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| TABLE RONDE D'OUVERTURE |
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| La réplique, une affaire de structures, de stratégies ou de citoyens ? |
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| Pour quelles raisons débattre de la participation du citoyen, dans un colloque d'abord consacré à la réplique du monde rural et au défi de la mondialisation ? La réponse réside sans doute dans l'approche que promeut Solidarité rurale du Québec, qui considère la participation du citoyen, comme étant à la base d'un développement que les communautés prennent en charge et s'approprient.
Mais au-delà de la position de principe, les défis engendrés par la mondialisation, la démographie et l'environnement, reposent sur la question de la participation du citoyen avec acuité et actualité. Il faut certes des stratégies, des acteurs et des moyens pour reconvertir l'économie et attirer de nouvelles populations. Il en va de même pour exploiter de nouveaux potentiels et repenser la desserte des services. Cependant, cela exige aussi des idées, des initiatives et une action que seule la participation du citoyen peut porter. Celle-ci est aussi garante d'un développement plus harmonieux et davantage respectueux des hommes, des femmes et du capital environnemental. Bref, la participation citoyenne revigore la démocratie et libère l'initiative. Comment s'en passer !
Le panel, réuni autour de cette table ronde, ne se limitera pas à disserter sur les bienfaits d'une telle participation dans la perspective d'une réplique des communautés à la mondialisation. Il s'efforcera surtout, de discuter et de débattre du comment. Comment mobiliser le citoyen dans le contexte actuel où les technologies de l'information ouvrent de nouveaux espaces de participation ; où les communautés rurales exercent un attrait pour de nouvelles populations ; où le désir de démocratie participative se fait criant ?
Comment se fait-il, que les citoyens soient sceptiques envers la chose publique, alors qu'ils se sentent interpellés par l'avenir de leur environnement ? Comment expliquer leur manque de participation lors de débats publiques, alors que certaines formes de médias accueillent de plus en plus de participants à la leur espaces de discussions ?
Comment expliquer que les intervenants se plaignent du manque de participation des citoyens aux nombreux forums et tables de concertation qui foisonnent dans tous les domaines, et qu'en même temps, les citoyens disent ne pas trouver de lieux pour débattre des enjeux qui les touchent ? Les lieux de débats sont-ils trop éparpillés, spécialisés ou émiettés pour rejoindre ces préoccupations ? Y a-t-il un fossé, une «inadéquation» entre l'offre de participation et la demande des citoyens ? De quelle manière la démocratie locale (municipalité, MRC) peut-elle offrir un véritable espace démocratique pour débattre des enjeux qui intéressent les citoyens ?
Ce sont là des exemples des discussions auxquelles les participants tenteront de vous intéresser. |
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Jacques Dufresne Philosophe, éditeur de L'Encyclopédie de L'Agora sur Internet | Jacques Proulx Président de Solidarité rurale du Québec | Fatima Houda-Pépin Députée et première vice-présidente de l’Assemblée nationale | Geneviève Colombani-Lachapelle Militante |
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[Résumé]
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L'un des conférenciers, Jacques Dufresne, a présenté sa vision du chambardement global, dessinant ainsi en creux la réplique qui s'impose : urgence de s'approprier localement et régionalement les nouveaux médias et de se réapproprier les anciens. Les autres conférenciers ont traité de la réplique du monde rural de façon plus directe.
Le chambardement
C'est, a soutenu Jacques Dufresne, dans le monde virtuel, sur Internet en particulier, que le chambardement global est le plus manifeste et le plus lourd de conséquences, non seulement pour la solidarité rurale mais pour la solidarité dans l'ensemble de la société. La thèse qu'il a défendue peut se résumer en quelques mots : dans le domaine des médias, un seul acteur mondial, Google, occupe déjà une part démesurée du marché à l'intérieur de pays souverains, comme le Canada, qui ont su défendre leur autonomie face aux offensives américaines en matière de radio et de télévision, mais qui, dans le cas d'Internet, semblent avoir renoncé à toute indépendance. Le monde rural n'est pas épargné : une partie des revenus des bottins et des journaux locaux a déjà été détournée vers Google. Solidarité rurale aura bientôt intérêt à payer un abonnement annuel à Google pour figurer en bonne position dans les résultats de recherche sur rural ou solidarité. Or, le monde rural est déjà colonisé par les chaînes d'hebdos régionaux, où les éditoriaux sont interdits. Un sursaut s'impose.
Il faut en outre prêter attention à la socialisation sur Internet, au moyen de sites comme Facebook, phénomène qui risque fort d'inciter les gens à remplacer, par des contacts éphémères, ces amis et ces voisins auxquels on était fidèle et qui constituaient par là la base de la solidarité.
Quelques chiffres sur le chambardement
Selon une analyse de Silicon Alley Insider, entre le troisième trimestre de 2006 et celui de 2007 aux États-Unis, la part d'Internet dans l'ensemble des revenus publicitaires s'est accrue de 26 % et celle des médias traditionnels de 1%. À la fin de 2007, les parts des revenus publicitaires sont de 28 % pour Internet et de 72 % pour les médias traditionnels, contre 78 % au premier trimestre de 2006. La croissance de la part de Google entre le troisième trimestre de 2006 et le troisième trimestre de 2007 a été de 46 %.
En France, en novembre 2007, 90 % des internautes faisaient leurs recherches sur Internet à l'aide de Google, contre 65 % aux États-Unis, 65 % qui suffisent pourtant à créer la panique parmi les old medias de ce pays. Les revenus Internet s'élèveront bientôt à 20 % de l'ensemble des revenus publicitaires en France, lesquels furent, en 2006, de 2,3 milliards d'euros. Voici ce qu'on pouvait lire récemment dans la revue Stratégies : « Du 20 % du temps passé devant les médias, le Web ne représente que 5 à 10 % des investissements publicitaires. Cela conduit des annonceurs comme Coca-Cola à placer 20 % de leur budget publicitaire sur le "on line". » Comme le note Christophe Parcot, directeur général de Yahoo France, « les grands portails prennent une place de plus en plus décisive dans les arbitrages médias. »
Entre 2002 et 2006, les ventes de journaux ont déjà diminué de 5,70 %. Au Québec, l'une des trois grandes chaînes généralistes de télévision privée, TQS, s'est placée sous la protection de la loi de la faillite au début de 2008.
En France, comme au Québec et sans doute dans de nombreux autres pays francophones, on se plaint non sans raison de la puissance démesurée de quelques grands groupes de presse. Or, Google pourrait déjà les avaler tous. Les grands patrons de médias du monde se sont récemment réunis à la Harvard Business School pour adopter une stratégie commune face à Google. L'article du Boston Globe du 16 décembre dernier consacré à cette question s'ouvre ainsi : « La mission affirmée de Google est d'organiser l'information mondiale et de la rendre universellement accessible et utile. » L'un des patrons, Koos Bekker d'Afrique du Sud, a rappelé à ses confrères que la valeur marchande de Google est déjà telle que le géant aux cent zéros pourrait faire l'acquisition de l'ensemble des médias américains, télévisions et journaux compris.
Pour en savoir davantage.
La réplique
La réplique pourra-t-elle être virtuelle elle aussi ? Pour être réelle, efficace, a soutenu Geneviève Colombani Lachapelle, répliquant ainsi énergiquement à Jacques Dufresne, il faudra qu'elle s'appuie sur des réseaux sociaux comme Facebook. « Je fais partie des 25 % de Canadiens qui sont membres de Facebook ! Les étudiants ayant adopté ce site en grand nombre, en majorité, il est facile de les intéresser à une cause ; c'est ce que j'ai fait à l'occasion de la Commission sur l'agriculture. Ces réseaux favorisent donc la solidarité entre citoyens et c'est là, je pense, un avantage tel qu'on ne doit pas attacher trop d'importance aux menaces qu'ils font peser sur la vie privée. »
Sans prendre explicitement position sur la question des structures et des stratégies, Geneviève Colombani-Lachapelle, a souligné l'importance, pour la mobilisation des citoyens, du rôle joué par ce qu'elle a appelé les « organisations leaders ». On pense à Solidarité rurale, Équiterre, etc.
Pour Fatima Houda-Pépin, ce ne sont pas les enjeux qui intéressent les citoyens qui manquent, mais c'est la façon stérile de les poser qui est le véritable problème du faible taux de participation des populations à l'exercice démocratique. Se référant aux débats parlementaires, Mme Houda-Pépin a montré comment les parlementaires peuvent prendre l'initiative d'aborder certains enjeux, de poser les termes d'un débat ouvert et de rejoindre les citoyens et les groupes. Mais pour ce faire, il faut savoir sortir le débat d'un vocabulaire technique et spécialisé et le présenter d'une façon qui rejoint de manière tangible et concrète les préoccupations des citoyens.
La réplique est la responsabilité du citoyen, a soutenu Jacques Proulx sans équivoque. Quelle est, quelle devrait être l'importance du citoyen par rapport aux stratégies et aux structures ? La question, a-t-il soutenu en substance, ne devrait même pas se poser : tout devrait passer par le citoyen. « On me reprochera peut-être d'être passéiste. J'appartiens à la génération qui a été formée par la JOC, la JAC (Jeunesse ouvrière, Jeunesse agricole catholique). Ce qui m'inquiète en ce moment, ce n'est pas le recul de la religion, c'est le fait que nous n'avons rien trouvé pour la remplacer. La religion nous invitait à nous impliquer dans notre communauté et elle nous apprenait à le faire. On a profité du vide créé par son recul pour renforcer les structures, d'où le déficit démocratique: on a laissé tomber le citoyen. »
Jacques Proulx a conservé ses distances par rapport aux nouveaux médias, ce qui ne l'empêche pas de déplorer un illogisme choquant dans les politiques relatives aux nouvelles technologies de l'information et des communications. Le monde rural y est négligé. Or, c'est là que se posent les problèmes de communication et non dans les villes où tout le monde est proche de tout le monde. On a ainsi dénaturé un outil extraordinaire. « Ce n'est pas à Montréal qu'on a besoin d'une communication rapide, mais dans les milieux ruraux. »
Pour préciser sa pensée sur l'engagement du citoyen, Jacques Proulx a donné l'exemple des Commissions scolaires. Une participation de 7 % de la population aux élections des commissaires, Jacques Proulx l'a reconnu, n'est pas suffisante, mais il a aussi rappelé que c'est dans les dictatures que les gens votent à 98 %. Pour améliorer la situation, on a suggéré que seuls les parents d'élèves aient droit de vote, à quoi Jacques Proulx s'est objecté, en rappelant que s'il n'a plus d'enfants à l'école, il paie toujours la taxe scolaire. Occasion pour lui de situer la démocratie participative par rapport à la démocratie représentative. L'affaiblissement de la démocratie représentative, a-t-il précisé, a pour conséquence le renforcement des corporations, auxquelles on peut rattacher les groupes d'intérêts. « Il y a trop de pouvoir corporatif, ce qui a éloigné le citoyen. »
Revalorisons l'exercice de la citoyenneté, a conclu Jacques Proulx, revalorisons l'importance de s'approprier son développement et, pour cela, faisons dire aux choses ce qu'elles veulent dire. Son mot de la fin n'avait rien de virtuel : « Il faut ragaillardir la démocratie. » |
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