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Textes et résumés disponibles
Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux
Francis Allard
Président d’Agro Énergie
Partir ou rester : la localisation des entreprises dans la mondialisation
Marcos Ancelovici
Professeur adjoint du département de sociologie de l’Université McGill
Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ?
Jules Arsenault
Ex-recteur de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Chambardements climatiques : planifier la réplique
Joël Arseneau
Maire des Îles-de-la-Madeleine
Atelier 5 - Connectivité des territoires entre la fracture numérique et les usages innovateurs
Ginette Bellavance
Directrice des Productions Point de vue à St-Adrien
Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ?
Louis Bernard
Ancien haut fonctionnaire
Atelier 5 - Connectivité des territoires entre la fracture numérique et les usages innovateurs
Jean-Paul Bleau
Fondateur de Communautel
Changements climatiques : survol de la science enjeux impacts adaptation
Alain Bourque
Directeur « Impacts et adaptation », Ouranos
La région de Montmagny et son développement économique: négocier le virage
Nathalie Cloutier
Directrice générale, CLD de la MRC de Montmagny
La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ?
Geneviève Colombani-Lachapelle
Militante
La culture sous l'angle de l'innovation
Andrée Daigle
Directrice du réseau « Les Arts et la Ville »
L'aventure des Marsouineries à l'Isle-aux-Coudres
Caroline Desbiens
Auteure, compositeure, interprète et porte-parole de l’événement culturel « Les marsouineries »
La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ?
Jacques Dufresne
Philosophe, éditeur de L'Encyclopédie de L'Agora sur Internet
Le village face à la convergence des médias
Gilles Gagné
Journaliste pigiste en Gaspésie
Identité et culture moteurs de reconversion économique
Xavier Greffe
Professeur de sciences économiques (économie des arts et des médias) à l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne)
La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ?
Fatima Houda-Pépin
Députée et première vice-présidente de l’Assemblée nationale
Villes et villages : un territoire en partage une occupation nécessaire
Jean-Paul L'Allier
Ex-maire de Québec et professeur invité à l’École supérieure d’aménagement du territoire et dudéveloppement régional de l’Université Laval
Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux
Marcel Lacroix
Professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke
Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux
Chloé Legris
Chargée de projet pour la lutte contre la pollution lumineuse
Atelier 3 - Énergie : avantage compétitif des territoires ruraux
Antonin Michaud
Commissaire industriel à la Ville d'Amqui
Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ?
Roger Nicolet
Préfet MRC de Memphrémagog M.Sc.
Allocution de Mme Nathalie Normandeau ministre des Affaires municipales et des Régions
Nathalie Normandeau
Députée de Bonaventure, vice-première ministre, ministre des Affaires municipales et des Régions
L'attractivité territoriale et l'entrepeneurship
Martin Ouellet
Directeur général de KISIS, entreprise de thermo transformation du bois Dolbeau-Mistassini
Allocution de l'honorable Christian Paradis
Christian Paradis
Député de Mégantic et secrétaire d’État à l’Agriculture
Atelier 5 - Connectivité des territoires entre la fracture numérique et les usages innovateurs
Paul Prévost
Directeur scientifique du CEFRIO (Centre francophone d’informatisation des organisations)
La réplique une affaire de structures de stratégies ou de citoyens ?
Jacques Proulx
Président de Solidarité rurale du Québec
L'entrepreneuriat local pour stimuler le développement des territoires
Nathaly Riverin
Directrice du Centre de vigie et de recherche sur la culture entrepreneuriale de la Fondation del’entrepreneurship
Réformer la gouvernance des territoires par le haut ou par le bas ?
Thierry Rodon
Professeur associé, School of Public Policy and Administration, Carleton University, Département de science politique, Université Laval.
Le village face à la convergence des médias
Alain Saulnier
Directeur général des services français de l’information à Radio-Canada
Le village face à la convergence des médias
Florian Sauvageau
Professeur à l’Université Laval et directeur du Centre d’études sur les médias
Le village face à la convergence des médias
Nathalie Verge
Secrétaire générale du Conseil de presse du Québec
L'histoire du développement culturel de Saint-Jean-Port-Joli
Marie-Hélène Viau
Agente de communication et conseillère culturelle, CLD de la MRC de L’Islet
Améliorer la capacité d'adaptation des communautés rurales canadiennes face aux incertitudes de l'avenir
Maureen Woodrow
Directrice exécutive du Réseau de recherche sur la gestion des Océans, Université d’Ottawa

Compte-rendu de l'atelier
Atelier 5 - Connectivité des territoires, entre la fracture numérique et les usages innovateurs
L’innovation au village par la connectivité
Animateur : Karl Lussier
Secrétaire : Mamadou Dicko Baldé


Panélistes
Paul Prévost
Paul Prévost est directeur scientifique au CEFRIO et professeur associé à la Faculté d’administration de l’Université deSherbrooke. Il donne actuellement des cours de développement local et de méthodologie de la recherche, à la maîtriseet au doctorat. Monsieur Prévost a enseigné dans plusieurs universités au Canada et à l’étranger. Il est auteur et coauteurde plusieurs livres et articles en gestion et en développement local. Il participe aussi à plusieurs conseils d’administrationet agit comme consultant autant dans l’entreprise coopérative, privée que publique.
Jean-Paul Bleau
Jean-Paul Bleau a une longue expérience du domaine de l’informatique. Au fil des ans, il a tour à tour conçu des logiciels,des réseaux pour de grandes organisations et lancé son entreprise en fabrication d’ordinateurs et de logiciels. Il estégalement le fondateur de Communautel, société sans but lucratif qui cherche à rendre disponible Internet haute vitesseaux citoyens du monde rural qui n’y ont pas accès.
Ginette Bellavance
Jean-Paul Bleau a une longue expérience du domaine de l’informatique. Au fil des ans, il a tour à tour conçu des logiciels,des réseaux pour de grandes organisations et lancé son entreprise en fabrication d’ordinateurs et de logiciels. Il estégalement le fondateur de Communautel, société sans but lucratif qui cherche à rendre disponible Internet haute vitesseaux citoyens du monde rural qui n’y ont pas accès.
 
 
La fracture numérique est une réalité persistante pour les territoires étendus du Québec. Les moyens de communication, dont Internet haute vitesse, sont de nos jours essentiels pour faciliter l'accès à l'information, pour les individus et pour les organisations aussi bien dans les secteurs traditionnels que dans la nouvelle économie. Les moyens techniques sont possibles pour réduire la fracture numérique mais le marché à lui seul ne peut combler l'écart. L'atelier offre l'occasion d'échanger sur les possibilités et les alternatives en matière de connectivité, ainsi que sur les usages innovateurs pour les communautés rurales.

Deux des trois panélistes participant à cet atelier, Ginette Bellavance et Jean-Paul Bleau ont bien voulu partager leur expérience et les difficultés rencontrées en zone rurale pour avoir accès à Internet haute vitesse. Paul Prévost a présenté les résultats des études menées par le CEFRIO sur l'état de la situation et les enjeux de la connectivité dans les territoires ruraux. Il précise que l'infrastructure de l'Interne, tout comme le réseau électrique ou téléphonique entraîne de profonds changements économiques, sociaux et politiques. Il apparaît dans l'intervention des trois participants que l'accès à Internet haute vitesse dans les collectivités rurales est un atout majeur qui a un impact significatif dans leur développement. Cependant, les présentations et témoignages des différents participants montrent clairement qu'il y a encore des défis à relever pour permettre aux citoyens des municipalités rurales de profiter davantage des multiples potentialités offertes par Internet.

Situation de l'Internet au Québec
Depuis le début des années 2000, Internet est devenu un outil essentiel pour les PME, les municipalités, les commissions scolaires, les travailleurs autonomes et les ménages du Québec.

Selon NETPME 2006 (CEFRIO), 84% des PME Québécoises sont branchées et 73% ont accès à la haute vitesse. La présence des PME sur le Web leur offre plusieurs usages en termes :
  • de développement de site web, pour : offrir des l'information sur les produits; mettre en ligne un catalogue; offrir des transactions en ligne; assurer un service à la clientèle (support technique et un service après vente); etc.
  • d'affaires électroniques, pour : échanger de l'information avec les partenaires; effectuer des achats en ligne; assurer une veille concurrentielle; repérer des opportunités d'affaires; etc.

Selon NETendance (décembre, 2007) publié par le CEFRIO, en 2007, 71,7% des Québécois sont branchés à Internet et 59,3% sont connectés à la haute vitesse. L'usage d'Internet dans les ménages est très diversifié. Ainsi les adultes : 27,8% sont abonnés à une liste d'envoi ou à un bulletin électronique envoyé par courriel; 54,5% utilisent d'abord un moteur de recherche pour chercher des informations sur un programme, un service, une loi ou une réglementation du gouvernement du Québec; 64,1% communiquent sur courriel; 30,4% discutent en direct sur Internet en mode texte (chat); 28,3% écoutent ou téléchargent de la musique sur Internet; 19,6% visionnent ou téléchargent des vidéos sur Internet; etc.

En ce qui concerne les municipalités, les résultats du CEFRIO (2006), montrent que le nombre de municipalités au Québec ayant un site Web actif est passé de 26,5% en 2002 à 45,3% en 2006. Les éléments les plus fréquents sur les sites municipaux du Québec en 2006 sont : l'historique de la Ville; la liste des membres du conseil municipal; les cartes géographiques; les services culturels et récréatifs; les services touristiques; des hyperliens vers des organismes de nature sociale, culturelle et communautaire; des hyperliens vers des organisations privées; l'agenda des événements, des nouveautés et des actualités; les coordonnées des services de sécurité publique et incendie; les services et règlements municipaux (urbanisme et autre).

Depuis 2004, les sites municipaux au Québec offrent de plus en plus d'éléments associés à la vie démocratique. Les plus populaires sont : les publications et rapports téléchargeables (40,1%); les procès-verbaux des réunions du conseil municipal (34,4%). Cependant, les sondages, les consultations publiques et les diffusions des réunions se font toujours très rares. Selon (Prévost, 2008), aucune municipalité n'offre les possibilités suivantes : débats en direct; le paiement en direct par carte de débit ou visa; de commander un permis de manifestation ou d'alcool; etc.

Les chercheurs établis dans les universités en régions ont également bénéficié du développement des TIC. Ils ne sont plus obligés de descendre à Québec, Montréal ou Ottawa pour collecter les données physiquement. Leurs conditions de travail actuelles permettent d'affirmer que les TIC ont désenclavé les régions, coupé la distance. Elles permettent également un accès aux savoirs en temps réel sans aucune limite géographique.

Enfin, Paul Prévost précise qu'il est généralement admis que les collectivités et les personnes qui tardent à accéder à l'Internet, à l'adopter et à l'utiliser efficacement, risquent d'être moins concurrentielles et moins au fait des grands courants de la société. Internet est devenu à la fois un important outil et un levier de développement économique surtout pour les municipalités rurales très éloignées des grands centres urbains.

Principaux enjeux de la connectivité dans les territoires ruraux
Comme le téléphone, l'électricité ou les routes, les TIC et Internet sont désormais des outils incontournables et font partie en quelque sorte du domaine des prérequis du développement des collectivités rurales. Les MRC peuvent difficilement garder et attirer des entreprises et des familles si elles n'ont pas accès à Internet.

Internet, n'est pas seulement une connexion, mais c'est aussi la possibilité d'échanger, de débattre, de vendre, d'être relié en permanence au reste du monde, etc. Par exemple, actuellement on n'organise pas un voyage sans aller voir sur Internet pour profiter des meilleures offres et pour éviter les surprises. Les portails web offrent de plus en plus de contenus très diversifiés pour informer les personnes sur tous les sujets.

Selon Paul Prévost (CEFRIO, 2008), la problématique d'Internet dans les zones rurales du Québec se pose d'une part, en termes de problème de connectivité et d'autre part, en terme de problème de contenu.

La fracture numérique continue de s'accentuer au Québec entre zones rurales et zones urbaines. En effet, même si l'accès à Internet s'accélère dans les zones rurales du Québec, la progression est encore plus rapide dans les zones urbaines. Cette situation qui est vécue autant aux États-Unis qu'au Canada est engendrée par la disponibilité de la large bande (fibre optique) et aux politiques en matière de connectivité dans les collectivités rurales

L'accès à la haute vitesse multiplie le potentiel d'utilisation de l'Internet, allant des activités de développement économique, commerciales, éducatives, de santé, au renforcement de la vie démocratiques, sociale et culturelle. Internet facilite le réseautage et l'utilisation de nouveaux modes de communication.

Ainsi au niveau du contenu, les sites Web municipaux se sont beaucoup améliorés ces dernières années. En général, le portail Web municipal au Québec offre les informations suivantes :
  • la présentation générales de la ville;
  • la vie démocratique locale;
  • les services municipaux;
  • le plan de développement local;
  • la politique d'occupation du territoire;
  • le réseautage citoyen;
  • l'économie locale;
  • la vie communautaire;
  • etc.

Par ailleurs des études ont montré qu'au début, se sont les personnes du 3e âges (pour cibler les spéciaux pour organiser des achats en groupe) et les églises qui ont été à base de l'augmentation de l'utilisation courante de l'Internet. Aujourd'hui, plusieurs types de contenus et d'expériences sont développés pour attirer différentes catégories d'internautes. Par exemple, l'émission de cuisine pour ados, «Bob le Chef» marche bien depuis le lancement de la capsule sur le Web, pour développer une offre commerciale spécifique.

Le nouveau défi des collectivités rurales, est de garantir le développement et l'amélioration simultanés de la connectivité et des contenus qui sont devenus indissociables.

À qui incombe la responsabilité de la connectivité des zones rurales?
Actuellement, les différentes compagnies de télécommunications ne semblent pas intéressées/ou pressées à déployer Internet haute vitesse dans les zones rurales, parce que cette action ne serait pas rentable immédiatement étant donné la faible densité de la population. Face à ce constat, le marché seul ne peut pas combler l'écart et/ou réduire la fracture numérique qui continue à croître entre les zones urbaines et rurales. Le marché de l'Internet Québec est d'abord l'affaire des grandes compagnies de télécommunication qui contrôlent l'infrastructure et les réseaux de distribution (antennes, fibre optique, etc.). Ces dernières sont beaucoup plus intéressées à développer leurs activités dans les zones urbaines où il y a une grande concentration de la demande de connexion à Internet haute vitesse qui leur assurent une rentabilité très élevée.

Dans certaines municipalités, des initiatives locales sont développées pour permettre à des organismes communautaires de fournir Internet haute vitesse aux entreprises et à la population.

Le gouvernement du Québec appuyé par le fédéral a mis en place un programme «Villes et villages branchés» qui permet aux écoles et aux municipalités d'être connectées à Internet. Actuellement, certains acteurs locaux affirment que la fibre optique déployée dans le cadre de ce programme, dépasse largement la capacité d'utilisation des principaux bénéficiaires, mais les autres acteurs de l'économie locale n'y ont pas accès malgré leurs demandes.

L'existence de cette infrastructure qui est mis en place par le gouvernement du Québec (MAMR) donne une opportunité de développement d'initiatives locales pour mettre en place de micro- entreprises communautaires (coopératives, OSBL, etc.) pour offrir l'accès à Internet aux citoyens à faibles coûts. Mais actuellement, certains élus des MRC sont hostiles à cette alternative et n'appuient pas sincèrement cette vision.

La situation est telle que, la responsabilité de la connectivité des territoires ruraux n'incombe pas à un acteur. Toutes les parties prenantes doivent faire preuve d'imagination pour assurer un meilleurs accès à Internet haute vitesse aux collectivités rurales. Les technologies pour remplir cette mission existent, les trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal), les entreprises et les citoyens doivent travailler en commun pour d'une part, maximiser le potentiel d'utilisation des infrastructures déjà disponibles dans certaines zones rurales et d'autre part, améliorer la couverture des zones déficitaires en favorisant l'émergence et le développement d'organismes communautaires pour fournir Internet. Cependant, afin de développer Internet haute vitesse dans les zones rurales, le gouvernement provincial devra intervenir comme dans le cas de l'électrification et de la téléphonie rurale pour faire avancer les choses.

Contraintes rencontrées sur le terrain
Les témoignages présentés par M. Bleau et Mme Bellavance montrent les difficultés rencontrées par les organismes communautaires locaux opérateurs d'Internet et l'utilité d'Internet haute vitesse pour entreprises et les travailleurs autonomes qui s'installent en campagne. Avec l'installation de la fibre optique en région par Bell, M. Bleau croyait qu'il serait facile d'offrir Internet haute vitesse aux citoyens de la MRC des Hautes-Laurentides. Après avoir pris contact avec Bell qui contrôle le marché, il a reçu beaucoup de promesses, mais aucune ouverture possible.

Malgré la disponibilité de la fibre optique financée par le gouvernement dans la MRC Antoine-Labelle et qui permet à tous les édifices municipaux et les écoles d'avoir accès à Internet haute vitesse, les citoyens de la MRC ne peuvent pas en profiter à cause de la grande réticence de certains élus municipaux et du lobbying entretenu par les grandes compagnies qui distribuent Internet.

Grâce au projet pilote réalisé en partenariat avec l'UQBM, plusieurs citoyens se sont regroupés pour mettre en commun leur expérience. Cette forte mobilisation a permis à la municipalité de donner son aval pour l'utilisation de la tour de l'Hôtel de Ville. Ainsi avec un budget de 15 000$ le projet a mis en place l'infrastructure pour offrir l'ADSL aux populations qui désirent être connectées à faibles coûts.

Ces actions sont soutenues par des citoyens, à partir du bénévolat. Cependant, l'accélération du processus de connexion à l'ADSL et l'amélioration de la rentabilité du projet reposent sur le renforcement de la structure du projet et sur la création d'emplois durables. Les initiateurs du projet ont créé un OSBL qui a réalisé des activités de Recherche-développement, des tests sur les solutions retenues, de la sensibilisation pour faire connaître le projet et de la formation aux populations des municipalités qui souhaitent adhérer au projet, etc. Finalement, après une profonde sensibilisation, les 17 municipalités de la MRC ont embarqué dans le projet.

Monsieur Bleau précise que pour avoir accès à l'ADSL fourni par Communautel, le client doit payer:
  • 200$ pour l'achat de ses équipements (antenne pour réceptionner le signal);
  • 200$ pour l'installation de ses équipements;
  • 25$ /mois pour avoir accès à 2 ou 3 mbits et à tout le soutien technique nécessaire.

Le projet prévoit à court terme (d'ici 6 mois), brancher au moins un millier de personnes, et si la mobilisation continue , 2 à 3 mille personnes pourront être branchées d'ici un an. Cependant, comme la connexion n'est pas assurée par une fibre optique, Communautel ne peut pas garantir à ses clients une vitesse de trafic fixe 24h/24. Néanmoins, le client a au moins 512 ko et plus selon les pointes de trafic dans la journée. Les 400$ investis (coût des équipements, et installations) sont amortis à court terme.

Par ailleurs, M. Bleau confirme que « pour apporter les changements nécessaires, un OSBL a besoin d'être écouté et soutenu par les élus locaux ». Au démarrage, Communautel n'a pas eu le soutien de la MRC, qui n'a pas jugé opportun de porter attention à un projet initié par un groupe de six (6) citoyens.

Les principales contraintes rencontrées par Communautel dans son développement sont le manque d'écoute qui renforce la réticence de certains élus et le lobbying mené par d'autres élus pour le compte des grandes compagnies. Selon M. Bleau, «dans les petites collectivités, le lobbying est très néfaste pour les organismes communautaires. Le lobbying = patronage = corruption».

En zones rurales, le WIFI vient concurrencer Bell et les autres joueurs. Avec cette technologie, les tarifs de la haute vitesse deviennent beaucoup plus abordables que ceux proposés par les grandes compagnies. Ces dernières n'hésitent pas faire une mauvaise publicité aux organismes communautaires qui proposent des innovations locales et un accès à un bon service à meilleur prix. Actuellement, malgré la présence de la fibre optique dans la MRC, les petits opérateurs communautaires n'ont pas la possibilité d'en profiter pour des raisons politiques.

D'après M. Bleau, «les municipalités veulent que leurs populations aient accès à l'ADSL, mais la MRC bloque encore le processus». Cette situation montre que le problème d'accès à Internet haute vitesse dans les zones rurales est souvent lié à un manque de volonté politique des MRC.

Cependant, il faut reconnaître que les collectivités rurales bénéficient d'une aide significative du MAMR. Pour améliorer la connectivité en zones rurales, les MRC doivent porter une grande attention (bonne écoute), lutter contre le lobbying, et s'ouvrir aux solutions et aux innovations des organismes locaux.

Les maires doivent être sensibilisés afin d'être beaucoup plus attentifs aux besoins des citoyens. Les MRC et le MAMR doivent d'une part, garantir l'utilisation de la large bande aux profits des citoyens et d'autre part, permettre au RISQ d'avoir accès à la fibre optique pour donner la possibilité aux OSBL de fournir Internet haute vitesse aux populations rurales.

Le témoignage de Mme Bellavance permet de comprendre les difficultés rencontrées par les professionnels qui ont fait le choix de s'installer en zone rurale et y mener leurs activités. Ces derniers ont un besoin ardent d'avoir accès à Internet haute vitesse pour travailler. Dans certains domaines, tels que le cinéma, la radio, la composition de musique de film, les professionnels ont besoin de la large bande pour être opérationnels, comme en témoigne Mme Bellavance,.

En décidant d'installer ses studios à St-Adrien, Les Productions Point de vue se sont vite confrontées à la réalité des zones rurales avec l'absence d'Internet haute vitesse. Les Productions Point de vue œuvrent dans la composition de musique de film et produisent des émissions de Radio. Cependant, pour rester en contact permanent avec ses collaborateurs et clients qui se trouvent dans différents coins du globe, les Productions Point de Vue ont besoin d'une connexion Internet haute vitesse pour envoyer et réceptionner des fichiers audio et vidéo. Dans ce type d'industrie, il faut toujours réagir très rapidement aux demandes des clients pour gagner leur confiance et pour les garder.

Ainsi, pour opérer à partir de St-Adrien, les Productions Point de Vue étaient obligées de faire affaires avec une compagnie qui fournit Internet par satellite. Pour recevoir le signal, ils ont investi 1000$ pour installer les équipements, et payent 400$ /mois pour une connexion qui s'est avérée ne pas être de la haute vitesse, ni une connexion dédiée parce que le transfert de certains fichiers pose problèmes.

Cette expérience montre que l'installation de la fibre optique est très importante pour convaincre les PME et les travailleurs autonomes et même les familles, à s'installer en zone rurale.

Perspectives pour améliorer la connectivité des territoires ruraux
Il y a plusieurs facteurs intangibles qui complexifient la connectivité des territoires ruraux. Il y des succès qui sont enregistrés par certaines municipalités à l'image de Nouvelle en Gaspésie qui peut servir de modèle pour plusieurs autres MRC.

Certaines municipalités comme Saint-Joachim de Shefford ont entrepris des démarches avec un fournisseur (Coop Tel), pour sécuriser les réseaux de la commission scolaire et de la mairie et pour fournir Internet à plus de 200 familles qui sont prêtes à avoir la haute vitesse. Mais la demande, introduite auprès du MAMR, traîne encore.

D'autres initiatives apparaissent dans les régions. Par exemple, la CRÉ de l'Estrie qui compte plus de 25% de sa population n'ayant pas accès à Internet haute vitesse est entrain de mettre en œuvre un projet pour l'offrir à toutes les municipalités de l'Estrie. Dans ce cas, la CRÉ a pris le leadership de la connectivité. Elle a pris l'initiative pour faire une étude de faisabilité technique du projet. Les élus sont prêts à mettre l'argent du Pacte rural pour assurer la large bande aux 13 municipalités de la région. Les solutions sont à l'étude et le mode de gestion sera décidé après. Dès que la CRÉ donnera son aval pour continuer le projet, une étude d'ingénierie sera entamée pour fixer la meilleure position des tours pour qu'elles soient plus rentables.

Par ailleurs, il y a une grande disparité dans les MRC en ce qui concerne le développement de l'accès à Internet haute vitesse. Certaines sont déjà bien avancées et d'autres pas du tout. Face à cette dichotomie, il serait important de former un regroupement des MRC pour évaluer la situation globale et décider de ce qu'il y a à faire. Il faut reconnaître également que la fibre optique ne se rendra pas, à court terme, dans toutes les MRC. Cependant, le WiFi est une technologie performante et accessible à tous. Les coûts du WiFi peuvent facilement être supportés par les communautés.

En zone rurale la technologie du sans fil par micro ondes (WiFi) est une très bonne alternative pour offrir l'Internet aux citoyens. Cette technologie fonctionne avec l'installation d'antennes qui permettent de propager le signal à partir des bâtiments municipaux sur plusieurs km (en fonction des caractéristiques géographiques du site), ce qui permet aux citoyens munis d'équipements spécifiques (accès points) d'avoir accès à Internet. Cependant, certains participants affirment que dans certaines zones, le WiFi rencontre certaines difficultés techniques. D'autres se demandent pourquoi chacun ne peut pas avoir son antenne pour accéder à la haute vitesse comme il y a 30 ans avec les antennes de télévision.

La connectivité des collectivités rurales doit être un enjeu électoral, un objectif politique, tout le monde doit faire pression sur les élus locaux et sur le gouvernement, pour que la connectivité devienne un objectif politique pressant. Il n'y a pas de solution miracle, pour que le gouvernement s'investisse davantage dans la connectivité des zones rurales. Il faut que les citoyens se mobilisent pour poser une demande collective plus pressente que le lobbying qui s'occupe de leurs intérêts. Il faut qu'ils apprennent à faire pression sur les élus dans les MRC pour rendre leur demande « électoralement » rentable, pour être pris en compte par le provincial et le fédéral.

Le MAMR vient de mettre en ligne des informations sur les normes, les règlements et les façons de faire proposés par le gouvernement pour répondre aux besoins de branchement des collectivités rurales. Actuellement, le MAMR a une grande sensibilité pour débloquer du financement pour aller au-delà du branchement des hôtels de ville et des écoles. L'appel d'offre a été fait, mais c'est encore en majorité des entreprises privées qui se sont positionnées.

Le mouvement a commencé et la dynamique doit être soutenue. Cependant, plusieurs logiques existent. Dans certaines municipalités, les citoyens sont prêts à payer jusqu'à 55$ de plus dans leur compte de taxes pour avoir accès à Internet haute vitesse, d'autres veulent avoir le même service sans aucune implication financière (pour 0$).

Les MRC doivent faire preuve de beaucoup d'ingéniosité pour assurer une bonne couverture d'Internet haute vitesse dans les zones rurales. Il n'y a pas de solutions miracles valables pour toutes les MRC, il faut avancer au cas par cas. La technologie disponible actuellement sur le marché est diversifiée et peu répondre à tous les besoins.

Conclusion
Les sites Web évoluent très vite, mais ils n'arrivent pas encore à prendre en compte les éléments complexes. Cependant, la progression rapide qu'ils ont connue leur a permis de passer du descriptif au transactionnel. Maintenant, les portails web municipaux touchent de plus en plus la cyberdémocratie. En ce qui concerne la connectivité des collectivités rurales, certaines difficultés sont résolues, mais les défis sont encore importants.

De l'avis de tous, Intérêt haute vitesse est incontestablement devenu un outil de développement dont aucune collectivité rurale ne peut se priver. Il offre d'énormes potentialités et son utilité pour les collectivités rurales est multiple. C'est un outil qui permet facilement de faire:
  • la promotion du développement économique local (présenter les projets locaux, les plans de développement local, etc.);
  • la promotion touristique (attirer les villégiateurs, leur permettre de travailler à distance pour rester plus longtemps au chalet, etc.);
  • la promotion de la qualité de vie (activités sociales, culturelles, etc.)

Cependant, pour que les collectivités rurales profitent au maximum des potentialités de cet outil, le développement des portails WEB, doit suivre une courbe d'apprentissage croissante pour favoriser le partage d'expertises.

Il est très important de retenir qu'on est en face d'un bien social, le marché n'a pas intérêt et ne peut pas assurer la satisfaction de ce bien pour tous. Ainsi, pour relever le défi de la connectivité des territoires, toutes les parties prenantes doivent s'impliquer. Les citoyens doivent être les acteurs de leur propre développement, par exemple « Bob le chef », a pris des initiatives pour développer son réseau auprès des ados.

Tous les participants de l'atelier sont d'avis qu'il y a une variété d'intérêts et de solutions à promouvoir pour améliorer l'accessibilité d'Internet haute vitesse en région. Pour ce faire, toutes les parties prenantes (les MRC en particulier) doivent avoir un objectif commun pour favoriser la connectivité des collectivités locales. Dans ce contexte, il faut que toutes les MRC fassent une plus grande prise de conscience, participent à des colloques, développent des projets pilotes, partagent les bons coûts, gardent le contrôle des installations et fassent plus de pression sur le gouvernement. Si naturellement ça ne se passe pas comme prévu, il faut faire preuve de plus de leadership pour sensibiliser tous les élus sur les potentialités offertes par Internet haute vitesse. Par exemple, sur le développement socioéconomique et socioculturelle, sur la vie démocratique, sur les capacités d'apprentissage et d'innovation des collectivités locales, sur son impact sur la rétention et la création d'emplois bien rémunérés en région et sur la formation des jeunes, etc.

Cependant, pour réduire la fracture numérique, la problématique de la connectivité des zones rurales doit être posée en termes d'enjeux électoraux et de pressions politiques pour obliger les élus à prendre les initiatives nécessaires.

Des conseils pratiques sont mis en ligne dans le site du CEFRIO, sous forme d'un guide présenté comme un outil qui permet de faire le tour du sujet. Le document s'adresse aux petites municipalités.
15e conférence nationale de Solidarité rurale du Québec - 27, 28 et 29 février 2008