Bassari du quartier Didaorè, qui devait devenir un célèbre musicien de la chanson togolaise : le chanteur ALI BAWA.


Chirurgie et croyances : un patient doit être opéré d'appendicite aiguë : diagnostic exact ; indication opératoire pertinente. Le patient refuse de se faire opérer, sous prétexte que, si on l'opère, il mourra. On nous fait appel en tant que médecin-chef. Nous arrivons à convaincre le patient de l'innocuité de l'appendicectomie, opération simple et bien codifiée.

Le patient accepte l'opération qui se déroule normalement, sans incident aucun. Suites opératoires immédiates correctes : gaz le lendemain ; apyrexie. Le surlendemain, le patient se lève comme la veille, fait quelques pas et tombe, raide mort. Sans autopsie, il n'a pas été possible de connaître avec certitude la cause anatomo-pathologique de ce décès qui avait été prédit par le défunt patient lui-même. Le médecin conventionnel que nous étions, pétri d'esprit cartésien, avait refusé d'adhérer à la croyance du patient : ce refus a créé un conflit interculturel dont l'issue, hélas fatale – la mort du patient – sanctionne brutalement l'échec d'une médecine conventionnelle, pourtant technologiquement bien assise, mais qui n'avalise pas les croyances de ses patients. Peut-être qu'au lieu d'imposer le point de vue de la médecine conventionnelle, si nous avions écouté ses arguments à lui et si nous avions essayé de comprendre le fondement de ses croyances, peut-être aurions-nous renoncé à l'opérer, et il aurait, ainsi, peut-être, eu la vie sauve. En tout cas, il aurait été mieux « accompagné », car bien compris. Mais, avec des si……

La ceinture de protection : comme dans la plupart des pays africains, les hommes aguerris portent sur eux une ceinture, en général en cuir, confectionnée par un vrai connaisseur. Cette ceinture empêche tout objet métallique de pénétrer dans le corps, que cet objet métallique soit une lame de rasoir, un couteau, une aiguille ou une balle tirée par un fusil ou un pistolet.
C'est ainsi qu'un homme se présente en consultation à l'hôpital de Sokodè. Sa pathologie nécessite une série d'injections intramusculaires. A la première injection, l'aiguille se casse sans pénétrer ; au deuxième essai, même échec. C'est alors que le patient s'excuse, enlève une ceinture en cuir qu'il portait à sa taille, à même la peau. Ce qui permit de faire, au troisième essai, une injection intramusculaire tout à fait normale. 

La sorcellerie existe au Togo : la sorcière qui serait à l'origine du décès d'un jeune chirurgien récemment rentré au pays après ses études, a défrayé la chronique togolaise en passant aux aveux : en effet, elle a énuméré la longue liste de ses méfaits et a procédé publiquement à la démonstration de ses pouvoirs. Après avoir longuement fixé des yeux et concentré toute son attention sur une papaye mûre qu'elle avait réclamée, elle demanda de l'ouvrir : il ne restait plus que la peau et les graines de la papaye mûre qui avait été entièrement vidée de sa pulpe.  

Comment la Tradition togolaise attrape les voleurs
Le pharmacien-chef de l'hôpital de Sokodè constate la disparition d'un stock important de médicaments dans son magasin. C'est le personnel en service à l'hôpital qui fait venir un spécialiste pour mettre tous les travailleurs de l'hôpital à l' « épreuve des balais ». Deux balais faits de fibres de feuilles de cocotier, sont emmêlés par leurs extrémités libres, tels les doigts de la main qui se croisent. Le sujet « testé » fait dos au « testeur ». Ce dernier applique les deux balais, ainsi transformés en un véritable collier, autour du cou du testé, et les tire à lui fermement : s'il n'est pas coupable, lorsque le testeur tire à lui ce collier artificiel, les fibres se dissocient en souplesse et le collier s'ouvre, libérant le cou du testé ainsi reconnu innocent. Par contre, le collier reste collé au cou du testé coupable, qui peut même tomber à la renverse si le collier est tiré brusquement. C'est ainsi que, sous les yeux de tout le personnel hospitalier, fut découvert l'auteur du vol des médicaments  de la pharmacie. Et ce dernier passa aux aveux. 


Notre long séjour guinéen (Guinée-Conakry) (1968 – 1986) – d'abord à Labé, deuxième ville administrative de Guinée, en tant que médecin-chef de l'hôpital provincial de Labé (1968 – 1984), puis à Dubréka, en tant qu'inspecteur provincial (1984 – 1986), ce séjour est riche en expériences interculturelles.
Pendant notre séjour à Labé, dans le Fouta (1968 – 1984), il nous a été donné de rencontrer, côtoyer, collaborer avec d'authentiques tradipraticiens qui m'ont énormément appris :

de Mawdhö Donhol-Labé[3], qui, durant toute sa très longue carrière, a fourni aux ethnobotaniciens européens, surtout français, délégués par des firmes pharmaceutiques en quête de nouveaux médicaments, des tonnes de feuilles, écorces, racines de la si riche flore foutanienne, véritable phytothèque, nous avons appris qu'il ne faut jamais se contenter de la connaissance que l'on possède : en effet, c'est dans la mesure où l'on cherche à agrandir cette connaissance, en allant apprendre « chez les autres », que l'on arrive à minimiser le pourcentage d'erreurs que tout bon connaisseur est susceptible de commettre.  C'est dans le cadre de cette exigence de dépassement continu que Mawdhö Donhol-Labé a quitté, un long temps, son Labé natal, pour aller jusqu'au Bénin, apprendre les secrets de la Science Traditionnelle du « Fa »[4], pratiquée par les adeptes du Vodun. Effectivement, comme technique de concentration pendant la phase du diagnostic et de l'indication thérapeutique, Mawdhö Donhol-Labé traçait sur le sable (il avait toujours un petit tas de sable dans un coin de sa case) des signes que nous avons pu, pour certains, identifier comme étant des figures de base du « Fa » (cf. La Science Divinatoire des Peuples de la Côte des Esclaves) ; l'autre « écriture » ne nous est pas familière, puisque c'est lui le premier que nous avons vu s'exprimer ainsi. Ces graffitis lui servaient, en quelque sorte, de « cadre logique » pour éplucher tout problème médico-social qu'on lui posait.

● de Mawdhö Koliko, nous avons appris : l'existence, chez toute personne, d'une glande-mère intra abdominale, ou « nhurörè »[5] en langue peuhle. Cette glande-mère, située dans la région abdomino pelvienne, est munie d'une centaine de portes à clapets : en peuhl, « dambudhè », pluriel de « dambugal », une porte. A l'intérieur de la glande-mère, il règne une activité bouillonnante. Lorsque ce bouillonnement s'accroît, la pression interne augmente, forçant l'ouverture d'une des portes à clapets (dambugal), qui laisse s'échapper de la fumée (tyurki) à l'intérieur de conduits qui aboutissent aux divers organes du corps humain. Dès que cette fumée atteint un organe, elle y provoque un disfonctionnement qui va s'exprimer sous la forme d'une pathologie (une maladie). Ainsi, l'art du tradithérapeute est, comme on le constate, très complexe. En effet, il doit :
— bien connaître l'identité de chacune de cette centaine de portes ainsi que la situation exacte de chacune d'elles ;
— bien connaître les signes cliniques (que le malade exprime par ses plaintes, ce dont il souffre), qui vont lui permettre de savoir avec précision que c'est de telle porte que la fumée s'échappe ; et puis, il se pourrait que ce ne soit pas une seule porte qui soit en cause, mais plusieurs portes à la fois : le cas est alors plus complexe ;
— savoir comment fermer ou ouvrir telle ou telle porte : la panoplie de la flore, et parfois de la faune voire même des produits d'origine tellurique, sont à la disposition du biothérapeute pour obtenir le rétablissement de l'équilibre rompu. Il est donc indispensable d'avoir bien appris à connaître la flore : quelle feuille, quelle écorce ouvre ou ferme telle porte ? Quel est son antidote ?… Quel très long apprentissage !
D'ailleurs, ne parle-t-on pas, entre scientifiques, d'un deuxième cerveau, le cerveau « abdominal », représentant l'ensemble des formations neuro-réactives contenues tout au long des intestins ?
Ainsi, ce système anatomo-physiologico-pathologique « glande-mère » de Mawdhö Koliko, qui relie tel signe pathologique à l'ouverture de telle porte et attribue la fermeture de telle autre porte à une plante bien précise, n'est-il pas l'expression d'une Science empirique mais rationnelle ? D'autant plus que ce système « nhurörè » évoque, d'une part, le cerveau abdominal, de par la situation intra abdominale de sa glande-mère, et d'autre part, le système des méridiens de la médecine traditionnelle chinoise, où chaque organe est relié à un point réflexe, la liaison ne se faisant pas par de la fumée véhiculée dans des tuyaux microscopiques, mais par l'énergie (tsri) cheminant le long des méridiens.

● Le vieux BAVOGUI, quant à lui, utilisait les mêmes graffitis que Mawdhö Donhol-Labé pour se concentrer et faire son diagnostic. La petite fiole qu'il a préparée pour un enfant de sept ans, souffrant de crises vaso occlusives de Drépanocytose SS, a fait merveille : après  avoir bu tout le contenu de la petite fiole, l'enfant n'a plus jamais présenté de crise vaso-occlusive drépanocytaire, et, ce, jusqu'à l'âge de quatorze ans (soit sept ans après le traitement). Il avait normalement grandi et était devenu un bel adolescent, ne présentant aucun signe apparent d'atteinte drépanocytaire, notamment pas d'hypotrophie.

● Djaka CONDE, elle, maîtrise à merveille la science divinatoire traditionnelle   de l'antique empire du Mandingue : les cauries ; elle est, également une phytothérapeute émérite à qui nous devons plus d'une recette « de bonne renommée ».

● Son gendre, originaire de SIGUIRI, région des grands chasseurs du Mandingue : sa grande maîtrise des sciences bioénergétiques, acquise selon la tradition, lui permettait de fabriquer des cornes protectrices. Lorsqu'on porte sur soi une de ces cornes protectrices, malheur à la personne qui tenterait de vous agresser : le bras agresseur se verrait raccourci, voire desséché sur-le-champ ; à moins que ce ne soit l'agresseur lui-même qui tombe raide mort sur-le-champ.

Ce qui nous a le plus impressionné au Fouta, en plein pays peuhl, c'est la richesse familiale en recettes préventives et thérapeutiques pour guérir les petites maladies de tous les jours, les maladies les plus courantes : chaque mère de famille (nènè böbö) possède plus d'une recette pour faire face aux petites maladies des enfants ; chaque femme, qui est responsable de son petit cheptel familial, sait comment soigner les animaux quelle élève dans la concession familiale ( poules, canards, chèvres, etc.…). D'ailleurs, dans le « sunturè », cet espace vert qui se situe derrière la case, il foisonne de nombreuses plantes médicinales très utiles. Quant aux soins à donner aux femmes elles-mêmes, surtout celles qui sont enceintes ou en couches, il existe, dans chaque village, une ou plusieurs femmes d'un certain âge, qui sont spécialisées dans les soins gynécologiques et obstétricaux traditionnels. D'ailleurs, lorsque les femmes accouchent au village, elles le font en position accroupie, position qui, profitant de la force de gravitation, donne beaucoup plus d'énergie à l'expulsion que si elles accouchaient en position couchée, comme l'obstétrique moderne le recommande (dans la médecine conventionnelle).
Nènè (Maman) Kansato, spécialisée dans les soins de Pédiatrie, dont la technique de base est le « FIBA » : l'art de tresser une corde, à l'aide de trois fils entremêlés, corde jalonnée de nœuds, tout comme un chapelet ; cette corde est attachée à la taille des enfants souffrant de fièvre  ou en proie à une situation désespérée : c'est cette tradi-pédiatre qui a sauvé la vie de notre petite-fille, hospitalisée et en perfusion dans le service de pédiatrie de sa grand-mère.
Signalons que la même technique permet une contraception aussi efficace que la pilule, mais sans aucun inconvénient fâcheux : la jeune fille qui porte une « ceinture de virginité » (« FIBA ») à sa taille, ne tombera enceinte que le jour où elle s'en séparera.
Mawdhö « Tchoukou », dont la science consiste à établir, de façon très précise, la compatibilité ou non des deux membres d'un couple à vivre ensemble, réalisant ainsi une prévention efficiente contre les disfonctionnements des ménages.

Nous n'avons pas eu l'occasion de nous pencher sur les pratiques médicales liées à l'utilisation des textes sacrés du Saint Coran pour fabriquer des médications, telles que la protection par des amulettes (« talkuru ») : les potions réalisées avec la rinçure des tablettes de bois sur lesquelles on a écrit à l'encre des versets de Coran. Mais je sais que la plupart des croyants musulmans (« Dyulbhè bhen ») ont foi en ces pratiques et y ont recours.

Les Kissiens de Haute Guinée ont l'habitude d'induire le caractère de l'enfant à naître en soumettant, pendant sa grossesse, la future maman à un régime très précis : c'est ainsi que la fille de Monsieur Séverin, qui a un caractère dur et revêche, doit ce caractère au fait que sa maman avait intentionnellement été nourrie de chair de panthère durant toute la grossesse.

Résultats encourageants d'une action  synergique Médecine Conventionnelle / Médecine Traditionnelle : nous recevons à l'Hôpital Provincial de Labé, un jeune ophtalmologue malien, âgé de dix-huit ans, qui fait partie de la grande famille des SIDIBE, spécialisée dans les soins traditionnels des yeux, en général, et, en particulier, dans l'opération « traditionnelle » de la cataracte sénile, par affaissement du cristallin atteint à l'aide d'un stylet de cuivre, en pénétrant dans l'œil à travers la seule zone a-vasculaire que l'œil possède. Le jeune ophtalmologue accepte de déroger à son protocole habituel, codifié par des centaines d'années de pratique, de génération en génération, pour appliquer les règles strictes d'asepsie, en les incluant dans son protocole opératoire habituel (stérilisation des instruments, port de gants stériles et de masques). Les résultats de cette coopération synergique sont probants : alors que ses résultats antérieurs plafonnaient entre 40 et 50%  de bons résultats, nous enregistrons entre 80 et 90% de bons résultats en pratiquant l'asepsie et l'antisepsie.  Signalons que ce traitement chirurgical traditionnel malien de la cataracte est indiqué pour les personnes âgées qui vivent éloignées d'un Centre Hospitalier pourvu d'un Ophtalmologue, et qui n'auront plus à se mettre en procubitus, position de prosternation pour la prière mahométane.

Lors d'un voyage en France, découverte du livre du professeur LESOURD, décrivant une technique de diagnostic des maladies par la détermination de la longueur d'onde de l'énergie magnétique émise par les urines du malade et captée par un pendule.  Application immédiate au diagnostic d'une dysurie par adénome prostatique.

Lors du même voyage, diagnostic précis de la ville où réside une jeune fille de 21 ans, en interrogeant l'énergie magnétique émise par une photo de la jeune fille faite lorsqu'elle n'avait que quatre ans : réalisation de Monsieur Henri PAILLAT, radiesthésiste, élève du professeur LESOURD.

Toujours au cours du même voyage : nous éprouvons un grand soulagement et un grand rajeunissement grâce à une séance de massage de la colonne vertébrale par un vertébrothérapeute français, installé à Paris.

Deux expériences, découvertes au gré de nos lectures, toujours au cours de ce même séjour parisien, ont retenu toute notre attention.

La première expérience est celle de ce médecin allopathe américain qui, atteint d'un authentique abcès du foie, opte pour « aider la nature à faire son travail d'auto-guérison », en se nourrissant exclusivement de purée de courge pendant trois mois, ce qui amena la cicatrisation complète de l'abcès du foie, sans la prise d'un seul gramme d'antibiotiques.

La deuxième expérience est celle de cette jeune dame américaine, Louise LACEY,  qui raconte dans son livre, « Lunaception » (collection « La nouvelle médecine, l'Etincelle »), comment elle est arrivée à abandonner la pilule pour se confier au seul soin de la lune : la simple exposition de son corps, nu, aux rayons de la lune, chaque mois, toutes les nuits de pleine lune, eut comme effet de régler son cycle menstruel sur le cycle lunaire. C'est cette régulation du cycle menstruel grâce à l'action directe de la lune sur le corps de la femme que Louise LACEY qualifie de « lunaception ».
Ces deux expériences engagent toute personne qui leur prête attention à explorer les possibilités, certaines et sûres, de la guérison qu'opère la nature, à condition de ne pas contrarier les processus naturels mis en train par le merveilleux organisme humain pour obtenir la guérison de la plupart des agressions (virales, bactériennes, parasitaires, physiques et psychiques). 

Lors d'un voyage en Ethiopie, pour prendre part à la sélection de l'Hymne de l'OUA, en tant que membre du jury mandaté par la Guinée, nous découvrons un traité de tradithérapie éthiopienne, écrit en Amharic, enseigné à la Faculté de Médecine d'Addis-Abeba, spécialement la pharmacopée locale, ce qui familiarise les futurs médecins éthiopiens avec les recettes phytothérapeutiques locales.

Au cours de ce même voyage, nous constatons avec étonnement que les Ethiopiens, qui consomment beaucoup de viande, ne la consomment que fraîche et crue, ou séchée. Il s'agit, en fait d'une très ancienne habitude, liée au fait que la consommation de toute viande cuite génère la production d'acide urique, ce qui n'est nullement le cas pour la viande crue ou séchée et pour le poisson, cuit ou cru. Cette habitude, particulière aux éthiopiens, m'évoqua le cri des marchandes de poisson de Saint Louis du Sénégal incitant les saint-louisiens à ne manger que du poisson.

C'est, je pense, ces deux faits qui nous ont incité à mettre au régime sans viande cuite ceux des patients pour qui la présence d'acide urique à un taux élevé dans leur organisme constitue un grand risque pathologique.

A MACENTA, en Guinée, un guérisseur fait ses diagnostics à l'aide d'un fléau : trois bouts de bois articulés (comme on en trouve dans les arts martiaux) : le guérisseur passe ce fléau sur toutes les parties du corps. Sur les parties saines, le fléau garde sa souplesse et son articulation. Par contre, sur les parties malades, le fléau devient rigide et se bloque.
La renommée de ce guérisseur parvint à un diplomate étranger qui effectua le déplacement de Macenta en compagnie de son épouse, pour une consultation « bioénergétique » : si le diplomate lui-même fut reconnu indemne, c'est son épouse chez qui le « fléau bioénergétique » diagnostiqua une affection médicale chronique qu'elle ignorait.

Profitant de la présence à l'Hôpital de Labé d'une équipe de cinq médecins chinois, dont un tradithérapeute ou « Laoten » (acuponcteur), nous organisons pour tout le personnel des cours d'initiation à la connaissance des méridiens, en vue de familiariser le personnel guinéen avec les points essentiels d'acuponcture. Le cours connaît une affluence et un engouement, à la faveur de la fascination d'une technique de réflexothérapie aux résultats immédiats.

En plus, l'équipe médicale chinoise nous a gratifiés de certaines expériences démonstratives de l'efficacité des points d'acuponcture : par exemple, guérison rapide d'une tuberculose pulmonaire par injection d'un dixième de milligramme de Streptomycine dans les points ‘mou' ou ‘chou'.

Nous nous initions à la réflexothérapie podo-manuelle, grâce au livre du Docteur MULLER, docteur en Naturopathie : Comment masser les zones réflexes de votre corps (Edition de RETZ).

La sorcellerie existe aussi en Guinée. En effet, il nous a été donné, à mon épouse et à moi-même, l'occasion de voir opérer un homme, CONDE SORY, dont la réputation en tant que détecteur et neutralisateur des sorciers dépassait largement la région de Conakry. Cette soirée-la, vingt-deux sorciers furent détectés et débarrassés définitivement de leur faculté extracorporelle et extrasensorielle, après avoir avoué, par le menu, tous les actes de sorcellerie qu'ils avaient commis. L'interrogatoire clinique de ces vingt-deux « sorciers », pratiqué par nous-mêmes, révèle, chez chacun d'eux, un fond psychotique : chacun d'eux souffrait de frustrations : psychologiques, affectives et sociales. Et ces frustrations trouvaient leur  compensation magique dans les réunions nocturnes, tenues, en général, au pied d'un grand fromager, où s'opère, pour chacun, une transfiguration qui le transforme en un être beau, lumineux et trans-illuminé, doté de pouvoirs illimités, capable de se déplacer instantanément dans tout point du globe terrestre ou de bousculer un camion rempli de passagers qui vont tous mourir au fond du précipice où ils ont été projetés.

En matière de Santé Publique, notre séjour à Labé, puis à Dubréka, a permis au clinicien de mieux s'ouvrir à la vision Santé Publique, grâce aux nombreux remplacements du Médecin Inspecteur de Province, poste que nous occuperons de 1984 à 1986, à Dubréka.

Chute de la prévalence des parasitoses intestinales de 80% à 25%, en faisant creuser des latrines dans trois villages des alentours de Labé.

Participation, dans les années 79 et 80, à l'Assemblée Mondiale de la Santé, à Genève, ainsi qu'au Comité Régional, à Brazzaville, en tant que membre de la délégation du Ministère de la Santé : ce qui nous permit de nous imprégner de l'esprit d'ALMA-ATA (1978) préconisant l'application de la stratégie des Soins de Santé Primaires pour atteindre l'objectif de la Santé pour tous en l'an 2000, devenu l'objectif « Santé Pour Tous ».

Participation à la Conférence Nationale de Santé de Guinée, en 1980, où fut décidé l'application de cette stratégie des Soins de Santé Primaires, qui accordait la primauté à la Santé Publique, la primauté à la Prévention ainsi que le développement, sur le terrain, de la participation des Communautés villageoises et des quartiers aux programmes de Santé Communautaire, avec formation des agents communautaires d'IEC.
A Dubréka (1984 – 1986), l'occupation essentielle de l'Inspecteur Provincial, pendant les temps d'épidémie de Choléra, assez fréquents dans cette région de la basse côte, consistait à fournir aux populations de l'eau potable : nous la transportions dans des fûts que nous chargions dans notre R4-camionnette.

En 1986 nous quittons la Guinée-Conakry, où le système de santé est centré sur la Prévention, avec le Centre de Soins Santé Primaires comme point d'entrée du Système, pour venir au Gabon, pays de nos ancêtres, où le Système de Santé a délibérément opté pour l'hospitalo-centrisme, avec tous les inconvénients que vous imaginez : consécration de la plus grande part du budget à la construction, à l'entretien et au fonctionnement des Hôpitaux, la portion congrue – 5% - revenant au plus grand nombre : la Santé Publique.

● de 1986 à 1992 : notre charge de médecin-chef adjoint de Médecine Interne ne nous empêche pas d'explorer les grandes potentialités de la Phytothérapie gabonaise, que les recettes soient d'inspiration onirique ou pas, malgré le regard désapprobateur de certains confrères qui me voient transporter, dans mon service à l'Hôpital Jeanne Ebori de la CNSS, des bidons remplis de potions traditionnelles :
— Application aux PVVIH au stade 4 du C.D.C. d'Atlanta, d'une recette réalisée avec du plasma de Quinton ;
— Application d'une recette immunostimulante révélée au cours d'un rêve et à nous transmise par un homme, comptable dans une station de carburants ;
— Application d'une recette donnée par Madame BATALHA VAN DUHNEN, responsable du département de Médecine Traditionnelle du CICIBA (Boehravia diffusa et Pipperomia pellucida) pour leurs actions anti-inflammatoire et immunostimulante.
— Dissolution de calculs urétéraux par absorption de la tisane de racines de Scoparia dulcis (Ogandaga évoyè, en langue Omiènè), évitant ainsi au patient une opération chirurgicale incontournable sans cette recette.


● en 1993 : ouverture du Cabinet Médical ANYAMBYE AKEWA, pour mettre une structure médicale de proximité au service des populations.

— Préparation d'une pommade à base de pâte de feuilles de Boehravia diffusa, baptisée « Pommade Bodi », qui s'est révélée très efficace pour la guérison des plaies chroniques, du type ulcère phagédénique.
— Eclaircissement de la boue biliaire, voire dissolution de calculs de la vésicule biliaire par une décoction d'écorce d'Enantia (Ogowa, en langue Omiènè) et d'un piment « Mungulu » (toujours en Omiènè).
— Choix délibéré d'exploration de l'approche IMMUNOMODULATRICE, préconisée en 1998 par le professeur Donatien BONGO MAVOUNGOU dans le traitement de toutes les immunodéficiences se caractérisant par un manque de la DHEA ou Déhydroépiandrostérone, que cette immunodéficience soit due ou non au SIDA : Andropause, Ménopause, Maladie infectieuse grave, Paludisme chronique, Microfilariose, Exposition aux métaux lourds, Radio-cobaltothérapie, Chimiothérapie lourde pour Cancer ou VIH-SIDA… Pour ce faire, nous utilisons un analogue de la DHEA, inventée par le professeur Donatien BONGO MAVOUNGOU, l'IM28. Nous employons l'IM28 soit seul (80% de nos patients suivis dans notre cabinet) soit en complément de la trithérapie largement dispensée par le CTA (Centre de Traitement Ambulatoire) de Libreville.
Huit années de recul (cf. tableau annexe) nous ont permis de comprendre le mécanisme d'action de l'IM28, de découvrir et d'utiliser d'autres médications agissant de façon analogue ( relance de la machine immunitaire grâce à la sécrétion des Cytokines et des Interleukines) telles que le MODUCARE ( DHEA extraite des végétaux, fabriquée en Afrique du Sud), ou de façon complémentaire ( THYM UVOCAL, un extrait du THYMUS, fabriqué en Allemagne, utilisé pers os ou par voie parentérale : le THYM UVOCAL stimule la production des lymphocytes T4 ou CD4). Le Moducare, ainsi qu'un produit ivoirien, importé à Libreville par une Pharmacie de la place (JLOG127) nous rendirent service comme relais del'IM28, au moment où nous avons manqué de produit.
Nous avons également avalisé, chez quatre de nos patients qui avaient pris l'initiative de le faire sans nous avertir,  la prise quotidienne d'une pincée à une cuillerée à café de poudre de racines d'Iboga, mélangée à une cuillerée à café de miel, le soir, au coucher, devant le résultat probant de l'adjonction de ce complément phytothérapeutique immunostimulant à l'action de l'IM28.
— Une de nos patientes, tout en poursuivant son traitement à l'IM28, reçoit d'une sœur religieuse d'origine brésilienne une médication à base d'huiles essentielles extraites de plantes médicinales poussant à Lastourville au Gabon.
— C'est grâce à l'une de nos patientes d'origine marocaine que nous découvrons l'efficacité de la pharmacopée traditionnelle marocaine. Mise à l'IM28 pour un syndrome d'immunodéficience acquise, notre patiente disparut de Libreville pendant trois mois : elle était allée au Maroc se soigner selon les médications traditionnelles marocaines. A son retour, nous n'avons pas eu la possibilité de lui faire  des examens biologiques de contrôle, mais elle semblait avoir récupéré un équilibre physique et clinique satisfaisant.


En matière de Prévention du Paludisme :

Il y a dix ans, lors d'une foire-exposition à Libreville, Monsieur Herman KABORE, Chercheur en  Phytopharmacie, venu du Burkina Aso, présente sa « K-Hématozoline », un produit liquide, dont la prise, en trois jours, met un adulte à l'abri du Paludisme pendant deux ans. Et si, avant ces deux ans, l'on refaisait une nouvelle cure, le temps de protection s'allonge de trois ans. Ce produit a fait ses preuves sur des sujets gabonais, africains et européens (les Sœurs Bleues de Castres résidant à Libreville ont, toutes, abandonné leur chimioprophylaxie anti palustre habituelle dès qu'elles se sont mises à la « K-Hématozoline » de Monsieur Herman KABORE ).

Une recette, transmise à une sœur religieuse du Foyer de Charité de Libreville par une dame française ayant vécu pendant quarante-cinq ans à Bangui, en Centre Afrique, permet de prévenir toute crise de Paludisme : il s'agit de Boire un verre d'eau-de-coco par jour, huit jours de suite chaque mois. Cette recette s'est avérée fort efficace.

« Mon peuple se meurt faute de connaissance », déclare Dieu par la bouche du prophète Osée.
Cette assertion reste vraie pour l'ensemble des problèmes médico-socio-sanitaires de l'Afrique, en général et du Gabon, en particulier.
D'où notre engagement à contribuer à toute action qui favorise la formation des populations en matière d'Hygiène, de Salubrité et de Prévention.

Pendant cinq années consécutives, nous avons animé l'émission « Docteur Africa » de la Radio Panafricaine AFRICA NUMERO UN. Cette action médiatique nous a permis de diffuser à l'ensemble de la population africaine vivant en Afrique et celle en diaspora, les notions indispensables d'Hygiène, et de Prévention des maladies auxquelles l'Afrique est confrontée.

C'est cette même activité médiatique qui nous a valu de faire partie des professionnels de la Communication que l'OMS/AFRO invita à un séminaire « Santé et Communication », tenu à Brazzaville en décembre 1995. C'est au décours de ce Séminaire Atelier  qu'est née l'Association des Communicateurs en Santé d'Afrique, dont nous sommes le Président Continental. Cette association panafricaine, qui compte une quinzaine de sections nationales, a comme stratégie principale la Communication en Santé et la Mobilisation Sociale de Proximité.

En 1992, au décours de la réunion annuelle des évêques d'Afrique Centrale (ACERAC), est né le Mouvement Evangile et Santé du Gabon, une ONG catholique, dont nous sommes le président. L'objectif principal du M.E.S. est de veiller sur la santé des habitants des paroisses, administrativement découpées en Communautés de Base. La maîtrise du Secourisme et de l'animation des programmes de Santé Communautaire, permet au MES d'atteindre ses objectifs. La collaboration effective entre le MES et Caritas nous a permis d'élaborer, il y a un an et demi, une fiche d'enquête sur les Besoins en Santé des populations des paroisses. C'est l'exploitation de cette fiche d'enquête par le Ministère du Plan qui a abouti à la réalisation d'une Enquête sur les Besoins en Santé des Populations de Libreville et d'Owendo, enquête qui devait déboucher sur la mise en œuvre du Projet de Santé Publique Urbaine de Libreville et Owendo, dont les docteurs COFFINET et MBITA vont amplement vous parler.

CARITAS GABON a amplement contribué à soulager les populations qui n'ont financièrement pas accès aux médicaments vendus dans les pharmacies, en important des Médicaments Essentiels Génériques que les patients nécessiteux peuvent acquérir dans les dispensaires de paroisse, pour des prix à leur portée.

C'est dans ce même cadre que, lorsqu'il y a un manque de médicaments dans les services du Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT), les malades atteints de tuberculose peuvent, avec leurs ordonnances, trouver leurs médicaments « DOTS » dans les dispensaires CARITAS, sous forme de médicaments  génériques aux coûts abordables

Par ailleurs, en tant que membre ressource des Etats Généraux de la Santé du Gabon et membre représentant de la Société Civile, nous y avons mené un plaidoyer en faveur d'une Démocratie en Santé, en demandant : Premièrement : la reconnaissance de la Prévention comme programme majeur et prioritaire de Santé Publique. Deuxièmement : en corollaire, l'augmentation de la part du budget alloué  à la Santé, en accordant, au lieu de 5%, 20 à 30% à l'ensemble des programmes de Santé Publique.


En conclusion

Cette longue et minutieuse incursion dans notre expérience de terrain nous a permis de constater une grande diversité dans les pratiques soignantes des peuples, ce qui rejoint une loi fondamentale de la nature : la biodiversité. 
Diversité des planètes, des étoiles, des galaxies ; diversité des espèces ; diversité des cultures et des civilisations.
Dans cet ordre d'idée, n'est-il pas logique de dire qu'à chaque peuple correspond ses Médecines (Médecine Conventionnelle et Médecines Traditionnelles), qui rendent au peuple les services les plus remarquables, à condition, comme le recommande l'OMS, d'intégrer toutes ces Médecines dans un Système de Santé qui sache utiliser à bon escient chaque compétence. Ce qui nécessite un esprit de franche collaboration et de dialogue constant pour aboutir à ce que ce Système de synthèse fonctionne harmonieusement et efficacement.
Et lorsque chaque peuple sera arrivé à mettre au point son Système de soins de Synthèse (la Chine semble très avancée dans ce domaine), le dialogue inter et transculturel que préconise le RISES, prendra toute sa signification, toute son ampleur et toute son efficacité, notamment pour prévenir les dérives d'une mondialisation aveugle, en sauvegardant les diversités spécifiques de chaque peuple, source d'enrichissement pour toute l'humanité.
Quant à nous, nous partirons de Lyon avec la ferme résolution de poursuivre, dans notre pays, ce dialogue « des voix multiples », entamé au cours  de ce Colloque International de Lyon.
D'autant plus que ce dialogue vise, comme le dit Byron Good, à
    « humaniser l'enseignement de la biomédecine, changer l'attitude des médecins, faire progresser les préoccupations sociales dans la pratique médicale, afin que la médecine devienne un domaine théorique et conceptuel autant qu'une pratique humaine ».

En effet, c'est
    « en étudiant la maladie dans le contexte des mondes moraux propres à chaque société et en repensant les revendications épistémologiques de bon  sens de la médecine » que « l'anthropologie médicale pourra résister à l'emprise de la rationalité instrumentale dans l'univers de vie ».

Je vous remercie.




Annexes







La glande-mère intra abdominale, ou « nhurörè »






Notes

[1] Byron Good, « Médecine, rationalité et vécu », Institut Synthélabo, 1998.
[2] Byron Good, « Médecine, rationalité et vécu », Institut Synthélabo, 1998, p.33
[3] Cf. annexes.
[4] Idem.
[5] Ibid.

Conférence prononcée le 9/4/2005
Colloque «Pratiques soignantes, éthique et sociétés : impasses, alternatives et aspects interculturels», organisé sur l’initiative du PPF RISES de l’Université Lyon 3 en collaboration avec l’Université Lyon 1 et les Hospices Civils de Lyon, avec la participation de l’Université de Marne La Vallée.