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| Textes et résumés disponibles |
Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux Francis Allard | | Président d’Agro Énergie | Partir ou rester : la localisation des entreprises dans la mondialisation Marcos Ancelovici | Professeur adjoint du département de sociologie de l’Université McGill | Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ? Jules Arsenault | Ex-recteur de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue | Chambardements climatiques : planifier la réplique Joël Arseneau | | Maire des Îles-de-la-Madeleine | Atelier 5 - Connectivité des territoires entre la fracture numérique et les usages innovateurs Ginette Bellavance | | Directrice des Productions Point de vue à St-Adrien | Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ? Louis Bernard | Ancien haut fonctionnaire | Atelier 5 - Connectivité des territoires entre la fracture numérique et les usages innovateurs Jean-Paul Bleau | | Fondateur de Communautel | Changements climatiques : survol de la science enjeux impacts adaptation Alain Bourque | | Directeur « Impacts et adaptation », Ouranos | La région de Montmagny et son développement économique: négocier le virage Nathalie Cloutier | | Directrice générale, CLD de la MRC de Montmagny | La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ? Geneviève Colombani-Lachapelle | | Militante | La culture sous l'angle de l'innovation Andrée Daigle | | Directrice du réseau « Les Arts et la Ville » | L'aventure des Marsouineries à l'Isle-aux-Coudres Caroline Desbiens | | Auteure, compositeure, interprète et porte-parole de l’événement culturel « Les marsouineries » | La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ? Jacques Dufresne | | Philosophe, éditeur de L'Encyclopédie de L'Agora sur Internet | Le village face à la convergence des médias Gilles Gagné | Journaliste pigiste en Gaspésie | Identité et culture moteurs de reconversion économique Xavier Greffe | Professeur de sciences économiques (économie des arts et des médias) à l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne) | La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ? Fatima Houda-Pépin | | Députée et première vice-présidente de l’Assemblée nationale | Villes et villages : un territoire en partage une occupation nécessaire Jean-Paul L'Allier | | Ex-maire de Québec et professeur invité à l’École supérieure d’aménagement du territoire et dudéveloppement régional de l’Université Laval | Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux Marcel Lacroix | Professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke | Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux Chloé Legris | | Chargée de projet pour la lutte contre la pollution lumineuse | Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux Antonin Michaud | | Commissaire industriel à la Ville d'Amqui | Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ? Roger Nicolet | Préfet MRC de Memphrémagog M.Sc. | Allocution de Mme Nathalie Normandeau ministre des Affaires municipales et des Régions Nathalie Normandeau | | Députée de Bonaventure, vice-première ministre, ministre des Affaires municipales et des Régions | L'attractivité territoriale et l'entrepeneurship Martin Ouellet | | Directeur général de KISIS, entreprise de thermo transformation du bois Dolbeau-Mistassini | Allocution de l'honorable Christian Paradis Christian Paradis | | Député de Mégantic et secrétaire d’État à l’Agriculture | Atelier 5 - Connectivité des territoires entre la fracture numérique et les usages innovateurs Paul Prévost | Directeur scientifique du CEFRIO (Centre francophone d’informatisation des organisations) | La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ? Jacques Proulx | Président de Solidarité rurale du Québec | L'entrepreneuriat local pour stimuler le développement des territoires Nathaly Riverin | Directrice du Centre de vigie et de recherche sur la culture entrepreneuriale de la Fondation del’entrepreneurship | Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ? Thierry Rodon | Professeur associé, School of Public Policy and Administration, Carleton University, Département de science politique, Université Laval. | Le village face à la convergence des médias Alain Saulnier | Directeur général des services français de l’information à Radio-Canada | Le village face à la convergence des médias Florian Sauvageau | Professeur à l’Université Laval et directeur du Centre d’études sur les médias | Le village face à la convergence des médias Nathalie Verge | | Secrétaire générale du Conseil de presse du Québec | L'histoire du développement culturel de Saint-Jean-Port-Joli Marie-Hélène Viau | | Agente de communication et conseillère culturelle, CLD de la MRC de L’Islet | Améliorer la capacité d'adaptation des communautés rurales canadiennes face aux incertitudes de l'avenir Maureen Woodrow | Directrice exécutive du Réseau de recherche sur la gestion des Océans, Université d’Ottawa |
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| Compte-rendu de l'atelier |
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| Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux |
| Les nouvelles énergies comme levier du développement rural |
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Animateur: M. Chakda Yorn
Secrétaire: M. Kimba Dodo
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| Panélistes | Marcel Lacroix Marcel Lacroix est professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, professeur associé à l’Université Laval et professeur associé à l'École des Mines de France. Il est aussi conseiller technique pour l'industrie de l’énergie (le nucléaire, l’hydroélectricité, le solaire, la biomasse, l'hydrogène, le stockage et la gestion de l'énergie), pour l'industrie des procédés (transformation, métallurgie, chimie et agroalimentaire) et pour l'industrie manufacturière (électronique). M. Lacroix est titulaire d'un baccalauréat en physique de l'Université d’Ottawa, d'une maîtrise et d’un doctorat en génie nucléaire de l'École Polytechnique de Montréal. Il a publié près de deux cent cinquante articles scientifiques et rapports techniques à propos de l'énergie. | Chloé Legris Chloé Legris est une ingénieure en mécanique, diplômée de l’Université de Sherbrooke. Elle a été nommée personnalité scientifique de l’année 2007 par Radio-Canada. Elle a travaillé en génie conseil avant de réorienter sa carrière pour oeuvrer dans un domaine à caractère environnemental. Par le biais de son travail, elle a notamment participé à la consultation publique de la régie de l’énergie du Québec dans le cadre du projet de la centrale du Suroît, à la commission parlementaire sur l’avenir de la sécurité énergétique du Québec, a rédigé un rapport pour l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec et a présenté d’autres mémoires en différentes occasions à travers les villes du Québec. | Francis Allard Francis Allard est président de la compagnie Agro Énergie depuis sa fondation en mai 2006. Il a terminé sa formation d’ingénieur mécanique en décembre 2005 à l’Université de Sherbrooke. Son passage à l’Université de Sherbrooke fut d’ailleurs souligné par des honneurs pour son implication parascolaire. À la sortie de ses études, M. Allard a été recruté par la compagnie Bell Helicopter Textron Canada Limité pour laquelle il a travaillé à titre d’ingénieur industriel. Depuis avril 2007, monsieur Allard se consacre à temps plein au développement de sa compagnie Agro Énergie. Il dirige l’entreprise avec ses deux associés. | Antonin Michaud M. Michaud est commissaire industriel à la Ville D'Amqui depuis septembre 2005. Avant d'accéder à ce poste, M. Michaud a notamment été conseiller senior en gestion d'entreprise chez Mallette dans l'Est-du-Québec, entrepreneur privé et formateur conseil pour le Collège de Rimouski. M. Michaud est titulaire d'une maîtrise en développement régional. Il possède une longue feuille de route en intervention et en accompagnement de promoteurs de toutes sortes. À son arrivée à la Ville d'Amqui, il a travaillé entre autres, à l'élaboration et à la mise en oeuvre d'un plan de développement s'articulant autour de plusieurs projets reliés à l'énergie. | | | | |
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Dans un contexte de changement climatique et de rareté des ressources, l'énergie est et sera plus que jamais un enjeu déterminant. L'énergie peut constituer pour les milieux ruraux, un net avantage étant donné leur position stratégique qui leur permettrait de développer plusieurs initiatives comme levier de développement notamment la promotion d'énergies renouvelables ou d'économie d'énergie.
L'atelier propose de traiter avec des experts et par le biais d'un exemple pionnier à l'échelle internationale, de la question des énergies, de leurs usages et de la capacité des milieux à les transformer «en avantage territorial». Le problème est abordé sous différents angles d'analyse (académique et scientifique, entrepreneurial, initiative de développement local et environnemental).
La présentation générale du thème a été faite par M Marcel Lacroix qui a défini l'énergie par l'aptitude à faire du travail c'est-à-dire l'action de convertir une forme d'énergie en une autre. Sans énergie, il n'y aurait pas de vie sur terre et en réalité tout passe par une conversion d'une forme d'énergie (mécanique, électrique, solaire, nucléaire, chimique, thermique) à une autre selon des échelles de temps qui sont incontournables (journées, saisons, années, centaines de millions d'années, etc.).
Et l'énergie obéit à deux lois fondamentales qu'on ne peut enfreindre (même si on essaie). La première loi stipule qu'on ne peut produire ni détruire de l'énergie (on ne peut que la convertir) tandis que la deuxième loi soutient que toute conversion d'énergie s'accompagne d'une dégradation de sa qualité.
Il existe une diversité de types d'énergie répartis au niveau de trois sources : le soleil (à la base des combustibles fossiles, de la biomasse et de l'énergie hydraulique), l'atome (fission et fusion nucléaires, géothermie) et la gravité (marées motrices).
Au niveau de ces types d'énergie, les plus utilisés sont les combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz).Toutefois, M. Marcel Lacroix précise dés le début de son intervention, notamment pour bien cadrer le sujet, qu'il n'a nullement de préférence pour la promotion d'une forme d'énergie. En revanche, il a plutôt longuement insisté sur la nécessité pour le Québec de diversifier ses sources d'énergie au lieu de s'en tenir presque essentiellement à l'énergie hydroélectrique.
Quels types d'énergie pour le Québec?
Les deux autres participants (M. Francis Allard et M. Antonin Michaud) estiment aussi que la diversification énergétique est une nécessité au Québec et ils ont particulièrement plaidé pour la promotion des biocarburants (à partir de la biomasse) et de l'énergie éolienne.
Les biocarburants ?
Selon M. Marcel Lacroix, il existe plusieurs procédés de production de biocarburants dont la pyrolyse et la gazéification de la biomasse (déchets, récoltes et bois). Pour valoriser la biomasse, on peut commencer par les déchets car ce sont des matières dont on doit de toute façon se débarrasser. Depuis très longtemps, on sait que l'enfouissement des déchets produit du méthane qui est un biogaz. Les déchets sont également intéressants car ils peuvent donner d'autres réactions chimiques à la base de combustibles liquides lourds qu'on peut utiliser au niveau des moteurs diesel. La production de diesel de synthèse est une des stratégies qui font l'objet d'attention au niveau de la ville d'Amqui selon M. Antonin Michaud. L'idée, c'est de faire du diesel avec des matières résiduelles (30 000t de biomasse) et le dossier est actuellement en cheminement avec notamment l'étude du risque environnemental (au niveau de l'eau et de l'air).
Pour M. Francis Allard, la culture du saule pourrait être une belle initiative pour la production de biocarburants (éthanol cellulosique). En effet, face aux différentes crises (forestières, manufacturières, globalisation et concurrence par les produits chinois, etc.) au niveau du monde rural, la recherche de nouvelles alternatives s'est imposée. Aussi, en s'inspirant des expériences en cours en Europe (surtout en Angleterre et en Suède) et ailleurs au Québec, notamment au niveau du jardin botanique qui fait la culture de saules depuis une quinzaine d'années, il a créé une entreprise (Agro Énergie) qui cherche à devenir un leader dans le domaine des cultures énergétiques. L'entreprise est spécialisée dans la production et l'approvisionnement de boutures et de tiges de saule à croissance rapide pour l'énergie (bioénergie propre et renouvelable), la phytoremédiation et les projets urbains. Agro Énergie peut appuyer ses clients lors des différents travaux (de la plantation à la récolte) et avec des moyens mécanisés. Le saule est une plante vivace (pérenne) qu'on peut récolter à deux ans, éventuellement avec une fourragère. Elle peut atteindre de 6 à 8 m de haut en 3 ans et avec un cycle de 25 ans, 7 à 8 récoltes seraient possibles sans préparation de sol ou nouvelle plantation. L'entreposage des copeaux peut se faire directement au champ. Au niveau du jardin botanique (l'un des partenaires techniques au Québec), la production est de 15-25t MS/an (MS = matière sèche).
Il est possible de produire de l'éthanol cellulosique à partir des copeaux tout comme on peut aussi brûler le bois pour le valoriser. En Europe, la stratégie adoptée rapproche le producteur de l'utilisateur en ce sens que le producteur livre directement les copeaux au niveau du système de combustion (ex : à l'école) en vue de la production d'énergie. Les systèmes sont efficaces et aussi performants que les chaudières à gaz ou à l'huile. L'activité d'Agro Énergie se concentre actuellement sur 15ha de cultures et dans un premier temps, la clientèle visée concerne essentiellement des établissements publics (ex : hôpitaux, écoles, etc.). L'organisme est en train de travailler au niveau du parc industriel de sa municipalité et tout est en train de se mettre en place y compris le marketing afin de passer à la phase de commercialisation.
Toujours dans une perspective d'optimisation de la production locale d'énergie à partir de la biomasse, un projet de chaudière au bois au niveau de la municipalité d'Amqui a été rapporté par M. Antonin Michaud.
Il s'agit de valoriser davantage la ressource forestière à travers un projet de chaudières résautées. A cet effet, une étude de faisabilité a été réalisée en 2007 et actuellement le projet est à la phase d'étude technico-financière (l'estimation des coûts). Les partenaires impliqués dans cette initiative sont principalement la ville, les commissions scolaires, les centres hospitaliers, la coopérative forestière et les municipalités. Les différents rôles assignés à chaque partenaire (propriétaire de l'ouvrage, sous-traitant, etc.) seront déterminés par la suite. Il y a lieu aussi de convaincre le gouvernement notamment en démontrant l'intérêt accordé au projet par des partenaires importants (banques, lobbies, etc.). Selon M. Antonin Michaud, la pression doit être maintenue sur le gouvernement qui doit en fait être le leader dans la règlementation et le financement tout comme il doit avoir un rôle fondamental à jouer indépendamment de la filière énergétique. De plus, bien qu'il faille tenir compte des particularités régionales, il estime que les populations doivent travailler collectivement, en toute cohésion, dépasser les barrières créées de façon artificielle en dépit des intérêts convergents et inter reliés, et partager au besoin les ressources disponibles. Malgré qu'actuellement les populations rurales n'ont pas véritablement accès à la ressource forestière et en dépit des défis multiples auxquels elles font face (déclin démographique, pertes d'emploi, etc.), elles devraient travailler de manière à devenir maîtres d'œuvre de leurs ressources et ne plus être considérées comme des laissez pour compte. M. Antonin Michaud reconnaît que des obstacles pourraient se présenter notamment au niveau de la population en termes de résistance au changement, d'où la nécessité de chercher l'acceptabilité sociale du projet à travers une campagne de communication efficace afin que les gens fassent au moins la différence entre la chaudière actuellement proposée (avec moins d'émanations) et celles des années 1950 plus polluantes. En effet, M. Lacroix précise qu'au niveau de la combustion de bois, il est actuellement possible de diminuer les particules d'émission dans l'air et d'améliorer le rendement d'énergie produite bien que la quantité de gaz carbonique (Co2)ou de monoxyde de carbone (Co) reste inchangée.
Ces initiatives de développement énergétique local (avec du saule ou du bois) ont rapidement suscité des observations et des interrogations. Le climat au Canada est-il favorable à la production intensive (croissance rapide) de bois? Jusqu'à quelle attitude peut-on produire du saule? M. Lacroix estime que le climat canadien ne serait pas très favorable à la production intensive de bois bien que M. Allard fasse remarquer que pourtant les autres productions végétales sont soumises à ce même climat nordique et que par conséquent on ne doit pas capituler par rapport à ce défi. Il soutient aussi que l'utilisation des cultures agricoles au niveau des réacteurs chimiques (chaudières et moteurs automobiles) pourrait susciter des questions morales ou de développement durable. D'ailleurs, si l'énergie est assurée par la biomasse, il n'est pas exclu qu'un problème de garantie d'approvisionnement puisse se poser.
Néanmoins, une diversification énergétique basée sur d'autres stratégies (nucléaire, éoliens, ports méthaniers) pourrait assurer une meilleure disponibilité. Cette diversification nécessite de faire preuve de vision et de leadership afin d'assumer les risques et les conséquences y afférant.
Par rapport à la production de saule, M. Allard a essayé d'apaiser les inquiétudes de certains auditeurs par rapport aux limites géographiques de production potentielle et de compétition éventuelle avec les terres agricoles.
En effet, il précise que la culture est pratiquée en Suède (plus au nord que le Québec en termes d'altitude) et elle se retrouve jusqu'en Abitibi Témiscaminque et au Saguenay. Selon lui, de grands espaces inexploités existent au Québec et on n'aurait pas besoin de toucher aux terres agricoles au profit de cette culture.
Il a également évoqué le cas de l'Europe où il existe des mesures incitatives (subventions relativement importantes) pour certains programmes relatifs aux changements climatiques ou à la promotion d'énergie renouvelable notamment pour fixer ou déplacer du carbone.
Quand on pense à l'éthanol produit avec du maïs, peut-on pour autant dire que les biocarburants constituent une mauvaise option? Le recours à certains types de biocarburants pourrait effectivement avoir certains inconvénients, notamment une augmentation des coûts des produits agricoles ou alimentaires (dont les principaux bénéficiaires sont en réalité les grandes chaînes alimentaires ou de distribution). Mais, M. Allard estime que le biocarburant est un mal nécessaire pour plusieurs raisons. D'abord, le statu quo ne peut être une solution d'avenir pour le Québec. De plus, ici au pays, les surproductions se traduisent par des exportations agricoles tandis que les différentes subventions s'opposent pratiquement à la diversification des productions. Enfin, il faut préciser qu'au delà de la production de biocarburant, le saule peut aussi être planté en vue de filtrer les eaux (fonction épuratrice) ou pour ériger des haies (brise-vent, murs antibruit). Cette production pourrait donc avoir des bénéfices environnementaux en plus des avantages économiques ou des impacts réels sous forme d'emplois locaux au niveau du monde rural. C'est pourquoi, dans une perspective d'avenir, des efforts de recherche doivent être faits en vue de rendre l'activité économiquement rentable afin d'attirer davantage de partenaires particulièrement ceux du secteur privé. Ce serait un devoir pour le Québec de combler rapidement son retard en matière de promotion ou de développement d'énergie propre renouvelable et cela en conformité avec sa politique d'ouverture sur le développement durable. Pour M. Allard, il ne faut pas oublier que le Québec importe du pétrole et du gaz.
Le gaz naturel ou le méthane?
Certains séminaristes ont émis des inquiétudes sur le projet de ports méthaniers de Rabaska et l'utilisation du méthane pour l'exploitation pétrolière en Alberta. Les risques évoqués concerneraient surtout les impacts environnementaux, la dépendance énergétique, les coûts élevés, l'expulsion des résidants se trouvant dans la zone d'exclusion. Le Canada est en réalité un exportateur de gaz naturel principalement en direction des États-Unis et il semblerait que les accords de l'ALENA (Accord de Libre Échange Nord Américain) font qu'une partie de cet approvisionnement extérieur ne pourrait pas être redirigée vers certaines provinces canadiennes comme le Québec.
M. Allard soutient que le marché du gaz naturel est très volatil (prix multiplié par deux avec l'ouragan Katrina) sans compter qu'il faut importer le produit notamment de Russie. Or, le gaz vendu en Europe par la société russe Gazprom coûte deux fois plus cher qu'ici, ce qui doit donner à réfléchir et à envisager peut-être d'autres types d'énergie notamment l'énergie éolienne.
L'énergie éolienne ?
M. Michaud a également exposé le cas d'un projet d'éolien impliquant le territoire d'Amqui dans la recherche d'un axe de développement d`énergie renouvelable.
Ce projet mobilise plusieurs promoteurs, notamment la coopérative et l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), qui a décidé de monter un dossier et de proposer une à Hydro-Québec. La MRC est favorable à ce projet qui a encore néanmoins une longue route devant elle. Des étapes comme la campagne de financement, convaincre les élus locaux (de par leurs capacités financières et politiques appréciables) d'embarquer dans le projet et la lecture sociale de celui-ci. Mais déjà, des avantages tangibles sont à noter en termes de capitalisation d'expériences (renforcement des capacités locales) et de dynamisation de la cohésion des acteurs face aux défis. Dans un premier temps, six (6) poteaux éoliens seront érigés et 17 municipalités sur 18 sont d'accord avec le projet au niveau de la région de Matapédia. Si le projet obtient d'HYDRO-QUÉBEC le contrat, il va falloir chercher une souscription populaire pour continuer cette initiative qui vise actuellement la clientèle locale. Un opérateur pourrait s'avérer précieux pour rentabiliser et étendre l'opération pour le bien-être des populations rurales locales.
Au-delà de ces différents types d'énergie, les séminaristes ont également abordé d'autres formes d'énergie encore relativement méconnues au Canada comme la géothermie et les thermopompes.
La géothermie et les thermopompes?
Répondant à des questions posées pas l'assistance, M. Lacroix affirme qu'à l'heure actuelle, la géothermie n'est pas concevable au Québec en raison essentiellement des coûts élevés (canalisations et tuyauteries). Cependant, Mme Chloé Legris soutient qu'il existe un programme de développement et une structure chargée de favoriser l'implantation de la géothermie dans les prochaines années. Et certains intervenants pensent plutôt que cette possibilité n'est pas encouragée simplement parce qu'elle constitue une menace pour les compagnies d'électricité vu que le consommateur sera libre ou indépendant par rapport à celles-ci. Au sujet des thermopompes, M. Lacroix ne trouve pas logique que nous continuions depuis 80 ans à utiliser des frigos industriels pour chauffer nos maisons. Compte tenu du rendement énergétique élevé des thermopompes, pourquoi ne pas les utiliser alors comme aux États-Unis?
En dehors des aspects de production énergétique, les préoccupations des participants ont porté sur les implications réelles de la crise énergétique au niveau du monde rural : l'importance de l'énergie pour le bien-être des populations, le degré d'engagement du politique, l'adéquation de la règlementation, etc.
Importance de l'énergie pour les populations
M. Lacroix fait remarquer que le classement des pays sur la base de l'Indice de Développement Humain (IDH) du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) montre qu'au-delà des indicateurs utilisés (PIB, santé/longévité et éducation), une meilleure maîtrise de l'approvisionnement en énergie se remarque au niveau des vingt (20) premiers pays. Bien que le Canada soit bien placé au niveau de ces pays, ce rang cache une disparité intra provinciale et la précarité relative de la disponibilité énergétique comme en témoigne la crise du verglas au Québec en 1998. En effet, un système basé pratiquement sur un seul type d'énergie (hydroélectricité) a mis en lumière la vulnérabilité de la province face à certaines situations.
Dans le monde, environ 4 milliards de personnes sont sans électricité; pourtant la consommation individuelle (kWh/hbt/j) d'électricité ne fait qu'augmenter avec des gaspillages certains dans les pays développés notamment au Québec. De 2 kWh il y a environ un millier d'années, en passant par 12 kWh avec l'avènement de l'agriculture, l'humanité à l'ère technologique était déjà en 1971 à 230 kWh/hbt/j. Face à cette situation, le monde doit se tourner vers une meilleure maîtrise de l'énergie ou une politique efficace d'économie d'énergie (telle que suggérée par Mme Chloé Legris). En fait, la maîtrise de l'énergie passe par plusieurs étapes : scientifique, technologique, économique, sociale, environnementale et politique. De plus, il ne faut pas imaginer que toute nouvelle technologie est forcement synonyme de progrès humain.
Au regard de la tendance historique cherchant à réduire indéfiniment, lors de la combustion de produits divers (bois, charbon, hydrocarbure, nucléaire, etc.), le nombre d'atomes de carbone par rapport a celui de l'hydrogène (C/H), ne cherche-t-on pas une solution technologique à un problème social?
Plusieurs intervenants ont aussi souligné l'importance de l'engagement politique pour arriver à des solutions concrètes au niveau du monde rural de plus en plus confronté à des difficultés liées à la crise pétrolière (ex : déplacements plus coûteux). En Belgique, M. Allard indique que les propriétaires de panneaux solaires (avec des systèmes photovoltaïques) sont autorisés à revendre leur production d'électricité en cas de besoin. Selon M. Lacroix, cela serait entre autres favorisé par la forte densité de population dans ce pays contrairement au Québec bien que beaucoup y voient plutôt un signe de bonne volonté politique.
En France aussi, les agriculteurs sont autorisés à produire du biodiesel pour eux-mêmes et ils disposent pour cela d'équipements individuels.
Ces exemples ont incité certains à proposer même de fractionner les solutions afin qu'elles soient aussi bien individuelles que communautaires à l'instar des pratiques d'économie d'énergie développés par Mme Chloé Legris du laboratoire ASTROLAB du Mont-Mégantic.
L'économie d'énergie
L'intervention de Mme Chloé Legris a porté sur le « Projet de lutte contre la pollution lumineuse dans la région du Mont-Mégantic ». En effet, la pollution lumineuse enregistrée à l'Observatoire du Mont-Mégantic (OMM) et à ses alentours ne faisait qu'augmenter au fil des années. Il devenait de plus en plus difficile d'observer le ciel et les étoiles à partir des zones habitées du fait de la lumière excessive émise la nuit à partir de différentes activités humaines (mobilier urbain, industries, commerces, etc.). La lumière générée par ces éclairages (souvent mal conçus et mal utilisés comme partout au Québec), est alors réfléchie vers la terre augmentant la brillance du ciel et rendant les étoiles moins visibles. Cela a donc un impact négatif significatif sur la recherche astronomique au niveau de ce site.
La lutte contre la pollution lumineuse dans la zone du Mont-Mégantic, en plus de pérenniser la recherche astronomique au Canada, contribue à la satisfaction des visiteurs de l'Observatoire grâce à une meilleure observation du ciel ou de l'Univers qui nous entoure. Les points saillants de départ de ce projet ont donc plusieurs dimensions : la recherche astronomique, le tourisme, l'éducation et l'économie d'énergie.
Le contexte formel du projet est d'autant plus favorable que la nouvelle charte sur le patrimoine paysager de l'Estrie reconnait « le ciel étoilé comme un bien et un patrimoine scientifique, environnemental et paysager : il doit à ce titre être protégé de la pollution lumineuse ».
Depuis 2003, le projet de lutte contre la pollution lumineuse est piloté par le laboratoire ASTROLAB et pour ce faire le parc national du Mont-Mégantic s'est associé au départ à une quinzaine de municipalités de la région de Sherbrooke avec un objectif initial de réduction de la pollution lumineuse d'environ 25 %. Le projet a surtout mis l'accent sur trois volets : la sensibilisation des populations environnantes, la réglementation et la conversion des dispositifs d'éclairage.
La sensibilisation et la consultation ont permis au projet de bénéficier de l'appui des populations locales ainsi que de celui de plusieurs autres acteurs (intervenants et organismes locaux, régionaux et nationaux).
La réglementation et la conversion des dispositifs d'éclairage concernent certains territoires d'intervention prioritaires qui s'étendent sur 34 municipalités. Le règlement adopté par ces municipalités vise à réduire l'éclairage selon diverses stratégies principalement par l'interdiction d'utiliser des ampoules au mercure, la diminution de l'intensité de certaines ampoules et la réduction de la durée d'éclairage.
Pour illustrer ses propos, Mme Chloé Legris a procédé à la projection de plusieurs images comparatives (sans et avec le projet) prises la nuit et qui démontrent l'amélioration de l'éclairage au niveau de certains bâtiments et de certaines rues avec l'intervention du projet. L'intensité des ampoules avait été abaissée au niveau des rues et des bâtiments. Au niveau de plusieurs municipalités, les rues sont passées ainsi à 70 w au lieu de 150w.
On constate alors que le ciel n'est plus intensément éclairé comme auparavant et il devenait donc facilement observable. Mme Legris a toutefois, reconnu que de telles interventions nécessitent un appui financier et des subventions sont prévues à cet effet. Le programme de conversion de l'éclairage public et privé qu'elle a mis en place (dont le budget actuel est d'environ 1,5 million de dollars) est financé par plusieurs organismes (le parc national du Mont-Mégantic, l'Observatoire du Mont-Mégantic, les universités de Laval, de Montréal et de McGill, la Conférence Régionale des Élus de l'Estrie, Hydro-Québec, et l'Office de l'efficacité énergétique du Canada).
En dépit de cela, Mme Legris avoue que c'est un grand défi que d'appliquer ce règlement qui reste néanmoins un outil et un moyen d'intervention fort utiles. Son acceptation et son application nécessitent beaucoup de sensibilisation tout comme il serait souhaitable d'avoir un consensus au niveau de tous les acteurs concernés (les populations, les électriciens, etc.).
Grâce aux efforts du « Projet de lutte contre la pollution lumineuse dans la région du Mont-Mégantic », l'Observatoire du Mont-Mégantic et sa zone protégée sont devenues la première « réserve de ciel étoilé en zone habitée » reconnue mondialement en particulier par l'UNESCO qui en fait d'ailleurs un patrimoine mondial pour la science qui mérite d'être protégé et conservé pour les générations futures.
Cette réserve de ciel étoilé, qui est une première internationale et un projet précurseur au Québec, constitue assurément une zone de démonstration d'efficacité énergétique ou d'économie d'énergie. |
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| 15e conférence nationale de Solidarité rurale du Québec - 27, 28 et 29 février 2008 |
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