 |
ATELIER 4 - LA CULTURE, FACTEUR D'INNOVATION ET D'APPARTENANCE La contribution de la culture dans la transformation du village |
 |
 |
| La culture sous l'angle de l'innovation |
|
 |
 |
 |
 |
 |
Andrée Daigle Andrée Daigle travaille dans le champ du développement culturel depuis plus de quinze ans à titre de gestionnaire ou de
directrice artistique de projets et d’organisations. Après avoir oeuvré au sein de plusieurs événements et organisations
tels la Manifestation internationale d’art de Québec, le Centre d’exposition de Baie-Saint-Paul ou le Bureau des saisons
du Québec à l’étranger, elle dirige, depuis 2002, le réseau national « Les Arts et la Ville ». C’est au sein de cette organisation
qu’elle continue à promouvoir les arts et la culture comme leviers stratégiques de la qualité de vie, du développement et
du rayonnement des municipalités du Québec. |
|
 |
 |
[Résumé]
|
Dans cette conférence, Andrée Daigle se propose de montrer comment l'innovation artistique du milieu rural contribue à la vitalité de la culture québécoise. Elle aborde les défis de la création en milieu rural et souligne plusieurs solutions innovatrices au Québec et dans le monde. Enfin, elle montre la place de la culture et de l'innovation dans une perspective de développement collectif.
« Qu'est-ce que l'innovation ? C'est, dit-elle, apporter un changement dans notre façon d'être et d'agir ; innover c'est rechercher des mondes possibles plutôt que se contenter de ce qui est. » Or « l'innovation ne peut se déployer dans le néant, hors d'un contexte qui stimule l'imagination, la créativité et la connaissance de ce que nous sommes. » C'est ce contexte que crée la culture en plus de favoriser un milieu de vie dynamique, l'estime de soi de chaque citoyen, un bon capital social, une connaissance de l'héritage patrimonial et une identité collective forte. Depuis dix ans, on sent un fort mouvement d'affirmation culturelle des ruralités, affirme Mme Daigle qui cite différents exemples à travers le monde. Il existe des réseaux de villages littéraires qui ont réinventé leur économie à partir de l'économie du livre et la diffusion littéraire. Dans le Sud-ouest de la France, plusieurs villages possèdent leur résidence d'artiste. En Angleterre, on voit naître des biennales d'art contemporain réalisées en collaboration avec des agriculteurs : les farmers biennals. Au Japon, des biennales internationales ont été organisées dans le but de revitaliser des secteurs ruraux frappés par les changements économiques et les séismes.
« On parle de plus en plus en terme économique de la culture et je ne fais pas partie des puristes qui s'y opposent », affirme-t-elle. Cependant, l’apport de la culture « le plus important et paradoxalement le plus difficile à quantifier se manifeste dans le climat social quelle contribue à créer. (...) La culture crée un sentiment d'appartenance et de fierté qui favorise un esprit d'entreprise durable. » Par ailleurs, son apport à la qualité de vie est un facteur de développement essentiel dans une stratégie de promotion ou de « grande séduction » auprès des citoyens, industries, entreprises, professionnels et néo-ruraux. De nombreux exemples québécois illustrent ce potentiel, notamment la vieille usine de poisson de l'Anse-à-Beaufils en Gaspésie, reconvertie en centre culturel. Mentionnons aussi le Festival en chanson de Petite-Vallée dont le chiffre d'affaires s'élevait en 2006 à 1,25 million, sans compter les nombreuses retombées économiques pour le village. La Biennale Internationale du Lin de Portneuf dans la région de Québec est un autre exemple de structure d'accueil de spectacles, conférences, concours, représentations théâtrales et corvées collectives de même qu'en Estrie le Sentier poétique, la Maison de l'arbre et l'église-musée tous trois à Saint-Venant de Paquette . On peut citer encore le Festival du film de Saint-Séverin, le Festival de cinéma rural de Maniwaki, le Festival de la chanson de Tadoussac, les Correspondances d’Eastman, les Jardins sur la baie de Richmond et le travail de préservation des Beaux villages du Québec.
C'est l'ancrage dans les particularités locales qui rend ces initiatives singulières et uniques dans le paysage culturel québécois. C'est leur ouverture sur le monde, c'est la mobilisation citoyenne ainsi que le sentiment de fierté qu'elles suscitent. « En les voyant, on est plutôt confiant quant à l'avenir culturel de la ruralité et donc quant à la vitalité de la culture québécoise. »
Cependant, ce développement culturel fait face à des défis de taille tels que la faible densité démographique en regard de l'étendue du territoire, le manque d'infrastructures, le soutien à l'engagement bénévole et la conciliation des traditions et de la modernité. Ce dernier enjeu se révèle par exemple au sein du Symposium international d'art contemporain à Baie-Saint-Paul auquel quelques artistes locaux reprochent d'être « trop international et trop contemporain ». Un des obstacles est le fait que la culture comme vecteur de développement rencontre encore beaucoup d'opposition non seulement de la part des élus mais aussi des citoyens. Par exemple, le conseil municipal de Saint-Justin souhaiterait créer une bibliothèque publique dans un bâtiment abandonné de manière à attirer de nouvelles familles. Cependant des citoyens s'y opposent de peur de voir leur compte de taxes augmenter. En ce qui concerne la sensibilisation des élus et surtout des citoyens, il n'y a pas de recette magique mais il existe cependant des stratégies et des outils auxquels on peut recourir. C'est là une partie importante de la mission du « Réseau les arts et la ville » qui offre notamment aux élus, aux organisations et aux municipalités des outils tels qu'un centre de ressource, des guides pratiques, des opérations de communication publique, des concours, des histoires de cas de réussites, un colloque et des boîtes ressources.
Les conseils régionaux de la culture jouent également un rôle important sur ce plan, ainsi que d'autres organisations à l'échelle nationale et internationale. Comme exemple de projet de sensibilisation des citoyens, Mme Daigle cite les laboratoires artistiques de développement local organisés par le « Réseau les arts et la ville » en 2007. L'expérience consiste à inviter un artiste étranger à passer deux jours dans la communauté pour réfléchir à une question de développement local. On lui propose un itinéraire qu'il parcourt à l'affût de rencontres et d'impressions avant d’exposer ses photos, ses esquisses, ses observations et ses idées lors d'une rencontre publique avec les citoyens. Deux laboratoires ont été menés jusqu'ici dans des milieux ruraux, l'un à Saint-Didace au Québec et l'autre à Caraquet au Nouveau-Brunswick. Cette façon de mettre la créativité au service des élus autour d'une problématique non culturelle mais de développement local a été appréciée des citoyens. « Ils ont aimé entendre parler d'eux par quelqu'un qui venait de l'extérieur et aussi la possibilité de discuter avec leurs élus en dehors du conseil municipal. » Des comités de citoyens se sont formés pour donner suite aux idées générées par cette expérience.
La culture est donc un élément déclencheur de développement collectif par la sociabilité, la créativité, le sentiment de fierté et l'ouverture sur le monde qu'elle met en branle. En 2004, l'artiste Louisanne Nicole a expliqué pourquoi elle a choisi d'ouvrir une galerie dans une ancienne forge de son village natal, en Abitibi. Selon elle, la mentalité, l'ouverture d'esprit de la collectivité et la volonté des citoyens d'embellir leur municipalité créent un terreau favorable à son travail. Parfois, la culture au sein d'une communauté commence par des fleurs que les citoyens ont plantées pour mettre en valeur leur paysage! Au Québec, jusqu'en 1961, la culture relevait du ministère de l'Agriculture et de la Colonisation. Comme l'a fait remarquer Pierre Curzi : « On en rit quand on y pense parce qu'il est très facile de voir les artistes, les travailleurs culturels, les artisans, les porteurs et les porteuses de projets culturels comme des semeurs. Mais la relation n’est pas aussi liée au champ qu’on croit ! Ils sont semeurs d'idées, d'images, de mots, de couleurs, de sensibilité, de révolte, de réconfort, de réflexion et de changement. » Ce propos rejoint celui de Richard Séguin, parlant du Sentier poétique : « Nous voilà donc réunis trente autour de la table de la salle communautaire du village, avec des rires, du bonheur, des outils et des rêves. On prépare la place pour accueillir les mots des poètes. L’un connaît le secret des jardins, l’autre le passé de la pierre, l’un sait planter des arbres, l’autre possède le don de déplacer la terre. Rencontre concrète des forces vives de la région, des bras, du cœur, la connaissance des plantes, les dessins sur le coin de la table, le travail des femmes, des hommes et des enfants. » « Déchiffrer, planter, semer, marcher, planter, imaginer, voilà qui est une bonne image du développement culturel et de son apport au développement collectif », conclut Mme Daigle. |
 |
 |
 |
 |
|
|  |